Huit superviseurs formés et quatre écoles construites

Fribourg; Rencontre avec Hubert Monnard, expert pédagogue en Haïti

Fribourg, 12 mars 2002 (APIC) En 1998 Hubert Monnard, enseignant retraité d’Estavayer, part en Haïti former des pédagogues, à l’initiative de Mission Bethléem. Grâce à la générosité de ses nombreuses connaissances dans le canton de Fribourg et environ, il réussit à construire quatre écoles. La tâche est ardue, le pays est rongé par la misère, la corruption. En Haïti la survie est un défi quotidien, quitte à échanger son baptême contre une bouchée de pain, et à se refaire baptiser au gré des avantages qu’offrent certaines « Eglises » façon Oncle Sam.

Le 4 février 1998, Hubert Monnard fort d’une expérience pédagogique de plus de trente ans, part pour près de quatre ans en Haïti. Il répond ainsi à une initiative de la Mission Bethléem Immensee, qui cherche un pédagogue expérimenté afin de former des superviseurs pour les écoles presbytérales du diocèse des Gonaïves en Haïti. De retour pour quelques semaines à Estavayer-le-Lac, Hubert Monnard rend compte à l’APIC, que malgré la détresse quotidienne que connaît le peuple haïtien, il est possible de mener à bien des actions concrètes capables d’améliorer la situation.

La tâche première d’Hubert Monnard est de former des spécialistes, les « superviseurs », responsables des visites de classe. Ces visites consistent en un suivi de deux heures de cours et d’un entretien avec l’enseignant, qui permettent la rédaction d’un rapport de visite, source d’évaluation des pédagogues et d’élaboration de programmes de cours et d’exercices appliqués.

Hubert Monnard doit donc donner des cours de perfectionnement aux superviseurs notamment en psychologie pédagogique, analyser avec eux les rapports de visite, se rendre également sur le terrain pour des évaluations et finalement s’efforcer de rendre les superviseurs suffisamment compétents, pour qu’à leur tour ils puissent devenir formateurs de superviseurs.

Les journées sont donc bien remplies. Surtout que la situation du pays est loin de faciliter la tâche du pédagogue. Les conflits internes du parti du président Aristide et la généralisation de la corruption plongent Haïti dans une pauvreté endémique.

Une instruction publique à la dérive

L’instruction publique en est évidemment la victime. Seuls 10% des enfants en âge de scolarisation vont à l’école publique. Un autre 10% est assuré par les écoles presbytérales pour lesquelles travaille Hubert Monnard. Le propre de ces écoles est d’être sous la responsabilité d’un prêtre dont la principale tâche, et non la moindre, est d’assurer le paiement des salaires. Mission évidemment impossible: scolariser les enfants représentante un énorme sacrifice pour les gens qui ont la chance d’avoir un revenu. Les entrées d’argents aléatoires sont source de tension entre prêtres responsables et corps enseignant. L’engagement sur le terrain d’Hubert Monnard s’est donc vu gratifier d’une charge supplémentaire: celle de médiateur syndical. Et le pédagogue d’Estavayer de réconcilier prêtres désargentés et enseignants grévistes.

Quant au 80% restant, il est pris en charge par des Eglises protestantes américaines, évangélistes, baptistes, mormons, ainsi que par d’autres groupements religieux de tout bord, provenant essentiellement des Etats- Unis. Hubert Monnard explique que la présence en force d’une multitude de mouvements produit un phénomène particulièrement développé dans la population haïtienne: les baptêmes multiples.

Les évangélistes de l’oncle Sam

Il n’est pas rare dans ce pays de rencontrer des personnes qui ont reçu quatre à cinq baptêmes d’Eglises ou mouvements différents, en fonction des ?uvres de bienfaisance qui les ont momentanément prises sur leur aile protectrice. On échange ainsi volontiers un ardent credo contre quelques gourdes (la monnaie d’Haïti) ou produits en nature toujours bienvenus. Cependant, cette influence massive de l’évangélisation façon oncle Sam, n’atteint pas les mentalités en profondeur. Lorsqu’il s’agit de choses vraiment importantes, on pratique le vaudou, un point c’est tout, peu importe le nombre de baptêmes reçus.

Cet opportunisme de la survie a posé également des problèmes plus immédiats à Hubert Monnard. Les 8 superviseurs qui ont acquis par ses soins un niveau de compétence plus élevé, reçoivent parfois des offres de l’Etat, qui leurs promet le double du salaire mensuel de 2’750 gourdes (240 francs suisses) assuré par les écoles presbytérales. Cependant, l’Etat verse en moyenne un salaire par année. Plus sérieuse est la concurrence des ONG venues des Etats-Unis qui paient effectivement plus, mais seulement pour la période que durent leurs actions sur le terrain. Là encore, le sens de la persuasion a permis à Hubert Monnard de garder tous les superviseurs, qui sont d’autant plus précieux qu’ils peuvent désormais en former d’autres.

Générosité helvétique: quatre écoles construites

Mais, le pédagogue staviacois ne s’est pas contenté de mener à bien son mandat. Il a également pris l’initiative de faire construire quatre écoles, actuellement en cours de finitions. Ces réalisations ont été possibles grâce à une foule de dons privés provenant de Suisse, surtout de la région fribourgeoise et naturellement d’Estavayer, notamment de sa paroisse, ainsi que quelques associations à vocation caritative. Un total de 154’000 dollars est ainsi parti de Suisse pour être intégralement investi dans le développement de structures pédagogiques en Haïti.

Son Mandat désormais achevé, Hubert Monnard est cependant encore présent en Haïti du début février à la mi-avril 2002 pour assurer la mise en place de la relève de son poste, qui sera désormais assuré par Reynold Pochard, ancien inspecteur des cycles d’orientation du canton de Fribourg. (apic/sh)

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