Et condamne le rabbinat français aligné sur Sharon

Paris. Un intellectuel juif français condamne fermement l’attitude d’Israël

Paris, 11 mars 2002 (APIC) Un intellectuel juif français condamne fermement l’attitude d’Israël. Professeur de Sciences politiques à l’université de Paris VIII, Daniel Lidenberg brise de la sorte un silence pesant pour à la fois dénoncer la politique d’Israël vis-à-vis des Palestiniens, regretter les positions du rabbinat français «alignées sur celles d’Ariel Sharon», et déplorer le silence de la plupart des intellectuels juifs français.

L’intervention du professeur Daniel Lidenberg a marqué la récente conférence organisée la semaine passée à Paris par le Centre de recherche pour la paix de l’Institut catholique de Paris, et par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD).

Jamais la logique de guerre ouverte n’a été aussi présente en Terre Sainte, a déploré le professeur Lidenberg. Ce conflit a été lancé il y a un siècle parce que, a-t-il souligné, le mouvement sioniste, né en Europe, n’a pas tenu le moins du monde compte des habitants de la région.

Co-auteur, avec Joseph Maïla, directeur du Centre de recherche pour la paix, du livre «Le conflit israélo-palestinien», Daniel Lidenberg considère qu’il ne faut jamais perdre de vue que l’une des parties en conflit aujourd’hui n’était pas sur place au départ et estimé que l’on peut parler d’une véritable situation coloniale, avec un occupant et un occupé. Si ce conflit local est devenu un conflit israëlo-arabe c’est parce que les pays arabes se sont solidarisés de ce qu’ils perçoivent comme un déni de justice fondamental. Pendant un siècle donc, ce n’est que la logique de guerre, la logique de la force, qui a prévalu en Terre Sainte.

En l’état, a-t-il estimé, le projet de chacune des parties n’est ni plus ni moins que l’annihilation de celui qui devrait être un partenaire de discussion. Les accords d’Oslo ont représenté un vrai espoir pour la paix mais la société israélienne n’a pas suivi et ils ont été trahis par les colons israéliens, auxquels Sharon est tout entier dévoué. «Or la paix dans cette région ne se fera pas sans que l’on règle ce problème de l’occupation des territoires palestiniens et sans que l’on permette aux Palestiniens d’avoir un Etat véritable et non un Etat croupion».

Les religieux ne sont pas des hommes de paix

Le conférencier a regretté qu’en Israël les religieux ne soient pas des hommes de paix, à quelques exceptions près, comme le grand Yeshayahou Leibowitz. «Or les hommes de religion, dans cette région, ont un impact considérable pour briser la logique infernale de la guerre». Et de condamner l’attitude du rabbinat français, exception faite de René-Samuel Sirat et quelques autres, totalement aligné sur Ariel Sharon.

Quid de l’attitude des intellectuels juifs français? Bernard-Henri Lévy? «Il a le doigt sur la couture du pantalon». Alain Finkielkraut ? «Il n’est pas assez ferme dans sa dénonciation des errances israéliennes». André Glucksmann ? «Ses positions étaient claires jusque-là mais on ne l’entend plus sur ce sujet depuis les attentats du 11 septembre». Restent, pour protester, des gens comme Théo Klein, ancien président du Conseil représentatif des institutions juives (Crif) et avocat international, Edgar Morin, Pierre Vidal-Naquet ou lui-même, inféodé à aucun des partis israéliens mais plutôt proche du parti Meretz et de travaillistes comme Yossi Beilin, lui-même hostile à la participation de Shimon Perez au gouvernement de Sharon.

Quant à l’accusation d’antisémitisme lancée à la France par ce dernier, Daniel Lidenberg estime qu’elle est absolument infondée, même s’il y a, ici et là, quelques violences entre les diverses communautés. Rien, en tout cas, qui justifierait le départ massif des juifs de France vers Israël. «Tout cela n’est que balivernes». (apic/jcn/pr)

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