Le message de confiance d’un évêque SDF (sans diocèse fixe)

Genève: Week-end genevois pour Jacques Gaillot

Genève, 10 mars 2002 (APIC) Jacques Gaillot (il n’aime pas être appelé « Monseigneur ») a été l’invité des communautés catholique, protestante et évangélique de Meyrin lors des fêtes du 25ème anniversaire du Centre paroissial ?cuménique. L’évêque, qui se dit SDF (sans diocèse fixe) a délivré avec sérénité un message exigeant, mais plein de confiance.

Samedi, Jacques Gaillot a pris le train aux aurores à Pau pour arriver en fin de matinée à Genève. Il a d’abord été emmené à la Maison de la Croisette qui abrite, à Vernier, l’Aumônerie genevoise ?cuménique auprès des requérants d’asile (AGORA) et l’association ELISA, un réseau d’assistance juridique. Cette dernière inaugurait un équipement informatique qui doit permettre aux requérants de mieux étayer leur dossier, grâce aux informations glanées sur Internet.

Evêque « virtuel » de Partenia, Jacques Gaillot était bien la personne indiquée pour une telle inauguration. L’après-midi était consacré à une rencontre avec des délégués des paroisses invitantes et des représentants de communautés de base et d’autres groupements. Le soir, l’évêque SDF exposait au Forum de Meyrin, devant 400 personnes, sa pensée, et surtout celle de l’Evangile, sur la manière de vaincre la violence. Enfin, dimanche matin, il participait à une célébration eucharistique ?cuménique. Durant tout ce week-end, on a entendu la parole d’un homme libre, plein d’humour et dont l’expression favorite est: « C’est beau! »

Sa mise à l’écart, un « bon passeport »

Au gré des questions, Jacques Gaillot a confié à ses auditeurs de l’après- midi quelques bribes de sa vie auprès des sans-papiers, des mal-logés ou des prisonniers. « Ils m’admettent facilement, car ils savent que j’ai été mis à l’écart par l’institution. C’est un bon passeport que m’a délivré Rome! » L’avenir est dans les marges, estime-t-il, regrettant que l’Eglise reste trop souvent au centre. « J’étais un jour avec des sans-papiers africains jouant du tam-tam, quand un passant m’a demandé: ’Où est Dieu?’ J’ai répondu: ’Il est ici!’ Il faut être avec les pauvres pour être avec tout le monde. L’Eglise doit se trouver là où les gens souffrent. Elle est faite pour ça. » Jacques Gaillot rencontre d’ailleurs des chrétiens dans tous les lieux de précarité. Le problème, c’est d’arriver à ce que leur témoignage touche l’institution et change la manière d’être de l’ensemble des chrétiens. Cependant, l’évêque SDF fait preuve d’une grande confiance: « Je rencontre partout des femmes, des hommes, des jeunes qui en veulent, luttent. Il y a une belle santé des gens du terrain. Cela m’aide à vivre. »

Certes, Jacques Gaillot dérange et n’est pas accepté partout. « Je suis destitué, donc suspect. » Il affirme que l’Evangile ne nous demande pas d’être conformes, mais authentiques. Il se voit aujourd’hui comme « un semeur au pas rapide ». Il « vit dehors », se laisse accueillir d’un lieu à l’autre. Il sème et s’en va, sans trop se préoccuper du résultat. Et les médias lui permettent de « jeter plus loin la Parole, au-delà des croyants ».

La logique de la surabondance

C’est adossé à l’Evangile que Jacques Gaillot s’est confronté, le soir, aux questions que pose la violence. Il distingue trois logiques. Celle, justement, de la violence, à l’?uvre par exemple en Palestine où il se rend de temps à autre. Celle de la justice qui permet aux êtres humains de vivre ensemble. Et celle de la surabondance, de la gratuité, du pardon, de la joue droite qu’on tend quand on vous a frappé sur la gauche, de l’amour des ennemis. « C’est ainsi que Dieu agit envers nous. » Cette logique-là permet de dépasser le mal par le bien. Alors que la culture actuelle prône la compétition et la domination. Si un jeune veut réussir, il doit se montrer dur, impitoyable. « Or, quand une société fabrique des gagnants, elle produit aussi des perdants. On ne réussit pas sa vie au détriment des autres! » Jacques Gaillot souhaite qu’on apprenne plutôt aux jeunes que l’être humain est avant tout fait pour la rencontre.

Il est des circonstances, comme actuellement en Palestine, où il est bien difficile d’entrer dans cette logique de la surabondance. Pourtant, en s’adressant au c?ur d’un officier israélien à un « check point », l’évêque SDF est parvenu à obtenir un comportement plus humain. « Que votre coeur ne s’aigrisse jamais! », lui avait lancé une vieille religieuse. Jacques Gaillot n’a pas oublié la leçon. C’est durant la guerre en Algérie qu’il a découvert la non-violence. « Elle n’est pas naturelle, elle s’apprend. » Répondant à un interlocuteur qui l’interrogeait sur la violence de Jésus renversant les tables des marchands du temple, l’évêque SDF dit: « C’est une belle colère: la colère met les gens debout. On a trop appris aux chrétiens à être gentils. Ne soyez pas gentils! La non-violence n’est pas de la passivité. Elle est le fait de gens déterminés qui n’ont pas peur de lutter, mais sans haine. »

Jacques Gaillot a incité ses auditeurs à devenir des femmes et des hommes libres, vivant selon leurs convictions et non pas selon leur intérêt, prêts à prendre des risques. A l’exemple de certains de nos contemporains. « Partout où je vais, je vois des gens qui se redressent et se rebellent. Quelqu’un qui se rebelle, c’est beau! » Et quand on lutte ensemble, conclut- t-il, « il se passe toujours quelque chose. Souvent, l’on gagne! » (apic/mba/bb)

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