Liban: Un symposium organisé par «Reconciliation Walk» et le Cemo

L’islam et l’Occident : de l’ignorance à la réconciliation.

Beyrouth, 26 avril 2002 (APIC) Les attentats du 11 septembre contre le World Trade Center ont lancé un débat de civilisation qui prend de plus en plus d’ampleur au sein des sociétés arabes et occidentales. «En dépit des déclarations officielles affirmant que l’islam, les musulmans et les Arabes ne sont pas des ennemis des Etats-Unis, tout semble plaider pour le contraire», constate l’intellectuel d’origine palestinienne Edward Saïd, professeur à la Columbia University de New York.

Pour faire face au durcissement des clivages culturels et religieux auquel on est en train d’assister, un mouvement d’origine américaine, «Reconciliation Walk», et le Cemo (Conseil des Eglises du Moyen-Orient), ont organisé un symposium à Beyrouth sur le thème «Christianisme et islam, voies de communication et réconciliation».

Pourquoi, quand et comment justifier l’usage de la violence ? Le débat de civilisation déclenché sur ce thème depuis le 11 septembre donne à croire que les sociétés arabes et occidentales sont irrémédiablement dressées les unes contre les autres. Le mouvement des «Marcheurs de la réconciliation» (Reconciliation Walk) est un groupe protestant implanté au Liban depuis 1998, date à laquelle ces marcheurs étaient arrivés au Liban pour «demander pardon» pour les croisades. Cette démarche leur avait alors valu des railleries, rapporte le quotidien libanais «L’Orient-Le Jour».

Mais, commente le journal, sous l’apparence d’un dialogue sur les croisades, il s’agissait, en fait, d’une démarche «prophétique» de dialogue sur la violence, ou plutôt sur la justification religieuse de l’usage de la violence, qui prend tout son sens après les attentats du 11 septembre. Et, au-delà même de ce débat, d’une lutte contre le «réductionnisme» auquel sont soumis l’islam ou le christianisme, chacun diabolisé par les extrémistes de l’autre bord, et pour l’avènement d’une société du dialogue où la paix repose sur la justice, et non sur la force.

Est-ce bien l’islam qui a frappé le 11 septembre ?

Les enjeux du débat sont, d’abord, culturels. Est-ce bien l’islam qui a frappé, le 11 septembre, et est-ce bien le christianisme qui a reçu le coup ? L’islam est-il intrinsèquement une religion de violence, ou une religion de paix, et quelle est la ligne de démarcation entre ces deux notions, auxquelles le Coran et l’exégèse religieuse musulmane apportent des réponses nuancées, ambiguës, différenciées ?

Le mal et la violence ne sont-ils pas des lignes de démarcation qui traversent chaque civilisation ? Ou finissent les droits des peuples et où commence la terreur ? Y a-t-il des guerres justes dans le christianisme comme il y en a dans l’islam et le judaïsme et quels en sont les critères ? Un aggiornamento de l’islam n’est-il pas indispensable pour le faire entrer dans la modernité, et par la même occasion dans l’histoire ? Le concept de modernité est-il uniquement politique, n’est-il pas inextricablement politique, économique et culturel ?

Par ailleurs, au-delà de la culture, ces enjeux ne sont-ils pas politiques ? Pour beaucoup, le choc frontal des civilisations en Israël- Palestine débouche sur l’asservissement d’un peuple musulman par une société sioniste, avec l’aide d’une machine de guerre appartenant à une superpuissance chrétienne. La volonté de domination politique et ses motivations économiques sont également au coeur du problème. Le schéma s’applique, à quelques nuances près, à l’Afghanistan. Il s’appliquera aussi en Irak, ont relevé les participants au symposium. La suprématie technologique est-elle un destin occidental face à un monde musulman désespérément rétrograde et déchu, «consommant de la civilisation sans en produire», selon le terrible mot d’un poète arabe ?

Ces questions étaient au coeur du symposium de Beyrouth, au cours duquel se sont exprimés des personnalités comme Matthew Hand, du groupe «Reconciliation Walk», Mohammed Sammak, secrétaire général du Comité national pour le dialogue islamo-chrétien au Liban, et Fawaz Gergès, un Libano-Américain, professeur de relations internationales au Sarah Lawrence College de New York. Des dignitaires religieux musulmans sunnites et chiites libanais sont également intervenus pour donner leur point de vue. Le souci de la plupart d’entre eux a été de dénoncer l’image de l’islam qui leur est renvoyée par l’Occident.

Danger: la radicalisation du discours politique aux Etats-Unis

Mais au-delà du discours défensif et apologétique de l’islam arabe, les participants ont pris conscience du danger de la radicalisation du discours politique aux Etats-Unis. On a parlé à ce propos de «régression vers un discours manichéen datant de la ’guerre froide’». La sphère métaphysique du «Bureau ovale» à Washington a été dévoilée par Matthew Hand, coordinateur de «Reconciliation Walk» pour le Moyen-Orient.

«A mon avis, a-t-il dit, après les événements du 11

septembre, nous courons le risque de perdre notre rationalité, ce qui ne doit pas déplaire à Oussama Ben Laden, dont l’objectif déclaré était de nous plonger dans une guerre religieuse irrationnelle. Même quand des déclarations inspirées du ’politiquement correct’ sont faites, la position américaine est en train de tendre vers une sphère de plus en plus métaphysique, dans laquelle les Etats-Unis se voient investis de droiture, de pureté, alors qu’Oussama Ben Laden, mais aussi tous ceux qui sont hostiles à la politique officielle des Etats-Unis, sont de plus en plus confondus avec le mal. De mon point de vue, ceci semble évident dans chaque espace de la vie américaine, du Bureau ovale à la chaîne Fox News, sous la forme d’un sentiment nationaliste sans précédent».

Pour Cathy Nobles, membre du groupe qui réside occasionnellement à Beyrouth et anime une cellule d’une dizaine d’amis et de sympathisants du groupe, «cette montée du sentiment national est perceptible partout aux Etats-Unis. Même la communauté asiatique commence à ressentir un certain ostracisme à son égard, comme si être Américain de base signifie être blanc et chrétien».

Le fondamentalisme se rencontre aussi chez les évangélistes américains

Cette radicalisation de l’hostilité à l’égard de l’islam est nourrie, selon Matthew Hand, par des autorités religieuses évangéliques comme Charles Colson, Franklin Graham – fils du célèbre évangéliste Billy Graham et Pat Robertson qui, chacun à sa manière, décrivent l’islam comme «une religion terroriste» (Robertson), une «religion du mal absolu» (Graham) et pensent, avec Charles Colson, que «Ben Laden n’a pas pris l’islam en otages. Il l’a simplement pris au sérieux».

Ces déclarations sont d’autant plus graves que ces autorités font partie du groupe religieux le plus nombreux aux Etats-Unis, le groupe des églises «évangéliques», le plus activement engagé dans le lobbying politique qui soutient l’agressivité de l’administration Bush.

Pour combler le fossé de l’ignorance réciproque, «Reconciliation Walk» préconise l’organisation de l’information et la multiplication des présentations dans les médias. L’élimination de cette ignorance doit aller de pair avec une réévaluation, par chaque groupe religieux, de la cohérence de ses croyances et de ses actes. (apic/orj/be)

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