Une Afghane et une Kurde iranienne sortent de l’ombre
Genève, 8 mars 2002 (APIC) Le prix « Femme exilée » a été remis jeudi soir à Fawzia Daqiqi, de l’Afghanistan et Victoria Kaby, du Kurdistan iranien, en présence de la présidente du Conseil national Liliane Maury-Pasquier et de la présidente du Conseil d’Etat genevois Micheline Calmy-Rey. Six « nominées », toutes exilées en Suisse, ont concouru pour ce prix décerné pour la première fois à Chêne-Bougeries, près de Genève.
Comme l’a souligné Liliane Maury Pasquier, les six nominées ont non seulement quitté leur pays, leurs parents et amis, ce qui est toujours douloureux, mais elles ont été confrontées en Suisse à une société qui, oublieuse de sa tradition d’accueil, adopte trop souvent aujourd’hui une attitude « frileuse sinon fermée ». Elles ont eu la force d’apprendre à vivre dans cette société et, de surcroît, de s’engager pour diverses causes. « Ces femmes nous posent des questions dérangeantes: nous avons beaucoup à faire pour donner de vraies chances à celles qui viennent chez nous et que l’on peut considérer comme des cadeaux », affirmait de son côté Micheline Calmy- Rey.
A cet égard, le parcours de Fawzia Daqiqi et de Victoria Kaby est particulièrement significatif. Arrivée en Suisse en 1998 pour témoigner de la situation des femmes en Afghanistan devant la Commission des droits de l’homme de l’ONU, Fawzia s’est vu interdire de rentrer dans son pays et a dû demander l’asile en Suisse. Professeur d’anglais chez elle, elle s’est mise à gagner sa vie ici comme aide réceptionniste et aide vendeuse. Elle a ainsi pu faire venir son mari et ses cinq enfants. Elle souhaite ardemment retourner en Afghanistan pour reprendre sa lutte pour les droits de la femme.
Professeur de littérature en Iran, Victoria Kaby est aujourd’hui employée dans la cafeteria d’une EMS à Genève, où elle vit avec son mari et ses trois enfants. Dès sont arrivée, elle s’est battue pour faire reconnaître la dignité des réfugiés. Elle a créé l’Association culturelle kurde pour mettre en valeur les richesses de la culture kurde. Une autre « nominée », la Colombienne Silvana Michaca-Mastromatteo, a souhaiter partager sa récompense avec les femmes sans-papiers qui méritent également d’être sorties de l’ombre et traitées avec dignité, comme des êtres humains.
Hommage au courage et à la dignité de femmes exilées
L’initiative du prix « Femme exilée » revient à Alba Viotto, une militante de longue date, qui a su mobiliser nombre de bonnes volontés. Celle-ci entendait rendre ainsi publiquement hommage au courage et à la dignité de femmes qui vivent parmi nous comme exilées ou réfugiées et leur donner l’occasion de sortir de l’ombre. Le jury, multiculturel, a eu d’énormes difficultés à choisir deux lauréates parmi les six « nominées », toutes dignes d’éloges, a relevé la présidente de ce jury, Graciela Geuna-Jolidon, qui a elle-même connu la prison en Argentine.
Le prix « Femme exilée » dont l’association F-Information est la dépositaire, devrait être décerné chaque année. Ses initiatrices ont l’intention de l’étendre à la Suisse romande et au Tessin. (apic/mba/bb)
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