Québec: Bataille judiciaire sur le port du poignard sikh à l’école
Montréal, 3 avril 2002 (APIC) Une famille de Sikhs vivant à Montréal se bat pour que le fils, âgé de 12 ans, puisse se rendre en classe avec son poignard rituel, le kirpan. Les autorités scolaires s’y opposent, évoquant l’argument de la sécurité. La partie adverse invoque le « symbole de foi » et la tolérance religieuse. L’affaire a été portée devant la justice.
Une famille sikh montréalaise a entamé une bataille judiciaire pour que leur fils de 12 ans puisse fréquenter l’école en possession de son kirpan, poignard qui a valeur de symbole dans leur religion. A partir du 11 avril, la Cour Supérieure du Québec examinera ce cas où la tolérance religieuse s’oppose aux consignes de sécurité à l’école. Sa décision devrait faire jurisprudence.
Le problème du kirpan s’est déjà posé dans les écoles de Montréal. Jusqu’à présent, les établissements avaient réussi à convaincre les jeunes Sikhs de porter en classe une représentation symbolique du kirpan, sous forme de pendentif ou d’une imitation en plastique, empêchant du même coup l’introduction en milieu scolaire d’un objet jugé dangereux. Mais les parents du jeune Gurbaj Singh refusent cet arrangement, qu’ils trouvent contraire à leur religion.
« C’est le choix de chacun, il y a des croyants plus orthodoxes que d’autres », affirme à l’AFP leur avocat, Julius Grey. Dans sa requête au tribunal, il plaide que l’interdiction du port du kirpan à l’école « viole le droit à la liberté de conscience et de religion ». Depuis qu’il a été baptisé, l’adolescent de 12 ans porte en permanence, même au lit, son kirpan, qui est l’un des cinq symboles religieux sikhs, au même titre que la chevelure qu’il doit laisser pousser.
Echec à un « accommodement raisonnable »
La direction de l’école a remarqué que l’enfant portait un poignard lorsqu’il l’a laissé tomber, l’automne dernier, dans la cour de l’école. Quatre mois de tractations s’engagent. Spécialistes en relations interculturelles, membres de la communauté et avocats sont appelés en renfort pour tenter de trouver « un accommodement raisonnable ». Cette notion juridique, reconnue par la Charte canadienne des droits et libertés, invite les parties à s’entendre sur un compromis, quand une mesure ou un règlement porte préjudice à une personne en raison, par exemple, de son origine ethnique. On propose alors que l’enfant porte son kirpan dans une enveloppe de tissu scellée. La suggestion fonctionne quelques jours avant d’être rejetée par la direction de l’école puis par le conseil de la commission scolaire.
Une arme ou un « symbole de foi »
« L’enjeu principal de cette histoire », rappelle dans sa décision la commission scolaire, est avant tout « la question du port d’armes par des élèves ». Elle estime que vu « sous cet angle, le port du kirpan ne respecte pas le droit à un environnement sûr dans les écoles ». Le verdict est clair: une représentation du kirpan ou pas d’école.
« C’est une décision très décevante parce qu’ils ne comprennent pas que pour nous les Sikhs, c’est un symbole de foi et non une arme destinée à attaquer quelqu’un », affirme Tarlochan Singh Johal, secrétaire de l’Association des parlements sikhs à Montréal. « Comment peuvent-ils dire que c’est dangereux? » renchérit Me Grey. A ses yeux, « les instruments de géométrie représentent un plus grand danger ». « Emballé, cousu, porté sous la chemise, jamais sorti », voilà selon l’avocat de la famille sikh les règles auxquelles ses clients sont prêts à consentir.
Depuis une dizaine de jours, l’enfant n’a plus accès ni à l’école, ni aux cours privés fournis par la commission scolaire dans l’attente de sa décision. Me Julius Grey espère que la cour autorisera rapidement Gurbaj Singh et son kirpan à retourner à l’école, en attendant de trancher plus tard sur le fond de l’affaire. (apic/ag/fm)
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