Algérie: Les violations des droits humains ont pris un caractère institutionnalisé, dénonce AI
Londres/Lausanne, le 8 février 2002 (APIC) Dix ans après l’instauration de l’état d’urgence, intervenue le 9 février 1992, l’Algérie n’a toujours pas résolu la crise en matière de droits humains, dénonce Amnesty International (AI). Les autorités ont pris des mesures pour que la situation que connaît le pays passe largement inaperçue au sein de la communauté internationale. L’organisation n’a pas obtenu l’autorisation de s’y rendre depuis novembre 2000.
« Les violations des droits humains ont pris un caractère institutionnalisé en Algérie. Au cours de la seule année 2001, plus de 80 civils ont été tués illégalement par les forces de sécurité, et des dizaines d’autres torturés ou maintenus en détention secrète pendant des périodes plus ou moins longues », déclare Amnesty International dans une communiqué diffusé le 8 février. L’organisation précise encore que « quelque 200 personnes meurent encore chaque mois en raison de la poursuite du conflit armé, qui dure depuis dix ans ». Et de préciser que « nombre des victimes sont des civils, parmi lesquels des femmes et des enfants, tués dans le cadre d’attaques délibérées et arbitraires lancées par des groupes armés ».
Selon AI, il est même « possible que les cas d’atteintes aux droits humains signalés ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Il est en effet extrêmement difficile d’obtenir des informations sur ces agissements, étant donné le sentiment de crainte généralisé qui prévaut parmi les victimes et leurs familles, convaincues que la dénonciation de ces violations ne fera qu’aggraver leurs difficultés ».
L’organisation rappelle qu’une commission d’enquête, mise en place par les autorités pour faire la lumière sur les homicides de dizaines de manifestants non armés en Kabylie l’année dernière, a indiqué en décembre 2001 qu’elle ne pouvait accomplir sa mission. De nombreux témoins étaient trop effrayés pour parler.
Restriction draconienne d’accès aux observateurs étrangers
Ai dénonce également les mesures prises par les autorités pour que « la crise que connaît l’Algérie en matière de droits humains passe largement inaperçue au sein de la communauté internationale ». Elles ont notamment adopté récemment des dispositions législatives limitant la liberté d’expression, et ont restreint « de manière draconienne » l’accès au pays des observateurs étrangers.
AI a tenté à de maintes reprises d’envoyer une délégation en Algérie au cours de l’année 2001, sans succès. L’organisation n’a pas obtenu la permission de se rendre dans le pays pour y mener des recherches depuis novembre 2000. D’autres organisations internationales de défense des droits humains ne peuvent, elles non plus, se rendre en Algérie depuis au moins un an, précise le communiqué.
« Les autorités ne peuvent continuer à sacrifier les droits fondamentaux de la personne sur l’autel de la sécurité nationale », lance enfin AI. « A l’occasion du 10e anniversaire de la proclamation de l’état d’urgence, l’Etat algérien doit commencer à s’acquitter des obligations qui lui incombent en vertu de sa propre législation, et à se conformer aux normes internationales relatives aux droits humains ». (apic/com/bb)
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