Argentine: Le Mercosur relancé après le Sommet de Buenos Aires?
Pierre Rottet, de l’Agence APIC
Buenos Aires, 19 février 2002 (APIC) La crise argentine débouchera-t-elle sur un renouveau pour le Mercosur? Tentés de jouer chacun leurs cartes personnelles par un rapprochement vers la zone de libre échange des Amériques (ZLEA), les 4 pays membres du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) et les deux Etats associés (Bolivie et Chili) pourraient paradoxalement tirés parti de la crise argentine, pour relancer leur coopération.
Les chefs d’Etat des quatre pays membres du Mercosur, réunis en Sommet à Buenos Aires sur de fond crise sans précédent du pays hôte, ont appelé les institutions financières internationales à se montrer compréhensives envers la politique économique du gouvernement argentin qui attend de nouveaux crédits pour sortir le pays de la crise. Pendant ce temps, la rue gronde. Et les épargnants, toujours empêchés de retirer leurs avoirs, poursuivent leurs manifestations, de plus en plus violentes, causant de nombreux dégâts dans plusieurs banques du centre de Buenos Aires.
Dans le chalet présidentiel de la résidence des « Olives », loin des grognes de la rue et des épargnants, Eduardo Duhalde (Argentine), Fernando Henrique Cardoso (Brésil), Jorge Batlle (Uruguay) et Luis Gonzalez Macchi (Paraguay), et des deux Etats associés, Ricardo Lagos (Chili) et Jorge Quiroga (Bolivie), veulent renforcer le processus d’intégration régionale. Surtout, ils ont réitéré leur souhait de progresser dans les négociations avec l’Union européenne afin d’atteindre « des résultats concrets qui renforcent les relations entre les deux régions ».
Dans une déclaration personnelle, le président brésilien Cardoso a déclaré que l’Argentine à besoin d’une aide efficace. Il n’est pas juste, a-t-il dit, à l’adresse du Fonds monétaire international, d’exiger de l’Argentine des mesures et de les conditionner à l’aide du FMI. Une déclaration appuyée par le président chilien Ricardo Lagos, qui a eu l’heur d’arracher un sourire de satisfaction à Duhalde.
Actions du Mercosur relancées
Au-delà des déclarations communes ou individuelles, ce sommet du Mercosur pourrait relancer les relations mises à mal ces dernières années entre le Brésil et l’Argentine, mais aussi entre le Chili et Buenos Aires. La recomposition de ces relations face à la situation désespérée de l’Argentine pourrait en effet relancer un Mercosur dont les pays membres et associés cherchaient des sorties individuelles – le Chili et l’Argentine de Menem, puis de De la Rua, en particulier -, quitte à se tourner vers la zone de libre échange des Amériques (ZLEA), et ainsi céder aux chants des sirènes de Washington. Au détriment du Mercosur, que les Etats-Unis ne voient pas d’un très bon ?il.
Le Chili cherche en effet depuis longtemps à faire cavalier seul et à obtenir un accord commercial avec les Etats-Unis. La démarche a du reste été suivie par le président urugayen Batlle, occupé à contrecarrer les effets nocifs, notamment pour l’économie de son pays, de la dévaluation du réal brésilien en 1999.
Le Sommet de Buenos Aires coïncide avec la prévisible augmentation des prix des combustibles, du gaz et de l’électricité, conséquences de l’impôt de 20% appliqué par le gouvernement Duhalde pour les exportations d’hydrocarbures. A cette hausse, il convient d’ajouter la menace, pour leur emploi, de quelque 10’000 travailleurs de ces secteurs.
15’000 plaintes
On est loin de l’Argentine des années opulentes, dont le niveau de vie se détachait alors nettement de celui des autres pays latino-américains. On est loin de l’Argentine qui passait en 1928 pour la sixième puissance économique du monde, et de celle des années 48, où l’on comptait dans le pays plus de voitures qu’en France, plus de téléphones qu’au Japon ou en Italie. On est loin des années tango, dans ce pays qui danse maintenant sur un air que le contribuable considère comme improvisé par des autorités qui n’ont plus la confiance du peuple.
Pour la seule journée de lundi, 4’000 citoyens ont déposé devant le tribunal des recours contre le blocage, par le gouvernement, de leurs dépôts bancaires. Du jamais vu. On estime qu’ils sont aujourd’hui plus de 15’000 à s’être présentés devant un tribunal menacé d’ engorgement par le nombre de plaintes. « Que va-t-il se passer avec les juges, lorsqu’ils recevront ces dossiers? », s’interrogent déjà les tribunaux.
Pour l’heure, les manifestations se poursuivent. En ce début de semaine, de nombreuses banques ont été saccagées. Le concert de casseroles, devenu traditionnel les lundis, mercredis et vendredis, s’est longuement arrêté devant la « BankBoston ». Les épargnants floués ont crié leur colère. « La pire violence est celle que le gouvernement nous a faite. Ses membres s’en sont mis pleins les poches, avant de nous voler », commente un manifestant, devant la carcasse d’un camion mis à sac.
Du côté des Etats-Unis, des sources gouvernementales laissent entendre que Washington fait pression pour que des pays latino-américains comme le Mexique, le Chili et le Brésil participent à un éventuel paquet d’aide économique en faveur de l’Argentine qui pourrait se monter à 25 milliards de dollars, avec l’appui du FMI. Cela, avec l’apport de pays comme l’Espagne et l’Italie. Un air que le président Cardoso n’entend pas chanter de cette manière: « Le Brésil est un pays pauvre. Il fera ce qu’il pourra, le nécessaire, le possible ».
Où est passé l’argent.
Quant à l’Eglise catholique d’Argentine, elle tente de faire entendre sa voix dans ce tumulte social. Elle craint que les débordements journaliers ne débouchent sur l’anarchie, et demande de faire progresser le dialogue. Dans une déclaration, Mgr Guillermo Rodriguez Melgarejo, secrétaire de la Conférence épiscopale d’Argentine, affirme que les tentatives faites pour sortir de la crise ont échoué. Pire, la situation s’est aggravée en raison d’un conflit entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire: le 1° février, une sentence de la Cour Suprême de Justice a déclaré « inconstitutionnel » le blocus des fonds décrété par le gouvernement.
Pour le prélat, la sentence des juges est un coup grave porté contre le pouvoir politique. « Si elle est indiscutable quant à sa valeur effective, elle est inopportune en raison de la situation financière du pays: les banques ne sont pas en mesure de distribuer les 65 milliards de dollars déposés, parce qu’elles n’ont pas d’argent ». Sur ce point, des enquêtes judiciaires sont en cours, car les gens se demandent « où est passé l’argent ». Une question que se pose aussi les millions de lésés. Qui réclament des comptes. (apic/pr)
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