Zimbabwe: Sanctuaires jésuites pour ceux qui cherchent à échapper à la violence
Harare/Bulawayo, 14 février (APIC) Les jésuites du Zimbabwe offrent un sanctuaire pour ceux qui cherchent à échapper à la violence politique qui a déjà fait une vingtaine de morts depuis le début de l’année. Face à la dégradation de la situation, les 194 religieux de la Province jésuite du Zimbabwe ont promis de transformer leurs églises en abri sûr pour les personnes menacées.
Dans une déclaration adoptée à l’unanimité, ils condamnent la violence inspirée par l’Etat dans le cadre de la campagne pour les élections présidentielles des 9 et 10 mars prochain. Les jésuites dénoncent la manipulation d’une jeunesse endoctrinée et mettent en garde contre les dangers d’une guerre civile. L’autocratique président sortant, Robert Mugabe, un catholique qui a étudié chez les jésuites, se présente pour un nouveau mandat.
Les jésuites, dans une déclaration rendue publique à Bulawayo, affirment que «des politiciens sans scrupules» utilisent les jeunes pour des buts politiques et les incitent à la violence et aux actes criminels, de la même manière que faisait l’Allemagne nazie: «Des jeunes au chômage sont enrôlés et payés par des partis politiques pour développer un travail de base haineux et dangereux».
Des jeunes dés?uvrés reçoivent de l’argent pour battre les gens, leur lancer des pierres, mettre le feu à leurs biens, «et peut-être pour tuer leurs propres pères, mères, frères et s?urs», écrivent-ils. Et de mettre en garde contre le fait que l’incitation à la violence des jeunes ne va pas s’arrêter au lendemain des élections, mais va durer encore après, avec le risque qu’elle débouche sur une guerre civile.
Des évêques trop timorés
De leur côté, les évêques catholiques du Zimbabwe ont lancé un appel en faveur d’élections libres et démocratiques. Dans une lettre pastorale publiée mercredi dans la presse locale, ils demandent aux partis politiques de se distancier des menaces et des mesures d’intimidation contre leurs adversaires. La semaine dernière, Tarcisius Zimbiti, directeur de la Commission catholique «Justice et Paix» du Zimbabwe avait déploré amèrement l’attitude des évêques de son pays, jugés trop timorés: «Nous ne recevons aucun soutien moral, les évêques se taisent!».
La Commission, qui dénonce les violations des droits de l’homme, n’est pas seulement exposées aux intimidations du gouvernement, mais son travail est carrément empêché. L’archevêque de Bulawayo, Mgr Pius Ncube, est pour l’instant l’un des seuls à adresser des critiques ouvertes au président Mugabe. Etant donné le climat actuel de restriction des libertés démocratiques, Mgr Ncube – qui fait lui-même l’objet d’une surveillance par la police secrète – craint une vaste manipulation du résultat des élections présidentielles de mars prochain.
Mauvaise gestion économique, corruption et injustice
Dans une interview accordée au journal «Financial Gazette» de Harare, il reproche à l’actuel gouvernement de mener une mauvaise politique économique (le pays compte déjà plus de 50% de chômeurs et l’inflation a échappé à tout contrôle). Il l’accuse de corruption et de commettre des injustices. Selon lui, la réforme agraire annoncée par le président Mugabe ne serait qu’un leurre électoral pour acheter des voix. (apic/cns/kap/kna/be)
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