Rome: Pour Walter Kasper, la crise de l’oecuménisme est une conséquence de son succès
Rome, 6 mars 2002 (APIC) Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, est intervenu le 5 mars lors d’un colloque à Turin sur « l’Eglise et les Eglises dans le nouveau millénaire: le chemin de l’?cuménisme ». Le prélat a dressé un bilan mitigé du mouvement oecuménique, soulignant qu’il est nécessaire de « rester réaliste et de ne pas tracer des modèles abstraits d’unité, porteurs de nouvelles déceptions ». Il a en outre mis l’accent sur les difficultés que rencontrent les orthodoxes en matière d’unité.
Pour le cardinal Kasper, « l’époque de l’enthousiasme oecuménique, caractéristique de l’immédiat après Concile est désormais révolue ». « Plus nous nous rapprochons les uns des autres, a-t-il affirmé, plus l’expérience de ne pas être encore en pleine communion se fait douloureuse ». « Les conséquences sont parfois la désillusion et le pessimisme mais, parfois aussi, une dure critique adressée à l’Eglise institutionnelle, des attitudes et des actes de protestations, ou un oecuménisme sauvage qui ne tient pas compte des directives officielles », a-t-il poursuivi. Une attitude jugée « contre productive » par le cardinal, car « au lieu de créer une majeure communion, elle cause de nouvelles divisions ». Il a aussi précisé par ailleurs que « les Eglises locales doivent assumer leurs propres responsabilités et ne doivent pas toujours attendre des interventions du centre ».
Pour un oecuménisme plus accompli et plus adulte
Le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens a alors défini sa position comme « une nouvelle approche réaliste », prônant « un oecuménisme plus accompli et plus adulte ». « Nous devons prévoir une longue période durant laquelle nous continuerons à vivre dans la situation présente, a-t-il expliqué, caractérisée par la communion qui existe déjà, mais qui n’est pas une communion pleine ». Cette « période sera sans doute beaucoup plus longue que ce que nous avions imaginé ».
Revenant sur les fondements de cette crise de l’oecuménisme, le cardinal précise qu’elle est « une conséquence de son succès. Pour beaucoup, l’oecuménisme est devenu quelque chose d’évident ». « Or, a-t-il expliqué en faisant un parallèle avec la génération qui a directement suivi les contemporains du Christ, depuis le concile Vatican II, a grandi une nouvelle génération de fidèles catholiques et de jeunes prêtres ’qui n’ont pas connu Joseph’. Cette génération qui n’était pas née à l’époque du Concile ne comprend pas vraiment combien les choses ont changé et pour quelles raisons ».
Identité propre nécessaire pour un dialogue authentique
C’est pourquoi le cardinal Kasper a ensuite insisté sur le « devoir », le « défi à affronter » au niveau catéchétique et théologique, le « nouvel élan spirituel » à trouver. « Un dialogue authentique n’est possible, a-t-il poursuivi, qu’entre personnes qui possèdent une identité propre, ce qui peut constituer un obstacle et une limitation ». Pour lui, « la tâche est de parvenir à une identité ouverte car l’identité est une réalité relationnelle : je ne possède ma propre identité qu’en relation avec les autres et seulement en vivant auprès des autres. Dans ce contexte, a précisé le prélat, nous pourrons découvrir le problème et les avantages de Dominus Iesus qui a souligné la question de l’identité ».
Evoquant par ailleurs les différences « à l’intérieur même des différentes familles confessionnelles », il a affirmé se montrer « de plus en plus conscient du fait qu’il n’existe pas réellement une Eglise orthodoxe ». « Aujourd’hui, a ainsi affirmé le cardinal, Constantinople ne semble pas être en mesure d’intégrer les différentes Eglises autocéphales orthodoxes et son primat d’honneur est mis en doute, particulièrement par Moscou ». Cette Eglise orthodoxe avec qui « le dialogue au niveau universel est actuellement très difficile », a-t-il souligné. En ce qui concerne la Grèce et à quelques jours de la venue au Vatican de représentants de cette Eglise orthodoxe, le cardinal Kasper a affirmé que « la situation est en train de s’améliorer ». Au Moyen-Orient, a-t-il ajouté, la situation est complètement différente et il existe une communion qui est pratiquement pleine ». (apic/imed/bb)
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