Les cardinaux des Etats-Unis convoqués par le pape au Vatican

Crise liée aux prêtres pédophiles aux Etats-Unis

Los Angeles, 16 avril 2002 (APIC) Le pape a convoqué les cardinaux des Etats-Unis à Rome pour parler avec eux de la multiplication des accusations de pédophilie contre des prêtres aux Etats-Unis. C’est ce qu’a indiqué l’archevêque de Los Angeles, le cardinal Roger Mahony. La crise liée aux prêtres pédophiles sera au centre des discussions. Cette rencontre devrait se dérouler du 22 au 25 avril. En plus des cardinaux, le pape a convoqué le président de la Conférence épiscopale des Etats-Unis, Mgr Wilton Gregory.

Même si aucune confirmation officielle n’a été donnée par le Vatican, la nouvelle a été divulguée par des sources autorisées. Présent à Rome ces derniers jours pour rencontrer Jean Paul II et différents chefs de dicastères au Vatican, le président de la Conférence des évêques des Etats- Unis avait affirmé le 13 avril, que « le pape soutient les évêques dans leur tentative de trouver des solutions à la crise ». « Il m’a demandé de dire aux évêques américains et à l’Eglise des Etats-Unis qu’il est solidaire avec eux », avait-il ajouté avant de retourner à Washington.

Outre une audience avec Jean Paul II durant laquelle ils aborderont le problème des prêtres pédophiles, les prélats convoqués à Rome pourraient également rencontrer les préfets des Congrégations pour le clergé, pour les évêques et pour la doctrine de la foi.

Cette réunion est convoquée alors que le cardinal Bernard Francis Law, archevêque de Boston, a envoyé une lettre aux prêtres de son diocèse, le 12 avril 2002, leur annonçant son désir « de continuer à servir l’archidiocèse de Boston et toute l’Eglise ». De nombreuses voix s’étaient élevées pour demander sa démission suite à la découverte de cas de prêtres pédophiles dont il aurait été au courant depuis plusieurs années.

L’Eglise catholique américaine est frappée par un scandale provoqué par les agissements de prêtres pédophiles, et ses responsables sont accusés d’avoir caché ou couvert les agissements des religieux coupables de tels actes. Les Etats-Unis comptent 13 cardinaux, dont deux âgés de plus de 80 ans.

Pressions

Dans un communiqué publié lundi à Los Angeles, l’archevêque a déclaré: « Je me félicite de l’invitation du Saint-Siège à nous rendre la semaine prochaine à Rome pour discuter de la crise de l’Eglise quant aux errements sexuels du clergé, en particulier contre des mineurs ». Le cardinal a souligné qu’il s’attendait à des discussions « ouvertes, franches et sans limites » avec le pape Jean Paul II. « Un dialogue sain avec des responsables du Vatican est essentiel pour réparer les dommages passés et mettre en place pour l’avenir une façon plus ouverte et plus honnête de traiter de ce type de mauvaise conduite au sein de l’Eglise catholique ».

Aux Etats-Unis des pressions se font notamment insistantes pour demander la démission du cardinal Bernard Law, 71 ans, responsable de l’archevêché de Boston au Massachusetts, proche du Pape Jean Paul II et l’un des responsables les plus en vue de l’Eglise catholique américaine.

Le scandale des abus sexuels contre des enfants est une véritable boîte de Pandore aux Etats-Unis. Il est né à Boston, où un prêtre défroqué de 66 ans, John Geoghan, vient d’être condamné à dix ans de prison pour avoir agressé un garçon en 1991. Le cardinal Law, qui n’ignorait rien de cette affaire, a accepté de transmettre à la justice les noms de plus de 80 prêtres accusés d’agressions sexuelles sur des enfants depuis la fin des années 60. Il y a une dizaine de jours, un prêtre s’est suicidé après avoir été accusé d’abus sexuels.

L’évêque de Palm Beach, Anthony O’Connell, a démissionné le 8 mars après avoir confirmé qu’il avait agressé sexuellement un jeune séminariste il y a plus de 25 ans, tandis qu’à New York, le cardinal Edward Egan, âgé de 70 ans, est sur la sellette pour avoir tenté de couvrir devant des enquêteurs des agissements similaires. A New York, l’évêque Thomas Daily de Brooklyn, changeant subitement d’avis cette semaine, a décidé de fournir aux enquêteurs les noms de prêtres accusés depuis 20 ans d’abus sexuels dans sa juridiction.

Dans la tourmente

Jean Paul II a pris position le 21 mars en dénonçant les prêtres ayant « trahi » leurs voeux. Le pape a déclaré que l’Eglise était « proche » des victimes qui ont dû subir leurs péchés, dans une allusion aux scandales sexuels, pédophiles notamment, révélés aux Etats-Unis et en Europe. Le pape a chargé le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, de toutes les affaires de pédophilie et d’abus sexuels commis par des ecclésiastiques.

Selon un sondage publié le 11 avril aux Etats-Unis, une forte majorité de citoyens des Etats-Unis estiment que les évêques catholiques qui réaffectent les prêtres accusés de pédophilie plutôt que de les dénoncer aux autorités devraient démissionner.

Aux Etats-Unis, chaque jour apporte une nouvelle éclaboussure contre l’Eglise. Mgr Rembert Weakland, archevêque de Milwaukee, vient à son tour d’être accusé de complaisance dans le scandale de la pédophilie qui dévaste l’Eglise catholique aux Etats-Unis.

Le « Washington Post » dans son édition du 14 avril, révèle, « pièces judiciaires à l’appui », que Mgr Weakland est informé depuis 1979 des agissements du prêtre pédophile William Effinger. Quant au cardinal Law, également accusé de complaisance et qui a refusé de démissionner, la police de Boston informe qu’il est « difficile de garantir sa sécurité ».

Après ceux de New York et Boston, Mgr Weakland est le troisième archevêque de l’Eglise catholique aux Etat-Unis accusé de complaisance envers des prêtres pédophiles. Il s’est en effet contenté de déplacer dans d’autres paroisses le prêtre William Effinger qui, en 1979 déjà, lui avait avoué en confession avoir abusé d’un enfant de ch?ur. Treize ans plus tard, le prêtre est reconnu coupable d’un autre cas de pédophilie. Il est mort en prison en 1996.

La situation est telle que le cardinal Law, archevêque de Boston, évite actuellement de paraître en public depuis l’annonce de son refus de démissionner, suite à sa manière de gérer les affaires de pédophilie dans son diocèse. Il n’a pas célébré de messe dimanche et a annulé tous ses rendez-vous. La police a déclaré qu’il est « difficile d’assurer la sécurité du cardinal Law à Boston, en raison de la forte réaction du public ». (apic/ag/pr)

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