Amnesty International dénonce l’indifférence des autorités

Russie: Agressions racistes en constante augmentation

Londres/Moscou, 21 avril 2002. (APIC) Les attaques racistes sont en constante augmentation en Russie, dénonce dans un nouveau rapport Amnesty International (AI). Selon cette dernière, Les victimes de ces agressions sont souvent des personnes originaires d’Afrique, d’Asie centrale et du Caucase, en particulier de Tchétchénie, ainsi que des réfugiés et des demandeurs d’asile. Les agresseurs sont parfois des jeunes au crâne rasé mais aussi des agents de l’Etat, qui agissent en toute impunité. AI s’étonne enfin de l’indifférence des autorités.

Les membres de groupes minoritaires en Russie qui craignent d’être victimes d’attaques racistes ne redoutent pas seulement les skinheads. Ils ont quasiment autant à craindre des représentants de l’Etat. Des policiers et d’autres responsables de l’application des lois harcèlent et intimident régulièrement des membres de minorités ethniques et raciales, et se montrent souvent indifférents aux agressions racistes. Ceux qui en sont victimes se plaignent fréquemment de la réticence des responsables de l’application des lois à relever le caractère raciste de ces attaques, ou de leur incapacité à saisir la gravité des implications des violences racistes. La police conseille souvent aux victimes de porter plainte pour «hooliganisme».

A Moscou, en février 2001, Adefers Dessu, réfugié éthiopien, et sa femme Sarah ont été battus par des jeunes de vingt ans armés de chaînes. Selon le rapport médical établi après cette agression, leurs blessures résultaient d’une «chute», et le policier de service a indiqué dans son rapport que les agresseurs étaient mineurs.

Le «Houliganisme» de jeunes a bon dos.

De même, en octobre 2001, lorsqu’une foule de 300 jeunes brandissant des barres de fer a attaqué un marché moscovite où travaillaient des membres de minorités ethniques et tué un Arménien, un Indien et un Tadjik, les premiers procès-verbaux dressés par la police désignaient les auteurs de ces violences comme des «hooligans supporters de football». Dans la ville de Tioumen, en Sibérie, une série de sept attaques ayant eu lieu l’année dernière contre une synagogue a été qualifiée de «houliganisme de jeunes». Les autorités n’ont aucunement réagi aux déclarations racistes faites par des personnalités dans certaines régions russes, et des publications antisémites sont vendues ouvertement, y compris dans la capitale.

Selon AI, le gouvernement fédéral permet aux autorités municipales et régionales de bafouer les lois fédérales relatives à la liberté de mouvement, au détriment des minorités raciales et ethniques. Ainsi, les autorités du territoire administratif de Krasnodar refusent d’accorder des permis de résidence aux quelque 13’000 Turcs meskhs résidant sur ce territoire, ce qui fait d’eux des «apatrides» et les place dans l’impossibilité de travailler ou de posséder des terres légalement. Le 1e  avril, les autorités de Krasnodar ont annoncé la mise en place de centres de rétention pour personnes en instance d’expulsion, administrés par des unités paramilitaires, destinés à ces «immigrants illégaux».

Le président russe Vladimir Poutine a récemment condamné les agressions racistes commises par des skinheads à Moscou. Mais, relève AI, «si Vladimir Poutine est réellement déterminé à combattre le racisme, il doit maintenant condamner celui qui se manifeste quotidiennement dans les pratiques et les règles de la police et des autres services de l’Etat, et prendre des mesures énergiques pour y remédier». (apic/com/pr)

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