Colombie: Dernier adieu du pays à l’archevêque de Cali assassiné samedi
Bogota, 20 mars 2002 (APIC) La Colombie pleure son «apôtre de la paix», Mgr Isaias Duarte, l’archevêque de Cali assassiné samedi, lui rendant un dernier hommage mardi lors de ses funérailles à la cathédrale San Pedro, à Cali. Le caïd de la drogue de Cali Diego Montoya a nommément été désigné par les FARC comme étant l’auteur intellectuel de ce crime.
Les funérailles ont tourné à l’affront pour le président Andres Pastrana, copieusement hué par les fidèles pendant la totalité de son discours au terme de la cérémonie mortuaire.
Mgr Isaias Duarte, 63 ans, archevêque de Cali depuis 1995, a été abattu par deux tueurs à gage samedi après avoir célébré une messe et marié 70 couples à l’église du Bon pasteur dans sa ville. Célébré par le cardinal Pedro Rubiano, primat de Colombie, devant 20’000 fidèles massés sur la place de la cathédrale San Pedro à Cali, l’office venait de s’achever lorsque le chef de l’Etat a subi la révolte de la foule.
Au moment où avaient lieu les funérailles de Mgr Duarte, les FARC accusaient publiquement le narcotrafiquant Diego Montoya, du cartel de Cali, comme étant l’auteur intellectuel de ce crime. Quant à l’ELN, elle a publiquement condamné cet assassinat. La foule présente aux funérailles ont réclamé du pouvoir qu’il fasse son travail pour punir les coupables.
Andrés Pastrana a pris la parole, mais n’a pu poursuivre face au violent concert de cris et sifflets improvisé par les fidèles. Il s’est alors brusquement arrêté, avant d’exiger une minute de silence.
Le président colombien a alors repris son discours, mais les hurlements de la foule ont repris pendant les cinq minutes de son intervention, avant l’inhumation dans la nef, sous une dalle, près de l’autel, de la dépouille mortelle de Mgr Isaias Duarte.
Cet affront public s’explique par la récente polémique déclenchée par les propos de l’archevêque. Avant les élections parlementaires du 10 mars, Mgr Duarte avait mis en cause l’influence occulte des barons de la drogue dans la politique colombienne.
Andrés Pastrana avait appelé le prélat à préciser ses accusations, sous peine d’apparaître comme quelqu’un qui «jette la pierre et cache la main».
La réaction «lamentable» de Pastrana
Cette critique avait été qualifiée de «lamentable» par le secrétaire de l’archevêché de Cali, Fred Potes, et n’est certainement pas étrangère à la réaction de la foule contre le chef de l’Etat pendant ses funérailles.
Toutes les pistes actuelles des enquêteurs après le meurtre de l’archevêque pointent en direction des trafiquants de drogue. Les principaux mouvements de guérilla ont affirmé lundi n’y avoir eu aucun rôle.
Depuis son assassinat, cette ville tropicale, la troisième en importance de Colombie avec deux millions d’habitants au coeur du Sud-Ouest colombien, a vécu un deuil permanent.
Une chapelle ardente avait été mise en place dans la nef de San Pedro aussitôt après le meurtre. Les pèlerins se sont succédé jour et nuit, dans des files d’attente de plus de 500 mètres autour de la cathédrale, pour venir se recueillir devant la dépouille mortelle de Mgr Duarte.
Pendant les funérailles, la plupart des personnes présentes étaient vêtues de blanc, à la demande des autorités ecclésiastiques, en symbole de la paix à laquelle aspire ce pays andin frappé par 38 ans de guerre civile, avec plus de 200’000 morts.
(apic/ag/pr)
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