L’Afrique du Sud n’aurait pas dû approuver les résultats

Zimbabwe: L’archevêque Desmond Tutu conteste la réélection de Robert Mugabe

Harare, 26 mars 2002 (APIC) Le Prix Nobel de la Paix Desmond Tutu conteste la légitimité du président Robert Mugabe, réélu début mars à la tête du Zimbabwe. L’ancien archevêque anglican du Cap, en Afrique du Sud, reproche au gouvernement sud-africain d’avoir approuvé les résultats des élections controversées au Zimbabwe. L’autocrate Robert Mugabe, depuis 22 ans au pouvoir à Harare, a été reconduit pour un mandat de six ans.

«Je suis profondément attristé que notre pays soit au nombre de ceux qui ont dit que l’élection était légitime et juste», a lancé Desmond Tutu, lors du programme d’actualité Newsmaker, diffusé sur la chaîne de télévision publique sud-africaine.

L’Afrique du Sud, la Namibie, le Mozambique et le Nigeria figuraient parmi les quelques pays qui ont qualifié de «légitime» les résultats de l’élection tenue du 9 au 11 mars. Celle-ci a été critiquée par des équipes d’observateurs internationaux – entre autres par des équipes déléguées par le Conseil oecuménique des Eglises, la Conférence des Eglises de toute l’Afrique et des nations du Commonwealth.

Le Zimbabwe suspendu du Commonwealth

Le Commonwealth – qui compte 54 nations – a décidé, la semaine dernière, de suspendre le Zimbabwe pour un an, après des élections qui, estime-t-il, ont été marquées par les violences. Pour Desmond Tutu, «lorsque la démocratie n’est pas respectée, nous devons, dans notre intérêt, le dire. Nous nous faisons du tort en disant que nous soutenons les principes de la démocratie, la liberté, le droit d’expression, et en approuvant ensuite, comme cela semble avoir été le cas, quelque chose qui a été si clairement marquée par des irrégularités.»

Au Zimbabwe, le Conseil des Eglises a déploré le 25 mars la poursuite des violences au lendemain des élections. «Le gouvernement et d’autres leaders politiques doivent parler le langage de la paix, de la tolérance et de l’unité», a souligné Densen Mafinyane, secrétaire général du Conseil. «Le fait d’avoir des opinions différentes ne devrait pas faire de nous des ennemis», a-t-il ajouté en faisant allusion aux accusations de membres de l’opposition selon lesquels ils auraient été attaqués par des partisans du gouvernement. «Si cette situation se poursuit, la nation va souffrir. L’économie doit se développer et s’en prendre à une partie de la nation affectera l’ensemble de celle-ci.»

Déjà six personnes tuées depuis les élections

Selon des informations d’Amani Trust, organisation non gouvernementale d’aide aux victimes, du Forum zimbabwéen des droits de la personne et du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) – principal parti d’opposition – au moins six personnes ont été tuées depuis les élections. Parmi elles figuraient un fermier abattu la semaine dernière dans la ville de Norton, à 35 kilomètres à l’ouest de la capitale; un agent électoral du MDC torturé à mort à Mutoko; et un gardien de ferme mort à son arrivée à l’hôpital après avoir été battu par des militants de la ZANU- PF (Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique) à Marondera.

Selon des informations de Harare, de Bindura, un bastion de la ZANU- PF, de Guruve et de Marondera, au moins 1’500 agents électoraux du MDC et des milliers de villageois ont fui en raison des violences, et au moins 22 personnes ont été torturées et 10 enlevées depuis les élections. Le MDC a demandé à la communauté internationale d’intervenir et de convaincre le gouvernement zimbabwéen de mettre fin à la violence. «Nous appelons les leaders de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la communauté internationale à exhorter le parti au pouvoir et le gouvernement à freiner leurs partisans et à renoncer à la campagne de violence.» (apic/eni/be)

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