Les « voyageurs de la paix » disent: plus jamais l’utilisation de Dieu pour justifier la guerre
Par Pierre Rottet, de l’APIC
avec notre envoyé spécial, Antoine Soubrier
Assise, 24 janvier 2002 (APIC) Le pape Jean Paul II est arrivé jeudi matin à Assise, au centre de l’Italie, après 2 heures de train, accueilli au son des cloches de la ville du « Poverello », saint François, sous un temps nuageux, accompagné par quelque 250 leaders ou responsables religieux du monde entier se rendront en train à Assise. La première partie de la journée à été consacrée à des témoignages de paix, y compris celui, surprenant dans ce décor de paix, du rabbin Israël Singer, président du ’Governing Board’ – le Congrès mondial juif -. Les groupes religieux se sont ensuite rendus dans différentes lieux pour méditer séparément, avant de mêler leurs prières dans l’après-midi.
La « Journée de prière » en faveur de la paix a été souhaitée par le pape. Les délégations religieuses, musulmanes, juives, bouddhistes, chrétiennes et autres entendent par cette rencontre rejeter l’’usage du nom de Dieu pour justifier violence et terrorisme ». L’événement a attiré plus de 1’000 journalistes de la planète. La première partie de la journée à été consacrée à des témoignages de paix, matinée a été consacrée aux t
Peu l’arrivée du train, un convoi automobile a conduit les dignitaires à la ville haute où saint François vécut au XIIIe siècle et où ses reliques sont conservées dans une crypte de la célèbre basilique endommagée par un séisme en 1997. Jean Paul II a gagné la basilique dans une « papamobile » à l’épreuve des balles.
C’est un ’état des lieux’ des religions dans le monde qui a été fait par une dizaine de leaders religieux, dans la matinée du 24 janvier 2002. Arrivés à 11 heures sur la place inférieure de la basilique Saint-François, quelque 70 représentants de chaque délégation se sont retrouvés autour du pape pour écouter douze « témoignages » lus dans différentes langues. Pour le pape, cette rencontre a permis de « dissiper les ombres du soupçon et de l’incompréhension » qui pèsent sur les religions, et aux 250 dignitaires religieux d’analyser avec Jean Paul II leur rôle et leur responsabilité dans le monde actuel.
Témoignages
Avant de s’installer dans la gigantesque structure de 12’000 tubes d’aciers sous une grande tente blanche chauffée, recouvrant devant la basilique toute la place, les chefs religieux ont salué un par un le pape, arrivé quelques instants auparavant en « papamobile ». Des autobus avaient été prévus pour transférer les autres participants de la gare de Sainte-Marie des Anges à Assise. Près de 2500 invités étaient en outre sur place.
Jean Paul II a tout d’abord prononcé un mot d’accueil d’une voix forte et claire, nommant les uns après les autres les participants ou les religions qu’ils représentent. Les « témoignages » ont ensuite suivi. Un rabbin et un ouléma, l’un après l’autre, se sont exprimés sur leurs conceptions de la paix et condamner la violence au nom des religions. « Les religions ne prêchent pas l’offense et l’agression », a dit devant près de 3’000 invités, dont les membres du corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, l’ouléma Ali Elsamman, au nom de cheikh Mohammed Sayyed Tantawi, l’imam d’Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite. Ne parlant pas des événements du 11 septembre, il a cependant affirmé que « Al-Azhar et ses oulémas (docteurs de la loi musulmane, ndr), adhèrent avec conviction à l’appel à la paix avec un lien immédiat et inséparable de la justice ».
Le rabbin Israël Singer (Etats-Unis), président du ’Governing Board’ – le Congrès mondial juif -, a pour sa part préféré improviser plutôt que de lire le discours préparé et publié par le Saint-Siège. Il a fait allusion aux attentats terroristes du 11 septembre. Il a rappelé que la Bible « est pleine d’injonctions adressées par Dieu aux juifs de combattre contre les ennemis, quand cela est nécessaire. « Nous les juifs, dans notre tradition, le concept de guerre sainte n’a pas un rôle central. Mais nous ne sommes pas dupes, car trop souvent dans notre passé tragique et sanglant, nous avons dû nous défendre et combattre nos ennemis quand il le fallait », a-t- il ajouté faisant un discours sur la théologie de la guerre contre « le mal ultime ». « Dans notre tradition, il y a un concept de guerre contre des groupes spécifiques. Ces batailles doivent se faire sans pitié et sans miséricorde ». Mais, a-t-il ajouté, la guerre n’est pas notre culture, ni notre mission, ni notre objectif de juifs ».
L’accolade du patriarche Bartholomée Ier au pape
Le geste, l’accolade plutôt, entre Le chef de l’Eglise orthodoxe, le patriarche Bartholomée Ier, et le pape, n’est pas passé inaperçu. « Les mauvaises passions créent la perturbation interne, et quand elles incitent la volonté à opérer pour être traduites en acte, elles provoquent la guerre externe », a-t-il relevé. D’autres discours ont ensuite suivi, avec des représentants du bouddhisme, du protestantisme, de l’hindouisme et des religions africaines. Jean Paul II a conclu cette première cérémonie de la journée avec une heure et demie de retard sur le programme.
Avant d’inviter les participants à se rendre chacun dans le lieu prévu pour la prière pour la paix, Jean Paul II a conclu en rappelant que « prier ne signifie pas s’évader de l’histoire ni des problèmes qui s’y présentent ». Ainsi, pour le pape, « il est temps de dépasser résolument les tentations d’hostilité qui n’ont pas manqué dans l’histoire, même religieuse de l’humanité ».
Après cette séance matinale consacrée à des appels pour la paix, les groupes religieux se sont rendus dans différentes pièces pour méditer séparément, avant de mêler leurs prières dans l’après-midi.
C’est le 141ème voyage en Italie pour le pape, et son 6ème dans cette petite ville située à quelque 200 kilomètres au nord de Rome: Il s’agissait de la troisième rencontre interreligieuse de son pontificat, après 1986 et 1993. Jean Paul II avait en effet organisé sa première « conférence » pour la paix en 1986, avec pour toile de fond la guerre froide et la guerre du Liban, avant de recommencer en 1993, au coeur du conflit bosniaque (1992- 95). La rencontre de 2002 a les événements du 11 septembre, la guerre et Afghanistan, le conflit en Terre Sainte et les multiples autres ethnico- religieux qui se développent dans le monde. (apic/ab/pr)
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