Interview avec Mgr Hilarion, évêque orthodoxe de Kerchen, du patriarcat de Moscou
Rome, 25 janvier 2002 (APIC) Les relations entre Rome et Moscou ne sont pas gelées mais difficiles. « Elles sont difficiles précisément parce qu’il y a des gens qui, en Ukraine, pratique la violence au nom de la religion », déclare dans une interview à l’APIC Mgr Hilarion, qui vient d’être consacré évêque et d’être nommé pour représenter le patriarcat de Moscou à Londres. Ces propos montrent qu’il reste du pain sur la planche, pour améliorer des relations tendues, pour ne pas dire frileuses, en dépit des apparences. Interview, dans la foulée d’Assise.
La présence de trois religieux orthodoxes envoyés par Alexis II, patriarche orthodoxe russe, à la journée de prière d’Assise a été appréciée au Vatican ou l’on considère ce geste comme la confirmation d’un certain dégel dans les relations oecuménique entre les deux Eglises. Le chef de la délégation, le métropolite Pitirim, bien qu’âgé de plus de 75 ans, est considéré comme « l’ambassadeur » d’Alexis II pour les manifestations oecuménique. A ses côté se trouvait un tout jeune évêque orthodoxe, Mgr Hilarion. Ancien du bureau du métropolite Kirill de Smolensk – chef du département des relations extérieures de l’Eglise orthodoxe russe – Mgr Hilarion fait un tour d’horizon des problèmes qui séparent encore orthodoxes russes et catholiques, divisés par les question des uniates.
APIC: Quelle est la position de votre délégation sur la journée d’Assise?
Mgr Hilarion: Il est essentiel que toutes les religions soient unies pour lutter contre le terrorisme. Il y aura toujours des gens pour « plagier » les religions en affirmant qu’elles n’ont pas la paix pour objectif mais bien la guerre, ou que les religions sont à la source de conflits. Il nous faut donc tous proclamer très clairement, chrétiens, musulmans, juifs, ainsi que les représentants des autres religions, que les guerres, les conflits, la violence n’ont rien à voir avec la religion. Au coeur de toute religion, il y a une quête de la paix.
APIC: Parlez-nous des relations entre Moscou et Rome. Sont-elles encore gelées ou peut-on parler d’une détente ?
Mgr Hilarion: Elles ne sont pas gelées mais elles sont difficiles. Elles sont difficiles précisément parce qu’il y a des gens qui, en Ukraine, pratique la violence au nom de la religion. Tant que ce ne sera pas terminé, tant que nous ne normaliserons pas nos relations là-bas, il n’y aura pas la paix entre les catholiques et les orthodoxes. C’est pourquoi nous avons actuellement des relations tendues. Mais nous espérons en un futur meilleur et continuons nos conversations avec l’Eglise catholique romaine.
APIC: Vous vous êtes entretenu avec le cardinal Kasper, le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. Avez-vous fait allusion à son voyage à Moscou le mois prochain ?
Mgr Hilarion: Nous recherchons une issue car nous comprenons de part et d’autre que nous ne pouvons pas continuer dans les mêmes voies. Nous sommes prêts à accepter des propositions constructives de la part du Vatican et pas seulement de belles paroles.
APIC: Mgr Kondrusiewicz a lancé l’idée d’une table ronde à Moscou sur le problème du prosélytisme. Vous participeriez à une telle rencontre ?
Mgr Hilarion: Je ne vois pas de quelle rencontre vous voulez parler. Mais nous sommes toujours prêts à négocier.
APIC: Pensez-vous que l’unité entre catholiques et orthodoxes pourrait aider à apporter la paix au monde ?
Mgr Hilarion: Certainement. Nous sommes les deux religions chrétiennes traditionnelles. Il faut savoir qu’il y a de nombreuses confessions chrétiennes qui ont perdu le sens de la tradition et qui ne préservent pas la foi initiale des églises chrétiennes, qui sont influencées par des idées libérales. Seuls les orthodoxes et les catholiques sont capables de préserver les valeurs traditionnelles, sur le plan théologique, moral et à d’autres niveaux comme sur le plan de la vie spirituelle. C’est pourquoi nous avons besoin de tendre de plus en plus vers l’unité et le fait que nous soyons divisés engendre un réel tort au témoignage chrétien dans le monde.
APIC: Quelle serait donc la prochaine étape vers cette unité entre catholiques et orthodoxes?
Mgr Hilarion: Nous devons résoudre le problème lié à l’uniatisme et au prosélytisme.
APIC: Pensez-vous qu’une rencontre entre le patriarche Alexis II et le pape Jean Paul II pourrait aider à renforcer cette unité?
Mgr Hilarion: Oui, certainement. Je pense qu’une telle rencontre aurait une réelle portée historique car elle serait la première rencontre entre le chef de l’Eglise de Rome et celui de l’Eglise de Moscou. Mais une telle rencontre doit être soigneusement préparée. Il ne suffit pas de se serrer la main et d’avoir une belle photo souvenir. Ils doivent tous les deux préparer soigneusement leurs positions afin qu’une telle rencontre apporte une issue positive dans nos relations réciproques.
APIC: Faut-il créer une commission bilatérale ad hoc pour préparer une telle rencontre?
Mgr Hilarion: Nous n’avons besoin de créer aucune commission car il existe déjà de part et d’autres des organismes compétents pour négocier. Mais il est nécessaire d’arriver à une meilleure compréhension de la situation. Nous attendons en particulier que les catholiques apportent des propositions constructives et pas seulement de belles paroles sur la paix. Une chose est de parler de paix, une autre est de travailler à la paix.
APIC: A quelle genre de proposition constructive faites-vous allusion ?
Mgr Hilarion: Je ne peux pas rentrer dans les détails maintenant mais tout le monde sait que la situation n’est pas pacifique, qu’un conflit existe, qu’il existe des lieux où les orthodoxes n’ont pas la possibilité de prier. Et je pense que tant que cela ne sera pas résolu, tout progrès significatif ne pourra être atteint dans nos relations. (apic/pr/propos recueillis par Blandine Becheras)
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