Nigeria: Sentence dans le procès Safiya reporté
Abuja, le 14 janvier 2002 (APIC) Le procès en appel de Safiya Husseini Tungar Tudu, la Nigériane âgée de 35 ans condamnée à mort par lapidation pour adultère, dans l’Etat de Sokoto, a été ajourné au 18 mars.
Depuis le début de l’affaire, Safiya a toujours affirmé avoir été violée. Elle déclare aujourd’hui que l’enfant aurait été conçu lors d’un rapport sexuel avec son ex-mari. Si cela est vrai, l’accusée pourrait être disculpée car il n’y aurait alors aucun délit d’adultère.
Le président de la Cour d’Appel islamique de Sokoto a donc ajourné la séance pour permettre à l’accusation de vérifier la véracité des déclarations de Safyia. Rappelons que des amputations pour vol ont été exécutées dans l’Etat de Sokoto mais que jamais aucune femme n’a été lapidée pour adultère, comme le «veut» la Charia (loi islamique). Safiya est actuellement en liberté et attend la sentence auprès de sa famille.
Safiya a été condamnée à mort en octobre dernier par un tribunal islamique de Sokoto, qui, constatant qu’elle avait donné naissance à une petite fille en février 2001 alors qu’elle était divorcée, l’avait déclarée coupable d’adultère. Selon la Charia (loi islamique), réintroduite en 2000 dans plusieurs Etats du nord du Nigeria, à majorité musulmane, une femme mariée une première fois, même si elle a ensuite divorcé, commet un adultère si elle a des relations sexuelles sans être remariée. La grossesse est la seule preuve requise.
Mariée à 12 ans
Safiya Husaini a été mariée pour la première fois à 12 ans, comme nombre de femmes du nord du Nigeria. Ce mariage n’a pas duré, pas plus que les deux suivants. Après son dernier divorce, elle a repoussé les avances d’un vieil homme de son village, qui l’a alors violée, selon se premières déclarations. «Je suis innocente. Je n’ai jamais consenti à ces relations sexuelles. J’ai été forcée», clame-t-elle. «Je n’ai pas pu le dire car il n’est pas permis à une femme (de l’ethnie) Fulani d’évoquer ces choses-là», ajoute-t-elle, la tête baissée.
L’affaire Safiya Husaini a provoqué un grand émoi dans le monde entier. Mercredi dernier, des centaines de personnes ont manifesté devant l’ambassade du Nigeria à Rome pour protester contre le jugement. Vendredi, des femmes grecques se sont mobilisées pour dénoncer une décision «inhumaine».
Le gouvernement nigérian du président Olusegun Obasanjo, un chrétien, a promis de soutenir l’appel de Safiya Husaini. Les juristes du département des affaires féminines du gouvernement fédéral avaient assisté à l’audience de première instance. L’an dernier, le ministre de la Justice lui-même, Bola Ige, avait indiqué qu’il s’opposerait au verdict. Il a été tué le 23 décembre et des rumeurs insistantes font état de liens possibles entre son meurtre et ses prises de position dans cette affaire.
Aux termes de la Charia, en cas de rejet de l’appel, les avocats de Safiya pourront exercer un nouveau recours devant une instance d’appel supérieure, dans une autre ville du nord, Kaduna, puis, le cas échéant, devant la Cour suprême fédérale à Abuja. (apic/mna/sh/pr)
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