Suisse: La Conférence des évêques suisses entre en campagne contre l’avortement
Berne, 16 avril 2002 (APIC) La Conférence des évêques suisses (CES) a présenté le 16 avril sa position sur la votation du 2 juin relative à la solution des délais. Lors d’une conférence de presse à Berne, elle a exprimé un « non » clair à l’autorisation de l’interruption de grossesse durant les 12 premières semaines. Sa commission « Justice et Paix » la qualifie même de « politique familiale la meilleure marché ».
S’opposer à l’avortement est une chose, le combattre à coup de lois en est une autre. Les évêques suisses, représentés par Mgr Amédée Grab et Mgr Kurt Koch, président et vice-président de la CES, et par l’abbé Agnell Rickenmann, secrétaire de la CES, jugent insuffisant de rejeter la solution des délais sans mettre en place des mesures d’accompagnement en faveur des femmes concernées. Leur commission « Justice et paix » prône une véritable politique familiale. « Je comprends que des familles se posent la question de l’avortement », a déclaré son secrétaire Christian Kissling, en se demandant si l’enfant à naître était vraiment le bienvenu et en qualifiant la solution des délais de « politique familiale la meilleure marché ».
La commission « Justice et paix » craint deux contradictions au principe de protection de la vie. « D’abord, le droit à la vie ne concernera que les enfants désirés. Ensuite, qu’en sera-t-il des embryons qui pourraient, après analyse, présenter quelque anomalie? » Pour Christian Kissling, la Suisse a besoin d’une véritable politique familiale et d’une politique des handicapés. « La protection de la vie est un devoir de l’Etat », a-t-il encore souligné. « Il n’a pas le droit de s’en décharger en mettant toute la pression sur les femmes enceintes ».
L’Etat manque à son rôle de protection de la vie
Pour les évêques suisses, le régime des délais proposé au vote est tout simplement inacceptable, a rappelé Mgr Amédée Grab, évêque de Coire. « Dans ces nouveaux articles, l’Etat ne prend plus suffisamment au sérieux son rôle de protection de la vie humaine à naître, de la vie sans défense, et délègue largement la protection de cette vie à la seule responsabilité des femmes concernées, ou du médecin traitant, sans proposer d’aide suffisante aux femmes dans leur détresse », a-t-il affirmé.
Gardant leur distance face à l’initiative « Pour la mère et l’enfant », qui condamne l’avortement sans propositions sociales concrètes, les évêques se disent conscients que « le problème de la protection de la vie ne peut être résolu uniquement par le biais du droit pénal ». « Il convient en premier lieu de promouvoir un ensemble de mesures légales d’accompagnement en faveur des femmes concernées et de la protection de la famille: assurance maternité, congé maternité, allocation pour enfants, crèches, réduction des primes de l’assurance-maladie, allégements fiscaux, . », a rappelé Mgr Grab.
Il n’y a pas de césure dans le développement de l’embryon
Pour sa part, Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle, a présenté neuf thèses sur l’interruption de grossesse élaborées dans une publication de la commission théologique de la CES. Le document souligne notamment que « le développement de l’embryon est un processus continu. On peut certes reconnaître des stades dans ce développement, mais il n’y a pas de césure proprement dite ou de saut qualitatif ». Les évêques suisses en déduisent que « l’embryon humain a un droit moral à la vie » et qu’ »un avortement constitue la violation de ce droit ». En conséquence, toute interruption de grossesse, selon la morale catholique, peut être qualifiée d’ »homicide direct et volontaire d’un innocent », hormis le cas, exceptionnel, d’avortement pour des raisons thérapeutiques.
Les évêques suisses rappellent que selon le « Serment des Médecins de Genève » de 1948, le corps médical a pour devoir de « respecter sans condition la vie dès sa conception ». Ils en déduisent qu’il appartient à l’Etat, en accord avec la Constitution, de prendre toutes les mesures pour protéger le développement de la vie humaine.
Un climat peu propice à la famille
Mettre en place une véritable politique familiale pour combattre l’interruption de grossesse, telle est la proposition élaborée par la commission « Femmes dans l’Eglise » de la CES. Sa co-présidente Rose-Marie Umbricht-Maurer affirme qu’ »en maints endroits règne un climat qui est tout sauf propice à la famille et aux enfants ». Relevant les nombreux manques au niveau social (congé-maternité inexistant, allocations pour enfants insuffisants, appartements spacieux hors de prix, .), la commission estime également qu’aujourdhui « il ne devrait plus arriver que des femmes soient obligées de faire le choix entre enfants et profession pour la seule raison que les places dans de bonnes crèches sont denrée rare ». (apic/bb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse