49e Journée mondiale de la lèpre
New Delhi, 28 janvier 2002 (APIC) Dans l’Inde du XXIème siècle, le pays au monde le plus touché par la maladie, avec 75% de tous les cas, la lèpre est encore et toujours une « punition divine ». Les préjugés sont tenaces, au même titre que les clichés. Quant aux autorités, elles brillent souvent par leur manque d’initiative. Autre contour du globe où sévit la lèpre: l’Amazone, avec en particulier le Brésil. Autres lieux, mais même désintérêt. Ce qui n’empêche pas le monde de vivre sa 49e « Journée mondiale de la lèpre », en toute indifférence, entre malades et soignants, si l’on peut dire.
D’après Sunil Deepak, responsable médico-scientifque de l’Association Italienne des Amis de Raoul Follereau (AIFO), « l’infection est sous contrôle en Inde du Sud, mais dans les Etats du Nord, la situation est préoccupante. C’est là que se concentrent la majorité des nouveaux cas. Dans certaines zones du Nord, la polythérapie (le traitement moderne de la maladie) n’est arrivé qu’il y a 3 ou 4 ans, et les données sont encore insuffisantes. Dans ces conditions, les activités des associations comme la nôtre et des missionnaires ne suffisent pas : il faut que les autorités interviennent ».
Jusqu’à il y a 15 ans, toutes les activités de soin et de prévention de la lèpre en Inde étaient gérées par des missionnaires et des associations de volontaires. Depuis quelques années, les autorités publiques se sont engagées dans la lutte contre la maladie, mais certaines zones attendent encore l’engagement du gouvernement. L’un des domaines de travail est l’éducation contre les préjugés.
De ce point de vue, le Nord et le Sud de l’Inde sont à distinguer: « Dans les Etats méridionaux, affirme le docteur Deepak, on aide le malade à se réinsérer dans la société. Mais au Nord, on voit encore la lèpre comme une punition divine. Cela engendre des difficultés supplémentaires pour nos activités. La peur, les préjugés, la crainte d’être marginalisé conduisent de nombreux malades à ne pas se présenter à nos équipes sanitaires. Ils sont nombreux à préférer parcourir 10 ou 15 km pour se faire examiner dans un village éloigné du leur, où personne ne les connaît. Ainsi, nous mentons parfois et, pour pouvoir examiner et découvrir d’autres malades, nos médecins disent qu’ils font une campagne contre d’autres maladies, différentes de la lèpre ».
Inquiétude en Amazonie
Autre région du monde particulièrement touchée: l’Amazone. Là aussi, l’Eglise est souvent en première ligne. « C’est une lutte contre le temps: dans cette région, il existe des zones avec 50 cas de lèpre sur 1000 personnes. C’est là un des taux les plus élevés de la planète », commente le Père Gianni Mometti, missionnaire italien depuis 40 ans au Brésil. Ce dernier s’inquiète de l’expansion du fléau de la lèpre dans ce pays d’Amérique du Sud. Pour se consacrer aux lépreux, en 1986, le Père Mometti s’est intronisé comme prêtre diocésain dans l’archidiocèse de Belem, dans l’état de Parà, en Amazonie.
Le père Mometti cite des données officielles: « Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, une zone qui contient 3 cas de lèpre pour 1000 habitants est considérée comme une région où la lèpre est une maladie endémique. Sur 100 lépreux découverts dans le monde, 6 se trouvent au Brésil, dont 4 en Amazonie ». Pour affronter la maladie, certains Etats brésiliens, comme le Parà, ont lancé, avec l’aide de l’Eglise catholique, une campagne de prévention et de soins.
« Nous avons trois objectifs: former des spécialistes pour soigner les malades dans leurs lieux de résidence ; compléter les soins au moyen de médicaments qui préviennent les effets secondaires (problèmes au foie, etc.); améliorer les conditions hygiéniques et alimentaires de la population. La lèpre, en effet, provient d’une mauvaise alimentation et d’un manque d’hygiène. Une personne guérie peut contracter de nouveau la maladie si elle continue à vivre dans des conditions insalubres. L’amélioration du niveau de vie de ces populations est un devoir des chrétiens. L’Amazonie est une terre riche, mais ses habitants ne profitent pas de cette richesse. En 40 ans de service, j’ai baptisé au moins 18’000 enfants, desquels 4000 sont morts encore en bas âge, et même souvent au cours de l’accouchement, en même temps que la mère, à cause des conditions d’hygiène et de pauvreté. C’est une situation vraiment extrême! ». (apic/fs/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse