1 France : Journées d’études François de Sales sur le langage dans les médias
Bernard Bovigny, APIC
Annecy, 27 janvier 2002 (APIC) Quelque 125 professionnels catholiques de la communication, en majorité des journalistes, ont participé les 25 et 26 janvier aux Journées d’études François de Sales à Annecy. Constat: la presse catholique répond aux même critères de qualité journalistique que les autres médias.
A partir du thème «Vocabulaire et symboles: Quel langage pour parler dans les médias ?», les professionnels de la communication ont découvert avec la linguiste Henriette Walter les étapes traversées par le français avant d’être unifié dans le pays. Frédéric Antoine, spécialiste de la formation journalistique à Louvain, a analysé le vocabulaire et la qualité rédactionnelle des médias religieux.
Les journaliste catholiques français, auxquels se sont joints quelques confrères belges et suisses, ont été accueillis à leur session annuelle par l’évêque d’Annecy, Mgr Yves Boivineau. Le prélat a souligné que «c’est bien le rôle des médias de tisser des liens, favoriser le dialogue et participer à une meilleure compréhension entre les hommes». Ces journées d’études «François de Sales » sont organisées depuis 1996 par la Fédération Française de la Presse Catholique, en collaboration avec le Département de communication de l’Université catholique de Lyon et le diocèse d’Annecy.
Question qualité du langage, la presse catholique n’a pas à rougir
Le 2e jour de la session, le Belge Frédéric Antoine, responsable de formation journalistique à l’Université catholique de Louvain, a livré les résultats d’une analyse succincte des médias religieux. Il arrive à la conclusion qu’au niveau du langage et du style, les médias catholiques respectent les mêmes critères journalistiques que la presse générale. Il a notamment mesuré la lisibilité des articles en terme de nombre de mots par phrase.
Avec un indice qui varie entre 17 à 20 mots, les journaux catholiques «Panorama des religions», «La Vie» et «La Croix» arrivent même mieux que «L’Express» et «Le Monde», qui dépassent légèrement les 20 mots par phrase. Par ailleurs, ils utilisent peu de qualificatifs et d’adverbes, ce qui permet en général d’alléger le texte.
Abus de termes spécifiquement religieux
Au niveau du vocabulaire, cependant, il s’avère que la presse catholique a tendance à utiliser trop souvent des termes spécifiquement religieux. Frédéric Antoine en a recensé 250 dans les trois journaux qu’il a épluchés. «Sont-ils tous compréhensibles par le lecteur ?», s’est-il interrogé. En découvrant, dans cette liste, des termes comme «érémitique», «patristique» ou «exégète», il est permis de douter.
Autre point faible relevé par le chercheur: les pronoms. La presse religieuse a tendance à abuser du «nous», qui est pratiquement absent de la presse générale. Frédéric Antoine recommande de supprimer ce pronom (sauf s’il est utilisé par une personne interviewée), qui rebute le lecteur car il se rapproche de l’homélie.
Dans un atelier sur le vocabulaire religieux face à la modernité, le sociologue Jean-François Barbier-Bouvet constate également que la presse catholique «n’est pas à la traîne». «Elle a adopté depuis longtemps un journalisme basé sur l’émotion. Elle privilégie les personnes à l’institution, et le témoignage à l’expertise. Et elle donne de plus en plus la parole à des gens ordinaires», a observé le sociologue.
La figure de référence chrétienne devient un personne ordinaire qui fait des choses extraordinaires. «Ou son contraire: la personne extraordinaire qui se livre sous ses aspects les plus ordinaires», souligne le sociologue.
Le français, une langue qui ne finit pas de s’enrichir
Le premier jour de la session, la linguiste Henriette Walter a cité les principales transformations subies au cours des siècles par le français avant d’être adopté, d’abord officiellement puis dans les faits, par la population. Directrice du Laboratoire de phonologie à la Sorbonne, elle a rappelé que c’est lors de la guerre de 1914 que les habitants de l’Hexagone ont abandonné leurs patois régionaux pour communiquer entre eux – nécessité oblige – au moyen de la langue officielle.
Mais auparavant, la langue de Voltaire a traversé les siècles en s’embellissant de termes et de tournures grammaticales empruntés aux autres civilisations. Les Gaulois, peuple celtique installé en France actuelle vers 500 av. J.-C., ont adopté le latin tout en conservant près de 200 expressions, ainsi que des milliers de noms de lieux, qui sont parvenus jusqu’à nous. Puis l’invasion des Germains dans le nord a divisé le pays en langue d’oïl, langue d’oc et français provençal.
L’abolition des patois dans l’Hexagone
Au cours des siècles, des expressions germaniques, anglo-saxonnes, arabes, italiennes et espagnoles enrichissent le latin, qui s’est par ailleurs dialectisé dans chaque région dès le 5e siècle. Vers 800, Charlemagne pousse pour réintroduire le latin qui s’était pratiquement effacé au profit des patois romans. Cette initiative aboutit à l’apparition de doublets (fragile/frêle, hôtel/hôpital .) et contribue à la prolifération d’homonymes, une des caractéristiques de la langue française. L’an 824 marque la date officielle de la naissance du français. Mais il faudra attendre la période de la Révolution, en 1794, pour que l’abolition des patois devienne un projet, lancé par l’abbé Grégoire, et le début du 20e siècle pour l’adoption d’un français unifié dans tout l’Hexagone.
Mais la langue ne finit pas d’évoluer. Elle subit depuis le milieu du 20e siècle une forte influence de l’anglais. «Depuis 1066, le français a beaucoup donné à l’anglais, qui lui doit plus de la moitié de son vocabulaire. Maintenant c’est à l’anglais de nous enrichir », a lancé Henriette Walter. La linguiste a également cité d’autres changements récents, comme l’apparition de nombreuses abréviations, l’adoption d’un vocabulaire international et – ce qui ne déplaira pas aux écoliers – la disparition progressive du passé simple de l’indicatif et surtout de l’imparfait du subjonctif. «La moitié de ceux qui l’utilisent encore pour ’faire bien’ commettent des erreurs», affirme la professeure de la Sorbonne. (apic/bb)
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