Conférence du cardinal Kasper sur l’?cuménique

Paris. Pour la première fois, un cardinal romain à l’Assemblée de la FPF

Paris, 25 mars 2002 (APIC) Dans le cadre de l’assemblée générale de la Fédération protestante de France (FPF), dont les travaux portent précisément sur son propre engagement ?cuménique, le cardinal Walter Kasper a donné samedi 23 mars à Paris, une conférence publique sur l’engagement ?cuménique de l’Eglise catholique.

Une intervention soigneusement préparée et structurée en neuf points, dans laquelle il n’a pas omis de faire état des difficultés et désaccords. Notamment sur la communion ecclésiale comprise par Rome comme un préalable indispensable à la communion eucharistique.

En préambule, le président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens a remercié la FPF: c’est en effet la première fois qu’elle invite un cardinal romain à son assemblée générale. En premier lieu, il a rappelé que l’option ?cuménique de Vatican II est irrévocable « car l’unité est l’?uvre de l’Esprit saint ainsi qu’une catégorie fondamentale de l’Ecriture Sainte ». L’?cuménisme, a-t-il dit, est au c?ur de la mission pastorale de L’Eglise et il engage chaque chrétien. Cela d’autant plus que « les divisions entre chrétiens ont contribué de manière décisive au processus de sécularisation dans le monde occidental. Aussi bien la ligne de séparation décisive ne passe pas aujourd’hui entre catholiques et protestants mais entre chrétiens et indifférents du point de vue religieux ». Et de redire la communion profonde qui unit les Eglises chrétiennes: appartenance au même Corps du Christ par le baptême, malgré les différences existantes; même reconnaissance des symboles de foi de l’Eglise primitive, symbole des apôtres et credo nicéno- constantinopolitain. Et, bien entendu, du dogme de Chalcédoine en Jésus- Christ vrai Dieu et vrai homme.

Controverses encore vives

Le cardinal Kasper a toutefois regretté « qu’il existe dans de nombreuses communautés ecclésiales non catholiques un processus de détérioration de cette base jusqu’à présent commune » Un processus également à l’?uvre dans la théologie du pluralisme religieux, selon laquelle Jésus-Christ n’est pas le seul unique et unique médiateur du salut. Et d’évoquer la déclaration « Dominus Iesus », rédigée pour réagir contre cette thèse pluraliste. Mgr Kasper s’est par ailleurs félicité de l’accord luthéro-catholique sur la doctrine de la justification. Il a souligné que la Fédération luthérienne mondiale et le Conseil pontifical pour l’unité avaient invité l’Alliance réformée mondiale et le Conseil méthodiste mondial à examiner la possibilité d’adhérer à cet « accord fondamental qui permet à des différences résiduelles de subsister » et qui honore « une diversité réconciliée ». Après cet accord fondamental, il s’agira dans la prochaine étape de s’accorder sur l’Eglise comme instrument de l’Evangile, sa nature et sa mission.

Evoquant la question du ministère de saint Pierre, Mgr Kasper a admis que « les controverses sont encore vives », bien que « beaucoup de protestants reconnaissent eux aussi qu’un ministère d’unité peut être utile et qu’il manque dans les Eglises protestantes. » De son côté, l’Eglise catholique admet que « la forme actuelle du ministère pétrinien peut et doit continuer de se développer en accueillant les expériences des autres Eglises. »

Concernant la pleine communion ecclésiale dans une même foi, comprise comme le but du mouvement ?cuménique, le président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens a redit que cette communion était la base préalable à toute communion eucharistique, car celle-ci n’est pas la seule communion individuelle avec le Christ. Son auditoire protestant aura relevé au passage « que l’union entre communion eucharistique et communion ecclésiale était jusque dans les années 70 un bien commun entre toutes les Eglises » et remarqué la désapprobation implicite par le cardinal romain de la Concorde de Leuenberg de 1973. Pourquoi? Parce que celle-ci permet l’hospitalité eucharistique, « une notion empruntée à la vie civile. Mais peut-on transférer ces notions civiles dans le domaine sacramentel et théologique ? »

Un ?cuménisme de vie

Par-delà ces réserves, Mgr Walter Kasper a conclu sur la nécessité de mettre en ?uvre l’?cuménisme de vie. Le seul à même de relancer une dynamique de compréhension quelque peu bloquée en l’état, nonobstant les énormes progrès accomplis. Cet ?cuménisme de vie suppose le renoncement à toute forme de prosélytisme ouvert ou camouflé, la conscience de ce que toute décision prise dans notre Eglise concerne aussi notre partenaire, la guérison des blessures de notre histoire par la purification de la mémoire, sans oublier la réception plus large des résultats du dialogue souvent trop peu connus.

Le cardinal Kasper aurait-il écrit Dominus Iesus intégralement ? », a demandé un théologien baptiste. Le prélat romain a admis que ce texte avait un ton maladroit et précisé qu’il avait recommandé au cardinal Ratzinger de ne pas mélanger dans un même texte la réflexion sur le dialogue interreligieux et celle sur l’?cuménisme. S’il avait dû en être l’auteur, il aurait rajouté quelque chose (sur l’oecuménisme). Pense-il que les couples mixtes peuvent apporter à l’?cuménisme une contribution décisive ? « Très certainement, leur apport et témoignage est précieux. Je comprends leur souffrance face à l’impossibilité de communier ensemble dans l’Eglise catholique », a fait valoir Mgr Kasper. Est-il bien opportun, face à l’immensité des défis contemporains, de s’attarder sur nos querelles théologiques et, à tout le moins, de mettre la priorité à l’obtention de la communion ecclésiale ? En réponse, le prélat a admis que le débat théologique est nécessaire mais pas suffisant, redisant au passage que le dialogue ?cuménique de vie était appelée à se développer considérablement. Et de souligner l’importance de la prière commune car « l’unité n’est pas notre oeuvre, elle n’est possible qu’en tant que don de l’Esprit Saint ». (apic/jcn/pr)

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