La ferveur des débuts transformée en conservatisme standard

France: Le renouveau charismatique désormais intégré dans l’institution de l’Eglise?

Paris, 28 janvier 2002 (APIC) Leurs bras levés bien haut et leurs « chants en langue » ne surprennent plus grand monde. En trente ans, les charismatiques de France se sont plutôt bien intégrés à la vie d’Eglise des diocèses, estime le quotidien catholique « La . Croix ». Peut-être même un peu trop. Les groupes de prières locaux, bases du renouveau charismatique, voient leurs effectifs diminuer et vieillir. Le journal « La Croix » fait le point de la situation dans son édition du 27 janvier.

C’était il y a trente ans en France. Les premiers groupes de prière de ce qui s’appelle aujourd’hui le « renouveau charismatique » voyaient le jour. Ils étaient inspirés par un Esprit Saint reçu en « ligne directe » et par le style de prière du « revival » (renouveau) du protestantisme américain. Ces chrétiens exubérants dans leurs prières et stricts dans leurs m?urs, relève le quotidien français, ont contrasté autant dans le paysage du catholicisme survivant de mai 68, que dans celui la « parenthèse enchantée » (libération des m?urs permise par l’apparition de la pilule et freinée par l’arrivée du sida).

Aujourd’hui, si le style de prière demeure, le renouveau est rentré dans les sentiers battus de l’Eglise catholique romaine, estime « La Croix ». Depuis le célèbre phrase de Paul VI « Le Renouveau est une chance pour l’Eglise et le monde » déclarée en 1975 à Rome devant 10’000 charismatiques, ce mouvement n’a cessé de se rapprocher et finalement « de s’intégrer à la vie pastorale ordinaire des diocèses ».

Un renouveau au défi de son propre renouvellement

En France, les communautés d’alliance dont les membres ne vivent pas ensembles mais partagent temps de prières, de formation et une part de leur revenus, sont fortes d’environ 6’000 membres. Les communautés de vie, qui fonctionnent comme des communautés religieuses traditionnelles, mais regroupant tous les états de vie, comptent près de 2’000 membres. Pourtant, signale l’enquête de « La Croix », malgré leur nombre, le renouveau connaît déjà une baisse de ses effectifs. Par exemple, le groupe de prière parisien de Saint-Leu qui comptait jusqu’à 200 membres en 1985, n’est plus fréquenté que par une soixantaine de personnes, généralement d’âge mûr. Comme le confirme Mgr Guy Gaucher, observateur de longue date du renouveau, « il existe un risque de voir s’éteindre la flamme des débuts ».

Les communautés disposent désormais d’une organisation bien rodée et d’un statut juridique conforme au droit canon. Les 175 membres, toutes communautés confondues, qui ont été ordonnés prêtres au fil des années ont favorisé une cléricalisation du mouvement. Il y a même aujourd’hui quatre évêques français issus du renouveau.

Cette intégration dans le clergé a certes contribué à la reconnaissance du renouveau, mais a également « porté préjudice à son originalité, élément non négligeable de son succès ». De plus l’essoufflement général de l’?cuménisme, autre fer de lance du renouveau, ne favorise pas un renouvellement de ses forces, peut-on encore lire dans le dossier.

Implications politiques du conservatisme religieux

Les positions doctrinales et morales très arrêtées du renouveau, notamment sur la soumission à l’autorité ecclésiale, le statut de la femme, le contrôle des naissances, où l’inhibition des désirs, ne sont pas sans conséquences sur l’attitude politique de ses membres.

Comme l’explique Christine Pina, maître de conférence en sciences politiques, il existe trois attitudes observables dans ce milieu. La plus stricte, celle du refus total de la politique perçu comme instrument de division, se retrouve dans des communautés de vie comme les « Béatitudes ». On n’y consulte pas plus la presse que le journal télévisé et les thèses de conspirations et de corruptions généralisées, chères à la droite la plus extrême, y rencontrent un certain succès.

La deuxième attitude, tout en stigmatisant la corruption, n’assimile pas la politique à un danger. Elle envisage plutôt de contribuer un changement de la société, mais par l’action individuelle sur l’environnement proche. Finalement, le dernier type à une vision positive de la politique, comprise comme gestion de la cité, et approuve même l’engagement actif. Généralement, plus une communauté est proche de la société laïque dans sa constitution, plus elle est favorable à un engagement politique, à l’idéologie « modérée ».

L’analyse de « La Croix » conclut que le renouveau s’inscrit dans la lignée de ces renouvellements de ferveur que connaît l’Eglise environ une fois par siècle. De même, Jo Le Bobinec, théologienne laïque à Paris rappelle que les évêques de France ont su entendre l’appel à la redécouverte de la grâce baptismale et à l’expérience spirituelle, comme le confirme le rapport Dagens qui salue « la valeur de l’affectivité et de l’émotion dans la vie chrétienne ». (apic/LaCroix/sh)

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