Pressions sur les exploitants de salles obscures
Paris, 27 février 2002 (APIC) « Amen », dont l’affiche à la croix ambiguë a provoqué une intense polémique au cours des derniers jours, sort mercredi 27 février sur les écrans français. Le dernier film de Constantin Costa- Gavras dénonce « le silence du Vatican et de Pie XII sur l’extermination des juifs par Hitler, et ouvre le débat ». Selon un exploitant de salles de cinéma à Versailles, des pressions auraient été exercées par la Mairie pour ne pas mettre le film à l’affiche dans ses salles.
« Amen » raconte l’histoire tragique et réelle d’un officier SS, Kurt Gerstein (Ulrich Tukur), protestant idéaliste, qui, à en croire l’auteur du film, alerta en vain l’Eglise, le Vatican et les diplomates sur les camps d’extermination, et d’un personnage fictif, le jeune jésuite, Ricardo Fontana (Mathieu Kassovitz).
Cinéaste politique, préoccupé d’éthique, le réalisateur de « Z », sur la dictature en Grèce, « L’Aveu » sur les régimes totalitaires de l’Est, « Missing » sur la dictature au Chili, « Music Box », Ours d’or à Berlin, rouvre « les pages les plus noires de l’histoire humaine » car, dit-il, « cette période est exemplaire ». « Il y a aujourd’hui des drames partout dans le monde et il y a un grand silence », dit Costa-Gavras, âgé de 69 ans.
Kurt Gerstein, ingénieur chimiste, chargé des livraisons de gaz Zyklon dans les camps d’extermination, se voulait « l’oeil de Dieu dans cet enfer ». Il tente en 1942 d’alerter le nonce apostolique à Berlin et fait la connaissance de Ricardo Fontana, un jeune idéaliste inspiré par plusieurs personnages réels. Le film raconte le destin tragique des deux hommes, ponctué, tout au long du film, par l’image lancinante de trains vides qui reviennent des camps de l’est et par les remarques cyniques du Docteur SS (Ulrich Muhe), qui se réfugiera en Amérique du Sud avec l’aide de l’Eglise, alors que Gerstein finira pendu dans sa cellule et Fontana dans une chambre à gaz.
Un exploitant de cinéma de Versailles ne présentera pas le film, ayant reçu « des pressions de la mairie », a indiqué mardi soir le distributeur du film chez Pathé, Jean-Claude Bordes.
Action en justice
Malgré les critiques de personnalités religieuses et l’action en justice d’une association catholique, l’affiche du film n’a pas été interdite, la justice y votant un message d’espoir plutôt qu’un amalgame entre nazis et catholiques.
« Une lecture ouverte de l’affiche permet d’y découvrir une volonté de briser la croix nazie, symbole du totalitarisme, et de replanter en terre, comme pour la réhumaniser, la croix que continue de porter toute une communauté », a expliqué jeudi dernier le président du tribunal de Paris, Jean-Claude Magendie.
L’occasion d’une réflexion historique
Le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Jean-Pierre Ricard, avait souhaité de son côté que le film permette d’ouvrir un débat d’historiens. « Le travail historique du film ouvre le champ des questions: nous souhaiterions que des historiens nous éclairent sur une situation et un personnage plus complexes que ce que montre le film », a déclaré le nouvel archevêque de Bordeaux. « Cela doit être l’occasion d’une réflexion historique et d’une prise de conscience renouvelée sur ce problème », a-t-il dit.
« Le thème de ce film est l’indifférence (…), et cette indifférence est aussi bien celle de la Société des Nations, que de l’Amérique, du Vatican ou de l’Eglise protestante », a-t-il estimé.
Costa-Gavras a adapté la pièce « Le Vicaire » de l’Allemand Rolf Hochhuth, qui avait fait scandale dans les années 60. (apic/ag/pr)
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