Zimbabwe: Le missionnaire et les dix représentants religieux libérés sous caution
Harare, 19 février 2002 (APIC) Le missionnaire catholique Kevin O’Doherty et les responsables chrétiens arrêtés samedi à Bulawayo au Zimbabwe ont été libérés sous caution lundi après-midi. Le groupe avait été arrêté samedi pour avoir organisé une procession ?cuménique pour la paix. Le supérieur général des missionnaires de Marianhill, de retour du Zimbabwe, dénonce les intimidations et violences du gouvernement Mugabe à l’approche des élections présidentielles.
Le Père missionnaire de Mariannhill Kevin O’Doherty, 69 ans, originaire de Detroit, a comparu devant le tribunal au même titre que dix autres représentants religieux. Au terme d’une brève audience, le juge a décidé qu’ils pouvaient tous être remis en liberté après paiement de 1’000 dollars zimbabwéens (un peu moins de 21 euros) chacun. Le magistrat a ajouté que les prévenus devaient se présenter au tribunal tous les vendredis, jusqu’à ce que l’affaire soit close. Le passeport du pasteur anglican Noël Scott, qui avait été incarcéré séparément, a été confisqué. Le procès devrait reprendre le 4 mars prochain.
Le groupe avait été arrêté samedi en vertu d’une interprétation très restrictive de la nouvelle loi sur l’ordre public, qui interdit les rassemblements non autorisés. Cette loi vise clairement à limiter l’activité publique de l’opposition politique au Zimbabwe. Dans ce cas, elle a été appliquée à une procession pour la paix organisée dans un cadre oecuménique. Une partie de cette réglementation controversée a été dénoncée devant la Cour Suprême de Harare par des représentants du parti d’opposition « Mouvement pour le Changement Démocratique » (MDC), qui contestent sa constitutionnalité. La Cour aurait dû se prononcer hier mais elle s’est limitée à annoncer un report de la sentence.
Interventions brutales durant les célébrations
« La situation est grave, bien pire que celle qui a caractérisé les précédentes élections » a déclaré à l’agence missionnaire MISNA le Père Yves La Fontaine, supérieur général des missionnaires de Mariannhill, rentré du Zimbabwe à Rome il y a quelques jours. Le prêtre a confirmé les préoccupations manifestées par une grande partie de la communauté internationale face aux violations des droits humains et civils commises dans le pays africain. Avec l’approche des élections présidentielles, les épisodes de violence et d’intimidations se multiplient. « Dans certains cas – explique Père La Fontaine – des individus armés sont entrés dans des églises durant les célébrations liturgiques pour trouver des opposants politiques et les brutaliser. Les soi-disant ’vétérans de la guerre d’indépendance’, souvent bien trop jeunes pour l’être, agissent sans retenue ».
Irrité par l’appui fourni depuis l’étranger à son rival du Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC), Morgan Tsvangirai, le chef de l’Etat Robert Mugabe adopte des comportements incompatibles avec un système démocratique. « Les militants du parti au pouvoir (ZANU-PF) font tout leur possible pour empêcher les opposants de voter – raconte le missionnaire – en ayant recours à tous les moyens. En contrôlant les voies de communication, en limitant les libertés de déplacement des personnes, en privant de documents électoraux les citoyens qu’ils soupçonnent de sympathiser pour le MDC. Même l’un de nos missionnaires, au Zimbabwe depuis 63 ans, ayant toujours voté, a été rayé de la liste des électeurs ». Par ailleurs, pour accéder aux aides, essentiellement de nature alimentaire, distribuées par l’Etat, il faut posséder la carte du ZANU-PF, dénonce le Père La Fontaine. (apic/mna/bb)
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