Russie: L’Eglise catholique dans l’expectative après l’expulsion de l’évêque d’Irkoutsk
Moscou, 22 avril 2002 (APIC) L’Eglise catholique dans la Fédération de Russie est dans l’expectative après l’expulsion vendredi 19 avril de Mgr Jerzy Mazur, évêque d’Irkoutsk. D’origine polonaise, l’évêque catholique s’est vu refuser le visa d’entrée à Moscou alors qu’il retournait dans son diocèse de Sibérie Orientale. Le visa déclaré invalide était valable jusqu’en 2003. Aucune explication officielle n’a été fournie, ce qui laisse l’Eglise catholique locale, qui dépend essentiellement de prêtres étrangers pour sa pastorale, dans une totale insécurité sur son avenir.
Interrogée lundi par l’APIC à Moscou, un porte-parole de la Conférence épiscopale catholique a déclaré: « Nous nous demandons quel est le prochain sur la liste. Nous n’avons pour le moment aucune explication pour cette mesure. «
Le Père Igor Kovalevskiy, secrétaire général de la Conférence épiscopale de la Fédération de Russie a dit espérer que cet incident n’est pas le point de départ d’une persécution de l’Eglise. Il y a quelques jours, un autre prêtre catholique étranger, l’Italien Stefano Caprio, curé de Vladimir, s’était lui aussi vu annuler son visa d’entrée.
Visite de Mgr Pickel en Suisse annulée
Etant donné les risques de ne pas pouvoir retourner dans son diocèse de St-Clément à Saratov, sur la Volga, Mgr Clemens Pickel a pour le moment annulé sa tournée d’information en Suisse. Il aurait dû notamment prêcher au cours de la messe du pèlerinage de l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) à Einsiedeln, le 5 mai prochain.
Le président de la Conférence des évêques catholiques de Russie, l’archevêque Tadeusz Kondrusiewicz, qui réside à Moscou, se trouve depuis lundi soir à Rome, certainement pour discuter avec les instances vaticanes des graves problèmes auxquels est désormais confrontée l’Eglise catholique dans la Fédération de Russie. Pour lui, « la liberté religieuse en Russie est en grave danger ».
Une campagne organisée contre l’Eglise catholique en Russie
Pour Mgr Kondrusiewicz, « les événements des derniers mois montrent qu’est en cours une campagne organisée contre l’Eglise catholique en Russie ». Et de rappeler que le 19 avril, les autorités russes ont retiré sans en expliquer les motifs, le visa valable jusqu’à la fin de 2003, à l’évêque du diocèse de St-Joseph à Irkoutsk, Mgr Jerzy Mazur. Etant citoyen polonais, il s’était adressé à plusieurs reprises aux autorités pour demander la citoyenneté russe, ou au moins le permis de séjour, mais on lui avait toujours opposé un refus.
Il y a deux semaines, dans des circonstances analogues, on avait enlevé le visa à un prêtre italien. « Les prêtres étrangers rencontrent toujours plus de difficultés à remplir leurs propres charges pastorales. De telles actions des représentants de l’Etat sont prises avant tout contre les citoyens russes de confession catholique qui restent sans pasteurs, et à présent même sans évêque », déplore l’archevêque résidant à Moscou. Lui- même, comme son collègue évêque de Novosibirsk, Mgr Joseph Werth, dispose d’un passeport russe, ce qui le met à l’abri de l’expulsion.
Sévères critiques de Mgr Kondrusiewicz: le temps de la persécution de retour ?
« Les catholiques russes se demandent: qui sera le prochain ? Combien de temps tout cela durera-t-il ? Sont-elles valables pour eux aussi les garanties constitutionnelles de liberté de conscience et le droit d’avoir leurs propres pasteurs, y compris le droit de les inviter de l’étranger, sans oublier que, pendant 81 ans, l’Eglise catholique en Russie a été privée de la possibilité de former et d’ordonner ses propres prêtres ? Peut- être l’Etat les considérerait-il comme des citoyens de second rang ? Est-ce que sont de retour les temps de la persécution de la foi ? Quelle fin auront les catholiques de notre pays ? », lance l’archevêque métropolitain à Moscou.
L’expulsion d’un évêque catholique, qui n’a violé aucune loi en vigueur, va au-delà de toutes les limites imaginables des relations civiles entre l’Etat et l’Eglise, déplore Mgr Kondrusiewicz, qui interpelle le président Poutine, en qualité de garant de la Constitution russe, ainsi que le Procureur, et les organisations russes et internationales de défense des droits de l’homme. (apic/fides/bbc/be)
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