Ramallah: Des pacifistes parcourent une ville fantôme
Ramallah, 16 avril 2002 (APIC) «Dire que les rues de Ramallah sont désertes est un euphémisme. Elles sont mortes, déchirées. Le silence spectral n’est brisé que par le bruit des tanks et la sirène des camionnettes de l’armée. Nous marchons en défiant le couvre-feu. On rencontre parfois des chars, alors on change de rue». Ce témoignage en provenance directe de Cisjordanie, assiégée par l’armée israélienne depuis le 29 mars dernier a été envoyé par Francesca Ciarallo, une volontaire de l’association «Pape Jean XXIII» de Rimini (Italie).
«Son nom est Adam Keller, il est israélien. Il marche en compagnie de onze autres fous à Ramallah, une ville occupée sous couvre-feu, en agitant un drapeau blanc» écrit Francesca Ciarallo. «Pour ceux qui se souviennent de cette ville arabe pleine de musiques, d’odeurs et de couleurs, l’impact est dévastant, ceux qui la connaissent ont du mal à la reconnaître. Nous voulons arriver devant l’enceinte d’Arafat. A quelques dizaines de mètres de la résidence, l’armée nous bloque. Nous tentons de négocier mais aucun résultat. Nous faisons demi-tour, empruntons une autre route. Elle nous bloque à nouveau et nous prenons une autre route encore. On dirait un jeu. Je crois que ces tout jeunes soldats qui ne sont pas plus vieux que moi s’amusent. Au dernier arrêt, ils nous offrent même des canettes de jus de fruit».
«Dima, une jeune fille palestinienne, se trouve près de moi» poursuit Francesca Ciarallo. «Que ressens-tu en te trouvant devant les soldats israéliens?» lui demande-t-elle. «Ce sont des jeunes comme moi, ils pourraient être mes amis. Ils n’ont pas de volonté propre, ils obéissent à des ordres» répond-elle. «Mais ils pourraient refuser» je réplique. «Oui, je le sais, certains refusent, mais ce sont des grands, ils sont en prison». «Elle les observe» continue Francesca, «du regard fier de ses yeux noirs, et se laisse aller. Elle me raconte son histoire, une histoire très commune ici: celle des réfugiés qui errent d’un camp à l’autre. Dima a commencé l’université, un cours de droit international, et elle se demande si elle pourra la terminer. J’éprouve de l’admiration pour cette fille qui, malgré tout, réussit à penser qu’il y aura une voie d’issue, que la paix est possible».
Là où les journalistes s’arrêtent, les «fous» continuent
Dans les Territoires occupés palestiniens, où le travail des agents de l’information a été et est encore sérieusement entravé par les militaires israéliens, la «voix» des pacifistes est un élément significatif pour reconstruire la mosaïque d’un drame. «Quand les quelques journalistes qui nous suivent s’en vont par crainte d’une arrestation» poursuit la volontaire, «les militaires deviennent plus insolents. Ils hurlent au mégaphone, ils se moquent de nous et nous ordonnent de rentrer chez nous. Je ne peux pas croire que dans les maisons, derrière les portes et les fenêtres de cette ville fantôme se cachent des milliers de personnes. On voit de temps en temps quelqu’un à travers les vitres et les grilles. Ils nous crient «merci!», les plus courageux nous jettent de l’eau».
Et Francesca de poursuivre: «Adam, l’Israélien, est fantastique. Son anxiété de parler avec les gens de Ramallah est émouvante. Il interpelle les personnes qui se trouvent derrière les fenêtres en disant: ’Je suis juif mais je suis votre frère. Ce que fait Sharon me dégoûté. Nous parvenons finalement à entrer dans une maison sans être vus et Adam prend le café en discutant avec une famille palestinienne. Une image inoubliable. Nous parvenons à entrer dans l’hôpital de Ramallah. Le secrétaire d’Etat américain Colin Powell est parti il y a quelques heures. Les tirs ont repris, très près de nous. L’ambulance arrive, ouvre la portière, un enfant de dix ans est allongé sur le brancard. Il a été touché par un tireur sur le seuil de sa maison, perforation de l’épaule, à trois doigts du coeur. Pour le gouvernement israélien, cela s’appelle ’lutte contre le terrorisme». (apic/mna/pr)
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