Donner un visage humain à des lieux de passage

France: Rencontre internationale d’aumôniers d’aéroport

Paris, 11 février 2002 (APIC) L’Association des journalistes de l’information religieuse (AJIR) a organisé le jeudi 7 février à Paris une rencontre avec les responsables de l’Association internationale des chapelains de l’aviation civile (IACAC) en vue du congrès prévu pour septembre. L’IACAC, qui regroupe les aumôniers de 132 aéroports internationaux, est aussi le lieux de travail de plus de 10 millions de personnes, qui ont vu passer en 2001 plus de 1,22 milliard de passagers. En lien avec les services sociaux, médicaux et de la communication, les aumôniers d’aéroport aident à donner un visage humain à des lieux souvent impersonnels, voire écrasants.

Outre l’animation liturgique et le service de la prière, ils assurent en cas de coups durs une présence au sein des cellules de crise. Beaucoup s’occupent également des réfugiés en transit. Tous sont actifs au plan du dialogue ?cuménique et interreligieux.

Jacques Fournier, aumônier catholique de l’aéroport de Roissy, rappelle les situations contrastées des aéroports, tant au plan de l’accueil (79 millions de passagers à Heathrow contre « seulement » 9 millions à Indianapolis), ainsi que les réalités culturelles et spirituelles environnantes. A l’aéroport de Roissy, par exemple, 100’000 personnes travaillent sur une surface équivalente au tiers de celle de Paris.

Actuellement présidé par Walter Meier, aumônier protestant à l’aéroport de Zurich, l’IACAC veut permettre à ses adhérents d’échanger et réfléchir sur leurs pratiques. Si les aumôneries d’aéroport ont des statuts et des actions très variables, leur trait commun est d’?uvrer dans un univers centré sur la relation. Les maîtres mots? Accueil, information, accompagnement, protection.

Ecouter et porter secours

Tous les aéroports sont dotés aujourd’hui d’une cellule de crise pour faire face à des incidents et accidents plus ou moins graves. « La direction de l’aéroport de Zürich, qui a subi quatre tragédies aériennes en l’espace de 10 ans, a demandé aux Eglises et à une clinique psychiatrique de créer une cellule de crise interdisciplinaire et mobile qui comprend cent membres, dont un aumônier et à l’occasion un rabbin ou un imam, pour apporter un premier secours émotionnel, dont le modèle fonctionne bien », commente Walter Meier.

« Dans ces moments difficiles, les familles des victimes expriment un fort besoin de rituels, de commémoration notamment. La présence d’un aumônier n’en est que plus logique », souligne Jean-Pierre Dassonville, pasteur, aumônier des aéroports de Roissy et Orly. Ce que ne contredira pas le père O’Connor, aumônier catholique, à l’aéroport d’Indianapolis. Il constate qu’après les attentats du 11 septembre, la demande d’assistance spirituelle et de cérémonies religieuses dans les aéroports des Etats-Unis a considérablement augmenté, les premiers temps du moins.

Les mesures de sécurité drastiques adoptées depuis par les autorités américaines ont pour effet de prolonger considérablement (jusqu’à deux heures d’attente), les files d’accès aux plates-formes d’embarquement. C’est donc là, sur place, loin des chapelles ou autres lieux de prière, que les aumôniers d’aéroport développent leurs activités pastorales.

Les aumôniers d’aéroport, le plus souvent très libres de leurs mouvements, peuvent également intervenir auprès des réfugiés, aux côtés des travailleurs sociaux et des ONG accréditées, comme, en France, la CIMADE. « Selon le type de relations personnelles que nous établissons avec les autorités (police de l’air et des frontières), nous pouvons ou ne pouvons pas accéder aux salles de rétention provisoires. Dans ces lieux, on sollicite beaucoup notre écoute et notre compassion », explique le révérend Mike Vincer, de l’aéroport de Manchester, actif au sein de l’association « Exodus » d’aide aux réfugiés.

L’interreligieux au quotidien

Si les aéroports sont par définition des lieux internationaux et interculturels, leurs aumôneries sont nécessairement des lieux où l’interreligieux se vit au quotidien. Ici, une entrée commune permet ensuite d’aller soit dans les salles de prière musulmane et juive, soit dans la chapelle. Ailleurs, comme à Manchester, un logo interreligieux indique l’unique salle de prière.

Situation plus délicate: « A Orly, cinq ou six d’employées portugaises viennent réciter chaque matin, à 5h, leur chapelet à Notre dame de Fatima. Je vois mal un musulman déplier son tapis de prière ou un juif venir prier au même endroit au même moment », note avec humour le père Jacques Fournier.

Au sein même de l’IACAC, on compte quelques juifs et musulmans. Mais la réciprocité interreligieuse est loin d’être le fait général. Ainsi aucun aéroport de pays musulmans n’a construit une chapelle, pas même en Egypte, pays où l’on compte pourtant 10 % de chrétiens. « Dans l’hexagone, notre collaboration avec les imams souffre de la non-organisation de l’islam de France. Nous aimerions avoir comme interlocuteur des personnes dont la représentativité serait clairement identifiée », indique Jean-Pierre Dassonville. Et d’évoquer la cérémonie interreligieuse qui a suivi le crash du Concorde réunissant, non sans une longue concertation préalable, les aumôniers catholique et protestant ainsi qu’un rabbin et un imam. (apic/jcn/sh)

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