Histoire écrite par les conquistadores espagnols?

Mexique: La décision de canoniser Juan Diego relance la controverse

Mexico, 11 février 2002 (APIC) La décision du Vatican de canoniser Juan Diego, un paysan indigène du 16e siècle, ravive la controverse sur l’existence même de ce saint. Le pape Jean Paul II en personne devrait arriver à Mexico le 29 juillet et pour y effectuer une brève afin de canoniser ce paysan autochtone qui, en 1531, aurait eu plusieurs apparitions de la Vierge de Guadalupe.

Les récits des apparitions à Diego sur le lieu même où les Mexicains de l’époque pré-colombienne vénéraient la déesse Tonantzin ont joué un rôle important au 16e siècle et conduit à la conversion de millions d’Aztèques au catholicisme.

Une basilique de style moderne a été élevée en l’honneur de la Vierge sur la colline Tepeyac – au nord de Mexico – à l’endroit où la Vierge serait apparue à Juan Diego. L’image de celui-ci est omniprésente dans les lieux publics, et dans de nombreux foyers mexicains, on trouve des petits autels sur lesquels figure son portrait derrière des rangées de cierges.

Alors que nul ne songe à remettre en question la dévotion à la Vierge de Guadalupe, la question de savoir si Diego a jamais existé suscite d’âpres discussions. L’un des protagonistes de ce débat est Guillermo Schulenburg, qui fut pendant longtemps abbé de la basilique de Guadalupe.

Guillermo Schulenburg, nommé abbé de la Basilique en 1963, n’a tout d’abord soulevé aucune question sur l’authenticité de Diego. Pourtant, au bout de dix ans, il est devenu sceptique. En 1981, Ernesto Corripio Ahumada, qui était alors archevêque de Mexico, a convaincu la Conférence des évêques catholiques de demander officiellement au Vatican d’entamer les démarches en vue de la canonisation.

Malgré les protestations de l’abbé Schulenburg, le cas a suivi son cours à Rome et en 1986 la Congrégation pour la cause des saints a approuvé la béatification de Diego, une étape vers la canonisation.

Inventée?

Il y a trois ans, l’abbé Schulenburg, qui a du se retirer, a écrit aux autorités du Vatican pour souligner les problèmes historiques entourant cette légende et poser les questions sur les motivations de ceux qui l’avaient propagée – en dépit de ce qu’il a décrit comme la «valeur catéchistique» du récit.

Or, ce que demandent l’abbé Schulenburg et autres sceptiques, ce n’est pas la mise à l’écart de la Vierge de Guadalupe. Mais «nous ne devrions pas confondre les vérités de notre foi théologique avec nos traditions de piété», écrit-il. Il a aussi suggéré que l’histoire de Juan Diego pourrait avoir été inventée par les conquistadores espagnols pour promouvoir la conversion des autochtones à la foi catholique, étant donné en particulier la similitude entre le nom de Tonantzin – qui signifie «notre Mère» – et Dios-inantzin, «Mère de Dieu», désignation traditionnelle de la Vierge.

Une partie de la controverse a été tenue secrète. Le cas de la canonisation de Diego repose sur un miracle qui aurait eu lieu en 1990 – un garçon tombé d’un immeuble aurait été donné pour mort par les médecins, et guéri après que sa mère eut invoqué Diego. Mais les représentants de l’Eglise du Mexique ont refusé de répondre à d’autres questions concernant l’incident.

Le débat a été vif avec le vice-postulateur, Jose Luis Guerrero, qui s’occupe du cas de Diego. En effet, il a menacé l’abbé Schulenburg et les autres détracteurs de l’excommunication.

Pauvre ou noble?

Reste que cette controverse dépasse la question de savoir si Diego a existé ou non. Selon l’anthropologue Carlos Garma, l’Eglise catholique, par ce geste, veut démontrer l’importance qu’elle attache à la communauté autochtone pour montrer que l’Eglise est ouverte à ce segment de la population». En faisant de Diego un saint, ajoute-t-il, l’Eglise détourne aussi l’attention de la «sous-représentation» des autochtones dans le clergé et l’épiscopat.

La controverse concernant l’existence de Diego n’est pas nouvelle. En 1896, l’évêque de Tamulipas, Eduardo Sanchez Camacho, a été écarté à la suite de pressions exercées par le président mexicain Porfirio Diaz, qui craignait que le scepticisme de l’évêque concernant l’existence de Diego n’entraîne des troubles sociaux.

Pour le Vatican, le débat sur l’existence de Diego est terminé. Le cas est clos, dit-on, car le pape a pris sa décision. Le dernier obstacle sera en effet levé lors du consistoire des cardinaux à Rome à la fin février, durant lequel la décision finale sera prise. Ce qui ne fait guère de doute. Si doute il y a, concède-t-on dans les milieux d’Eglise au Mexique, c’est sur l’extraction sociale de Diego, dont on dit qu’il n’était pas pauvre, mais qu’il aurait appartenu à la classe noble des indigènes Indios. (apic/eni/pr)

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