Liban: Sombre message du carême du patriarche maronite Sfeir
Beyrouth, 8 février 2002 (APIC) L’Etat libanais doit se réconcilier avec ses citoyens, demande dans son message de carême le patriarche Nasrallah Sfeir. Cette année, le chef de l’Eglise maronite du Liban a placé son discours sous le thème «Réconciliation avec Dieu, les gens et l’Etat». Il dresse un sombre constat à propos de la situation du Liban qui ne jouit pas de sa pleine souveraineté.
Le patriarche maronite déplore le fait que de nombreux chrétiens libanais soient contraints à émigrer parce qu’ils ne trouvent plus leur place dans le Pays des Cèdres qui «ploie sous l’occupation». Sans mentionner explicitement la présence sur le sol libanais des troupes syriennes, le cardinal Sfeir affirme que l’autonomie de décision du Liban est étouffée et sa souveraineté violée. Il déplore, sans faire allusion à la présence de centaines de milliers de travailleurs immigrés syriens, que l’Etat ne fasse rien pour protéger la main-d’?uvre nationale contre la concurrence de la main-d’?uvre étrangère.
Beaucoup de chrétiens émigrent, parce qu’ils se sentent marginalisés
Dans son message de carême, le patriarche maronite dresse un tableau particulièrement sombre de la réalité actuelle du Liban, tant sur les plans politique, social, économique que judiciaire et culturel. Le cardinal Sfeir affirme ainsi qu’une partie des chrétiens libanais a le sentiment d’être marginalisée et écartée de la vie publique. Ce sentiment pousse nombre de chrétiens à émigrer, estimant «n’avoir plus aucun rôle à jouer dans leur pays».
«Près d’un quart de siècle s’est écoulé depuis le déclenchement de la guerre libanaise et dix années se sont écoulées depuis l’abolition des lignes de démarcation, la fin des combats et le rétablissement – théoriquement – de la paix civile», écrit le cardinal Sfeir. Le patriarche maronite estime pourtant que la réconciliation «pour laquelle nous prions tous les jours» ne s’est pas réalisée. Après avoir mis l’accent sur la nécessité d’aboutir à «une réconciliation véritable, et non pas fictive», le chef de l’Eglise maronite souligne que la paix ne saurait être édifiée «sur la base de l’oppression et l’injustice».
Le patriarche Sfeir s’élève contre la non-séparation des pouvoirs au Liban: «Le pouvoir législatif s’immisce dans l’exécutif, le pouvoir exécutif légifère et le pouvoir sécuritaire court-circuite les deux. Quant au pouvoir judiciaire, il procède à des arrestations et les personnes appréhendées restent plusieurs mois aux arrêts sans qu’il y ait ni enquête, ni procès, ni jugement». Pour couronner la profonde crise qui frappe les institutions libanaises, il y a encore la pratique partisane des nominations, qui écarte des postes à responsabilités certains hauts fonctionnaires compétents en raison de leur appartenance confessionnelle.
Leader du Parti socialiste progressiste et député du Chouf, le chef druze Walid Joumblatt a indiqué jeudi 7 février à Beyrouth qu’il partageait avec le cardinal Nasrallah Sfeir son indignation et sa révolte face à la mauvaise phase que traverse le pays.
Terrorisme: les Etats-Unis font fausse route
Le patriarche maronite, dont le pays est soumis depuis quelques jours aux tirs croisés – jusque-là verbaux! – d’Israël et des Etats-Unis à propos notamment de l’activité du Hezbollah (un parti représenté au Parlement libanais), estime que les Etats-Unis font fausse route dans leur lutte contre le terrorisme. «Ce qui s’est produit aux Etats-Unis le 11 septembre de l’année dernière a incontestablement eu un grand impact sur la paix mondiale. Il serait cependant vain de mener une guerre contre le terrorisme afin de l’éradiquer dans le monde si une telle campagne ne s’accompagne pas d’un plan visant à éliminer les causes de la pauvreté et de l’oppression dans le monde».
Jeudi 7 février, le patriarche maronite a reçu à sa résidence de Bkerké une délégation du Jihad islamique palestinien, conduite par Abou Imad Rifaï. Ce dernier a déclaré au cardinal qu’il fallait établir une distinction claire entre terrorisme et résistance «d’autant plus que l’Administration américaine, alignée derrière Israël, s’emploie à confondre entre les deux».
L’assemblée des évêques maronites, qui a tenu jeudi à Bkerké sa réunion mensuelle, a publié un communiqué dans lequel elle affirme qu’il ne saurait y avoir de détente dans le pays tant «qu’une fraction des citoyens est marginalisée et écartée de la vie politique, alors que, dans le même temps, une autre fraction jouit des bienfaits du pays tant qu’elle se conforme à la ligne de conduite préétablie». (apic/orj/be)
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