Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), l’a assuré en toute sérénité mercredi 10 avril: il n’y a actuellement aucun cas de prêtres dans le diocèse de LGF qui feraient l’objet d’une enquête pour pédophilie. Ce n’est donc p

Recevant les médias à l’évêché de Fribourg en compagnie de son vicaire général, Mgr Rémy Berchier, Mgr Genoud a tout d’abord tenu à exprimer son entière solidarité avec toutes les victimes de la pédophilie, leurs familles, leurs proches. Il a ensuite dénoncé sans ambages, comme l’a fait le pape à plusieurs reprises ces derniers mois, le scandale des abus sexuels contre les mineurs. Un «scandale tout à fait intolérable» qui touche l’ensemble de la société. «Il faut oser dire que ces cas restent isolés, mais même s’il n’y avait qu’un cas, ce serait un cas de trop!», affirme l’évêque. Pour Mgr Genoud, pas question d’essayer de défendre l’indéfendable: «Nous voulons une politique de transparence totale et de collaboration avec la justice! Plus question, comme autrefois, de régler ces affaires en famille.» Statistiques à l’appui, l’évêque fribourgeois a démontré que les cas de pédophilie concernant les prêtres, en Suisse, sont plutôt rares.

Les tragiques événements de Walenstadt

Pas de comparaison donc avec ce qui se passe actuellement aux Etats- Unis, «même si nous ne sommes pas épargnés». «Nous sommes encore sous le coup des tragiques événements de Walenstadt», dans le diocèse de Saint- Gall, où le curé Alois Fritschi est toujours derrière les barreaux. Mgr Genoud a profité de l’occasion pour saluer tous les efforts entrepris par les instances civiles qui offrent aux victimes le secours dont elles ont besoin et qui luttent toujours plus efficacement contre ce phénomène de société qui se révèle peu à peu au grand jour. La Conférence des évêques suisses a déjà annoncé la création d’une Task Force ad hoc composée d’un groupe d’experts avec des spécialistes (juristes, psychologues, prêtres) chargés de conseiller les évêques en matière de pédophilie.

Mgr Berchier a présenté à la presse les mesures concrètes qui sont entrées en vigueur dès aujourd’hui: une ligne téléphonique directe avec l’évêque destinée aux agents pastoraux, un service d’accueil en faveur des victimes de la pédophilie, et des mesures particulières concernant les lieux de formation des futurs agents pastoraux. 800 lettres à destination des agents pastoraux sont prévues dans un premier temps, comprenant le numéro d’appel qui leur est réservé. Il ne sera pas rendu public, tout au moins dans une première phase, mais publié dans le journal officiel du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, «Evangile et Mission».

L’évêque pourrait être acculé à dénoncer un prêtre pédophile

La ligne téléphonique spéciale permettra à tous les agents pastoraux (prêtres, diacres, laïcs permanents) qui rencontreraient ou qui auraient rencontré de telles difficultés de contacter directement Mgr Bernard Genoud, «pour se confier à leur père évêque dans la confiance, le respect et l’accompagnement dans un but d’aide». En son absence, c’est Mgr Rémy Berchier qui prendra la relève. L’évêque s’engage à contacter personnellement le plus rapidement possible toutes les personnes concernées qui appelleront.

Au cas où un agent pastoral devait avouer des actes ou des tendances pédophiles actives au cours de la discussion, l’évêque lui demandera «par obéissance, de faire la clarté sur ce problème». Et s’il ne le faisait pas ? «Il ne me resterait qu’une solution: après discussion, le suspendre, c’est-à-dire, lui retirer son ministère». L’évêque cherchera d’emblée à ce que le prêtre concerné prenne lui-même les choses en mains et se dénonce lui-même à la justice. Dans le cas où il n’agirait pas de lui-même ? «J’espère ne pas être acculé à le dénoncer moi-même, mais je pourrais l’être effectivement», lâche-t-il.

Avec les 4 Caritas cantonales (Vaud, Genève, Fribourg et Neuchâtel) l’évêque étudiera, dans les plus brefs délais, la mise sur pied d’un service d’accueil en faveur des victimes de la pédophilie. D’autre part, même si le risque zéro n’existe pas, il faudra être plus vigilant à l’avenir pour la sélection des vocations, quand bien même l’on doive faire face à un manque aigu de candidats au sacerdoce. Les lieux de formation des futurs agents pastoraux (prêtres, diacres et laïcs permanents) mettront un accent particulier sur la vérification et le discernement des vocations, des aptitudes des candidats, notamment quant à leur équilibre psychoaffectif, ceci afin de déceler le plus vite possible d’éventuels troubles de la personnalité qui pourraient être de lourds handicaps pour une quelconque activité pastorale.

Pas de liens entre pédophilie et célibat consacré

Mgr Genoud a par ailleurs contesté le lien fait par nombre de contemporains entre pédophilie, et célibat, voire célibat consacré: «Preuves à l’appui, les cas de pédophilie ne sont pas prioritairement le fait de célibataires, et encore moins de prêtres. Le mariage n’est pas dans ce cas la panacée universelle pour faire face aux déséquilibres psychoaffectifs et aux tendances néfastes de la personnalité. La solution n’est pas dans le choix d’un état de vie, car ce n’est ni le célibat ni le mariage qui sont en cause, mais la vie spirituelle qui anime les choix des individus. Ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup d’échecs dans le mariage que nous décrions le mariage, bien au contraire».

Face à une réalité fortement médiatisée ces dernières semaines – des prêtres et des évêques sont interpellés par la justice – le diocèse de LGF constate qu’»à travers ces personnes, c’est trop souvent toute l’Eglise catholique romaine qui est visée». Il s’agit donc pour l’Eglise – dont des responsables, parfois même des évêques, ont pris des mesures inadéquates par méconnaissance de cette maladie qu’est la pédophilie – de «tout mettre en ?uvre pour s’attaquer à ce douloureux problème.»

«Une maladie tellement mortifiante»

«On comprend aujourd’hui qu’il est nécessaire d’accompagner thérapeutiquement celles et ceux qui sont frappés par cette maladie, tellement mortifiante qu’elle en était jusqu’ici cachée», peut-on lire dans un communiqué signé de l’attaché de presse du diocèse, Nicolas Betticher. Ce dernier relève que son caractère traumatisant pour les victimes les confinait souvent dans le silence. Quel proche, en effet, aurait osé dénoncer un parent, un familier, un ami ? «Parfois même des évêques, par méconnaissance de cette maladie, ont cru suffisant d’interpeller fermement et de déplacer un prêtre pédophile. Cette démarche était considérée comme une thérapie, dont trop souvent le résultat s’est avéré négatif», écrit-il.

Aujourd’hui, affirme l’évêché, ces tendances sont mieux connues. Il s’agit dès lors d’en parler, d’informer, en toute transparence: «Ne pas cacher, mais ne pas accepter non plus que soient lancées des rumeurs calomnieuses et généralement assassines. Il est donc nécessaire que tous les milieux concernés unissent leurs efforts pour informer, prévenir et lutter ensemble.»

L’évêque du diocèse invite finalement tous les fidèles à prier «afin que Dieu les aide à lutter efficacement contre ce mal et, particulièrement, à soutenir les victimes qui sont toujours des enfants innocents.» (Vous pouvez rejoindre Mgr Bernard Genoud sur le site internet: www.catholink.ch/lgf)

Les illustrations de cet article sont à commander à l’agence CIRIC, Chemin des Mouettes 4, CP 405, CH-1001 Lausanne. Tél. ++41 21 613 23 83 Fax. ++41 21 613 23 84 E-Mail: ciric@cath.ch

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