Jérusalem: Tollé: Sharon veut rouvrir aux non-musulmans l’Esplanade des Mosquées
Jérusalem, 21 janvier 2002 (APIC) Malgré le tollé général et les accusations de provocation, le Premier ministre israélien Ariel Sharon veut rouvrir aux non musulmans l’Esplanade des Mosquées « dès que l’occasion se présente ». La visite controversée le 28 septembre 2000 d’Ariel Sharon, à l’époque chef du Likoud, l’opposition de droite, sur ce que les musulmans considèrent comme le troisième lieux saint de l’islam avait mis le feu aux poudres de l’intifada Al-Aqsa qui a déjà fait plus d’un millier de morts.
Avant l’éclatement de l’intifada, les non-musulmans, juifs y compris, étaient autorisés par le « Waqf », l’autorité religieuse qui administre les biens musulmans, et la police, à se rendre sur l’Esplanade des Mosquées, mais non à y prier. Le service de sécurité intérieure israélien « Shin Bet » et le procureur général Elyakim Rubinstein soutiennent la demande émanant des milieux de l’extrême-droite israélienne et des colons, rapporte lundi le quotidien israélien « Ha’aretz ».
Olmert veut mobiliser l’opinion publique internationale contre le « fanatisme islamique »
Rubinstein veut notamment que les inspecteurs du service archéologique israélien de l’ »Antiquities Authority » puissent y retourner « pour empêcher les destructions » de restes archéologiques datant de la période du Premier et du Second Temple de Jérusalem. Les fouilles effectuées par le « Waqf » dans les « écuries de Salomon » ne peuvent plus être contrôlées par les inspecteurs israéliens des biens culturels depuis septembre 2000.
Selon « Ha’aretz », les deux ministres de droite responsables du Mont du Temple, le ministre de la sécurité publique Uzi Landau, qui supervise la police, et le ministre de l’Education Limor Livnat, en charge des biens culturels, pressent également Sharon de rouvrir l’Esplanades des Mosquées aux non-musulmans. Leur demande est également appuyée par le maire de droite, Ehud Olmert, qui veut mobiliser l’opinion publique internationale et la prendre à témoin que le véritable mal vient du « fanatisme islamique qui menace la stabilité de la culture occidentale. »
Le mufti monte au créneau
Le mufti de Jérusalem, Cheikh Ikrima Sabri, a déclaré sur les ondes de la radio palestinienne « La Voix de la Palestine » s’opposer, « au nom des croyants » à ce que les portes du Haram el-Charif (le « Noble Sanctuaire ») – que les juifs appellent « Mont du Temple » – soient ouvertes aux non- musulmans « car la situation générale ne le permet pas ». Pour le responsable religieux musulman, une telle mesure ne peut conduire qu’à une escalade de la violence. Il a averti qu’il tenait le gouvernement israélien pour « responsable de toute atteinte à la sainteté de la mosquée d’Al-Aqsa», troisième lieu saint de l’islam.
Selon la presse israélienne, la police israélienne pourrait lever l’interdiction faite aux juifs depuis le début de la nouvelle intifada de se rendre sur l’Esplanade pour des raisons de sécurité. Le vice-ministre israélien de la Sécurité intérieure Gideon Ezra (Likoud) a confirmé pour sa part au quotidien israélien « Maariv » que le gouvernement envisageait la levée de l’interdiction, comme le réclame l’extrême-droite.
Pour Yossi Sarid, une « dangereuse provocation »
Le chef de l’opposition en Israël, le député du Meretz (gauche) Yossi Sarid, a qualifié de « dangereuse provocation » la proposition de Sharon. « Sharon est capable de nous entraîner dans un déluge de terreur », a- t-il lancé. D’autres membres de l’opposition ont mis en garde contre le risque d’un nouveau « bain de sang ». Le quotidien « Ha’aretz » considère qu’une telle mesure ne ferait que jeter de l’huile sur le feu. L’esplanade, sur laquelle se trouvent les mosquées du Dôme du Rocher et Al-Aqsa, dans la Vieille ville de Jérusalem, se trouve dans la partie occupée et illégalement annexée par Israël. L’endroit surplombe le Mur des lamentations, principal lieu de pèlerinage du judaïsme. Le grand rabbinat d’Israël interdit aux fidèles juifs de se rendre sur l’Esplanade, de crainte qu’ils ne foulent le Saint des Saints, la partie la plus sacrée du Temple de Jérusalem, dont l’emplacement exact reste cependant ignoré. Cet édit religieux, qui repose sur une tradition très ancienne, a été pris par le rabbinat immédiatement après la conquête de Jérusalem-Est, lors de la guerre des Six Jours en juin 1967. Des groupes extrémistes juifs ont l’intention d’ériger sur le Haram el-Charif le troisième Temple de Jérusalem. (apic/orj/haar/be)
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