Burkina Faso: AI demande une enquête sur des exécutions extra-judiciaires massives
Londres 7 février 2002 (APIC) Amnesty International (AI) demande au gouvernement du Burkina Faso d’ouvrir immédiatement une enquête sur les allégations faites par le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP), selon lesquelles 106 exécutions extra-judiciaires ont eu lieu au cours de ces trois derniers mois.
Selon le MBDHP, des corps non ensevelis ont été trouvés, menottes aux poignets, criblés de balles, et «jetés en pâtures au chiens et vautours». Selon plusieurs témoignages, les corps ont été retrouvés à travers tout le pays, dans des régions telles que Bobo-Dioulasso, Kaya, Ouagadougou et ses environs, Boulsa et Ouahigouya.
Lundi le ministre de la sécurité, Djibrill Yipéné, a reconnu que la police avait été impliquée dans ces exécutions mais il a ajouté «qu’il n’y avait jamais eu d’exécutions extra-judiciaires. Il est probable que face à la menace du banditisme les forces de sécurité furent contraintes d’utiliser des méthodes rigoureuses pour combattre les bandes armées».
AI, qui a exprimé ses inquiétudes au gouvernement burkinabé, estime que la déclaration du ministre est regrettable étant donné qu’elle constitue un jugement prématuré et laisse entendre qu’aucune enquête ne sera faite.
L’organisation exhorte le gouvernement du Burkina Faso à reconsidérer sa position et à ouvrir une enquête exhaustive, impartiale et indépendante afin de trouver les responsables de ces exécutions et de déterminer si la police a eu recours à l’usage démesuré de la force contre les criminels présumés. «Tous ceux suspectés d’être responsables d’exécutions doivent être traduits en justice selon les normes internationales relatives à l’équité des procès. Il serait extrêmement grave si ces exécutions extra- judiciaires avaient eu lieu de façon préméditée, lors d’une campagne contre le banditisme lancée par la Police nationale en 2001, afin de réduire la criminalité dans tout le pays».
AI estime que les exécutions extra-judiciaires constituent une sérieuse violation des régulations internationales, notamment le Pacte international des droits civils et politique dont le Burkina Faso est partie. Le gouvernement devrait immédiatement s’assurer qu’aucune exécution de ce genre n’ait lieu à l’avenir.
Fermé aux critiques
Le gouvernement du Burkina Faso a fréquemment réagit défavorablement aux pressions nationales et internationales pour mettre fin à l’impunité dans ce pays. Des manifestations sont régulièrement organisées au Burkina Faso contre l’impunité dont semblent toujours jouir les auteurs de l’assassinat du journaliste indépendant Nobert Zongo, survenu en décembre 1998.
Entre septembre et novembre 2001, le Burkina-Faso avait été secoué par une vague d’actes de banditisme. Au nombre de ces actes figurent notamment le meurtre de veilleurs de nuit, le braquage des cars de voyage, l’assassinat d’un jeune étudiant journaliste de 23 ans à Ouagadougou. L’attaque à main armée, contre une école de brousse au cours de laquelle le directeur de l’établissement a été atteint par balle dans la jambe, des agressions d’étrangers dont des ressortissants suisses ont également été enregistrées.
La colère du MBDHP a été suscité par la publication, le 10 janvier dernier, dans la presse locale de photos de neuf corps criblés de balle et jetés en bordure d’une la route nationale. Ils comportaient des douilles de balles.
Le MBDHP dit ne pas avoir de doutes sur les auteurs de tels actes: «Sur le terrain, nous trouvons des douilles de balles de guerre qui prouve qu’il s’agit des forces de sécurité». Il dénonce un «abattage systématique» d’êtres humains. «Dans un Etat de droit, la lutte contre le banditisme doit se faire dans la légalité». (apic/com/ibc/pr)
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