Soudan: Christian Solidarity International (CSI) accusée de libérer de faux esclaves
Zurich/Nairobi, 25 février 2002 (APIC) L’?uvre d’entraide chrétienne «Christian Solidarity International» (CSI), basée à Zurich, est accusée de libérer de faux esclaves au Soudan. Son opération de sauvetage serait victime d’un «montage élaboré» destiné à duper les Occidentaux, selon le journal britannique «The Independent on Sunday». CSI affirme prendre toutes les précautions pour éviter les abus et ne nie pas qu’il y ait pu avoir quelques cas parmi les 65’000 esclaves libérés depuis 1995.
CSI, une organisation chrétienne de défense des droits de l’homme, affirme avoir racheté près de 65’000 esclaves chrétiens et animistes tombés aux mains des factions islamistes soudanaises. Le prix de rachat est fixé à 50 dollars. Selon les responsables civils de la région du Sud Soudan contrôlée par la guérilla de la SPLA, l’Armée de libération des peuples du Soudan en lutte contre le pouvoir islamique de Khartoum, le nombre d’esclaves s’élèverait à quelque 200’000, mais des sources du Nord affirment que ce chiffre est plus bas.
Des personnalités occidentales de haut niveau, qui ont soutenu cette opération – qui aurait déjà coûté plusieurs millions de dollars – destinée à racheter la liberté d’esclaves dans le Soudan ravagé par la guerre, auraient été abusées, selon Declan Walsh, correspondant du journal britannique à Nairobi. Sans nier l’existence de l’esclavage au Soudan, «The Independent on Sunday» affirme que le «rachat» a souvent été une fraude soigneusement orchestrée au détriment des ?uvres d’entraide.
Le témoignage du Père combonien Mario Riva
Interrogé par l’APIC, John Eibner, responsable du programme de libération des esclaves de CSI, précise que les informations du journal ne se basent que sur le témoignage d’un missionnaire combonien italien, le Père Mario Riva. Le Père Riva a assisté, sur le terrain, il y a six ans, à la fin d’une opération de «rédemption».
John Eibner précise qu’au moment de cette opération, à laquelle participaient des journalistes étrangers, dont une équipe de la TV allemande ZDF, le Père Riva n’avait fait aucune objection. Il relève que son opération bénéficie depuis le départ du soutien de l’évêque catholique d’El Obeid, Mgr Macram Max Gassis, contraint depuis 1990 à vivre en exil et à travailler seulement dans les régions contrôlées par les opposants au régime de Khartoum.
Un fort impact parmi la population noire des Etats-Unis
Selon le journal britannique, des villageois sont alignés pour poser comme esclaves quand des groupes chrétiens arrivent avec des valises pleines d’argent. Le Père Riva aurait reconnu certains de ses paroissiens parmi les «esclaves» rachetés par John Eibner.
Les «marchands d’esclaves» seraient parfois des soldats de la SPLA déguisés. «The Independent on Sunday» écrit que la question de l’esclavage au Soudan a un impact particulièrement fort auprès des Noirs américains et des groupes chrétiens aux Etats-Unis, où c’est devenu la cause africaine la plus importante depuis la lutte contre l’apartheid. Des hommes politiques se sont enchaînés lors de manifestations de protestation, des pop stars ont donné des concerts gratuits. CSI a récolté des millions de dollars en promettant que cet argent permettra la libération d’esclaves. Le journal considère que si un certain nombre de vrais esclaves ont été libérés, souvent il s’agit de «racket» contrôlé par des responsables corrompus de la SPLA situés au plus haut niveau. Face aux accusations du journal britannique, John Eibner estime que CSI a mis en place tout un système de contrôle pour éviter les fraudes et qu’il n’y a pas d’abus systématiques comme suggéré par «The Independent on Sunday». (apic/independant/bbc/be)
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