Appel à discerner les valeurs de la démocratie

France: Les évêques réagissent au premier tour des élections

Paris, 26 avril 2002 (APIC) Plusieurs évêques de France ont réagi au terme du premier tour des élections présidentielles. Ils déplorent le taux élevé d’abstention en appelant les catholiques à la responsabilité et au vote, et les invitent à «discerner les valeurs fondatrices de la démocratie», comme l’écrit Mgr Ricard. A mots couverts ou de façon directe, tous tentent de contrer Jean-Marie Le Pen.

Après les réactions du président de la conférence des évêques, Mgr Jean- Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, et celle du cardinal archevêque de Paris, Jean-Marie Lustiger, repris par leurs confrères sous différents angles, d’autres évêques sont intervenus oralement à la télévision. Toutes ces réactions sont mentionnées sur le site internet de la Conférence des évêques de France (cef.fr).

Mgr Emile Marcus, archevêque de Toulouse, invite à voter, en affirmant que ne pas le faire est une «faute». L’évêque affirme encore: «On voit mal que l’on puisse faire aujourd’hui une politique qui n’affirme pas au premier rang de ses points de repère un crédit indiscutable des droits de l’homme, la dignité de la personne humaine quelle que soit son origine, le devoir de secourir le pauvre et l’étranger, la nécessité de vivre la citoyenneté tout à la fois au plan de la nation, de l’Europe et du monde? Tout cela évidemment, pour un catholique, en fonction des exigences que manifestent l’Evangile et l’enseignement de l’Eglise. Et sans oublier ces autres objectifs que sont le soutien de la famille et l’accueil des jeunes dans la vie active».

Pour l’évêque de Metz, la peur est mauvaise conseillère

«Vivre ensemble en démocratie»: tel est le thème du message, en date du 24 avril, de Mgr Pierre Raffin, évêque de Metz. Le prélat rappelle que «la peur est mauvaise conseillère» Il analyse en ces termes le vote du 21 avril: «Les résultats du scrutin du 21 avril révèlent en effet, en Moselle comme dans le reste de la France, une crise profonde de la société, qui génère chez beaucoup un sentiment de peur et d’insécurité».

«La peur l’emporte souvent dans les quartiers dits sensibles où vivent des jeunes désoeuvrés et blessés par de graves carences éducatives et sociales : certains d’entre eux n’ont jamais vu leurs parents travailler! (.) La peur l’emporte encore lorsque l’on diabolise l’étranger, pourtant attiré par la tradition d’hospitalité de notre pays – les Lorrains en savent quelque chose – et que l’on est sollicité de se replier sur ses frontières hexagonales. Mais la peur est mauvaise conseillère. Elle ne sera vaincue ni par la répression, ni par un néo-fascisme qui cherche à dissimuler sa véritable nature, mais par un sursaut démocratique. En démocratie, les décisions ne se prennent pas dans la rue, ni sous les feux des médias, mais au Parlement grâce au débat et au vote des élus de la Nation».

Une élection qui met à jour la crise sociale en France

Le Message de Mgr Brincart, évêque du Puy-en-Velay, adressé aux catholiques de son diocèse le 24 avril rappelle «l’importance du devoir électoral». «Le résultat du premier tour des élections présidentielles met au jour la crise profonde et les bouleversements que connaît la société française depuis plusieurs dizaines d’années», souligne encore Mgr Brincart avant de dénoncer, tout comme Mgr Lustiger, le détournement «de leur signification les symboles et les convictions religieuses au service de la polémique électorale».

Mgr Jacques David, évêque d’Evreux, s’adresse le 23 avril aux catholiques de l’Eure. «La peur peut être mauvaise conseillère, déclare-t-il. Par notre vote, il nous revient de développer une vraie solidarité pour que chacun se sente reconnu, respecté, retrouve confiance. Tel est le message du Christ».

Le Pen totalitaire et antichrétien

D’autres évêques sont intervenus au lendemain du premier tour, comme Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis en France, et membre du Conseil pontifical Justice et Paix. Il a déclaré le 23 avril à la télévision LCI qu’on ne pouvait être «catholique clairvoyant» et voter Jean-Marie Le Pen, «héritier d’une tradition totalitaire et antichrétienne». L’évêque de Saint- Denis s’est indigné que le président du Front national «cite subrepticement Jean Paul II pour tenter de manipuler l’opinion publique».

Dimanche 21 avril au soir, Jean-Marie Le Pen avait en effet lancé aux électeurs: «N’ayez pas peur, entrez dans l’espérance». Des exhortations qui ont marqué le pontificat de Jean-Paul II et le Jubilé. (apic/zn/anb/bb)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/france-les-eveques-reagissent-au-premier-tour-des-elections/