France: Déclaration des institutions protestantes après les élections du 21 avril
Paris, 24 avril 2002 (APIC) Les institutions protestantes de France, «affligées» par le résultat inquiétant de l’extrême droite aux élections présidentielles du 21 avril, dénoncent l’abstentionnisme qui menace les fondements de la démocratie. Ils demandent aux citoyens de continuer d’espérer en la vie politique. L’épiscopat catholique a également réagi de façon claire contre la montée de l’extrême-droite.
Dans un communiqué publié mardi à Paris, la Fédération protestante de France, la Cimade, le Service protestant de Mission et la Fédération de l’Entraide protestante comprennent l’inquiétude des Français, mais refusent «la haine, le rejet des étrangers qui ont choisi librement notre pays pour y vivre et y travailler».
Déni des valeurs républicaines les plus élémentaires
Les institutions protestantes affirment que la candidature de Jean- Marie Le Pen, qui sera présent au deuxième tour le 5 mai contre le président sortant Jacques Chirac, «cache un vrai déni des valeurs républicaines les plus élémentaires, comme la capacité pour notre pays d’accueillir et de partager, de refuser toute discrimination fondée sur l’origine nationale; comme également la priorité donnée à la tolérance, à la défense des Droits de l’Homme et des libertés publiques, au refus de la peine de mort.»
Certes, reconnaissent les responsables protestants signataires (1), dont les pasteurs Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, et Jacques Stewart, président de la Cimade, la force et l’honneur d’une démocratie sont de donner la parole à ceux-là même qui la mettent en question. «Si rien, en effet, n’autorise à contester la légitimité du choix des citoyens au moment où ils déposent leur bulletin de vote dans l’urne, si – de toute évidence – l’extrême droite cumule des votes de conviction et des votes de contestation», soulignent-ils, il s’agit de mettre en garde contre le danger du discours d’exclusion de l’extrême-droite et de refuser les fractures de la société française
Une politique plus proche des préoccupations des citoyens
«Nous comprenons le vote de contestation qui exprime l’inquiétude de beaucoup, poursuivent-ils, c’est pourquoi nous appelons celles et ceux qui porteront devant nous un projet pour la France à retrouver une proximité toujours plus grande avec les aspirations de nos concitoyens». Ils souhaitent que les responsables politiques rendent l’espérance à tous ceux qui se trouvent à l’écart des biens élémentaires que leur doit la société: santé, logement, formation, sécurité, retraite décente: «Chacun doit trouver en France sa place et son avenir!»
Depuis plusieurs années, devant la montée de l’extrême droite et des idées qu’elle prône, l’Eglise Réformée de France (ERF) a appelé «à une réflexion en profondeur et à une résistance spirituelle et théologique qui commence par notre propre conversion» (Synode national 1998). Elle a dit nettement que «les discours racistes et xénophobes qui diabolisent l’étranger et le rendent responsable de tous les maux et désordres sont radicalement incompatibles avec l’ouverture et l’accueil que prône la foi chrétienne.» (Synode national 1998).
Mais, dans ce combat (2), affirme le président du Conseil national de l’ERF, le pasteur Marcel Manoël, il n’est pas suffisant de proclamer son refus du racisme et de la xénophobie: «Il s’agit d’entendre, dans le vote capté par l’extrême droite, les protestations et les peurs de celles et ceux qui sont insécurisés, frustrés et oubliés dans une société qui privilégie sans cesse toujours plus la performance.»
Pas de compromis possible entre les valeurs de l’Evangile et l’extrême droite
Pour les évêques français, il n’y a pas de compromis possible entre les valeurs de l’Evangile et l’extrême droite. Mardi, Mgr Olivier de Berranger, évêque du diocèse de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, a rappelé que pour un «catholique clairvoyant», le soutien à Jean-Marie Le Pen est impossible. «Nous ne pouvons pas être d’accord, c’est ’non possumus’», ce qui signifie: «nous ne pouvons pas». Et de déclarer que le président du Front national est «l’héritier d’une tradition totalitaire et antichrétienne». Mgr Olivier de Berranger n’a pas manqué de mentionner les discours xénophobes du Front National et les grossiers calembours de Jean- Marie Le Pen visant les juifs.
Dans le quotidien catholique «La Croix», du mercredi 24 avril, l’historien catholique René Rémond, membre de l’Académie française, estime qu’en détournant les phrases du pape Jean Paul II, Jean-Marie Le Pen a légitimé l’intervention des évêques français. Le président
de la Fondation nationale des sciences politiques salue l’intervention de Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la Conférence des évêques de France, au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. «Dans la période qui s’ouvre, avait déclaré Mgr Ricard, nous devrons tous faire appel à l’intelligence plutôt qu’à l’instinct, au discernement plutôt qu’à la seule spontanéité, à la sérénité plutôt qu’à la peur».
Un fossé sépare le discours du Front National de l’enseignement de l’Eglise
René Rémond considère que l’Eglise est intervenue par rapport à un certain nombre de valeurs qu’elle défend pour fournir aux fidèles et à l’opinion publique des éléments de jugement qui peuvent avoir une influence sur le vote. «Mais en ce domaine, personne ne pourra les accuser d’ingérence. Sauf peut-être le Front National». L’intervention des évêques est à ses yeux légitimée par la confiscation et le détournement par Jean- Marie Le Pen des phrases citées souvent par Jean Paul II (N’ayez pas peur.). «Car leur rôle est de mettre en garde les fidèles et de rappeler le fossé qui sépare le discours du Front National de l’enseignement de l’Eglise».
L’historien relève encore qu’une interdiction faite aux catholiques d’apporter leurs voix au Front National n’est pas possible: «Le Front National n’est pas excommunié. Est-il d’ailleurs encore possible à l’Eglise de formuler des interdits politiques ? Cela serait perçu comme un acte de cléricalisme et d’ingérence dans le débat politique». René Rémond souligne encore que, hormis les catholiques disciples de Mgr Lefebvre – qui fut excommunié -, la proportion de catholiques pratiquants à apporter leurs voix au Front National est inférieure à la moyenne nationale. «L’Eglise constitue même un barrage à l’influence du Front National. Son affaiblissement est d’ailleurs une des causes de la montée du Front National». (apic/cx/com/erf/be)
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