Le silence de Poutine

Russie: L’évêque de Saratov n’est pas venu en Suisse par crainte de ne pouvoir retourner

Saratov, 8 mai 2002 (APIC) L’atmosphère, depuis trois mois, est devenue très lourde pour la petite minorité catholique de Russie. Des manifestations d’hostilité quasi quotidiennes font craindre le pire pour l’avenir des quelque 1,3 million de catholiques vivant dans les quatre diocèses de Russie d’Europe et de Sibérie. Dernier exemple en date: Mgr Clemens Pickel, évêque catholique de Saratov, au bord de la Volga, n’a pas osé venir en Suisse par crainte d’être refoulé à son retour.

Pendant ce temps, le président Poutine reste silencieux sur la récente expulsion de Mgr Jerzy Mazur, évêque d’Irkoutsk, en Sibérie orientale. Invité en Suisse pour une tournée de conférences par la section suisse de l’oeuvre d’entraide catholique internationale « Aide à l’Eglise en Détresse » à Lucerne, Mgr Pickel a dû renoncer.

L’évêque de Saratov a pris sa décision après discussion avec Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, président de la Conférence épiscopale catholique de Russie, et avec le nonce apostolique à Moscou, Mgr Georg Zur. Tous deux ont estimé qu’actuellement une sortie de Russie serait « trop risquée » pour Mgr Pickel, un évêque d’origine est-allemande, âgé de 41 ans, qui vit en Russie comme prêtre depuis 1990 et évêque depuis 4 ans.

Le Vatican a déploré mardi 7 mai le silence du gouvernement russe. Le mutisme de Moscou est pour le moment la seule réponse à la demande formelle de Rome de connaître les motifs de l’interdiction de retour de Mgr Mazur dans son diocèse. De nationalité polonaise, l’évêque du diocèse de Saint-Joseph à Irkoutsk, en provenance de Varsovie, a été refoulé le 19 avril dernier à l’aéroport international de Moscou. Il avait pourtant présenté un visa à entrées multiples tout à fait valide.

Les autorités douanières ont simplement déclaré qu’il était sur la liste des personnes interdites d’entrée sur le territoire russe. Le Saint- Siège est immédiatement intervenu pour demander des explications au Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, mais en vain pour le moment.

Des manifestations d’hostilité quasi quotidiennes

Sur le terrain, précise Mgr Pickel, les dénonciations publiques du Patriarcat orthodoxe de Moscou et des évêques locaux de l’Eglise orthodoxe ne restent pas sans conséquences. On assiste désormais à des manifestations « patriotiques fanatiques d’un dénommé parti populaire russe » dénonçant « l’expansionnisme de l’Eglise catholique en Russie ». Le parlement a été saisi d’une demande d’interdiction des diocèses catholiques en Russie. Les autorités judiciaires se sont mises à contrôler très sévèrement les paroisses et les institutions catholiques. Des collectes de signatures pour des pétitions anti-catholiques ont été organisées dans des écoles et des entreprises et les journaux sont pleins de reportages hostiles aux catholiques, dénonce Mgr Clemens Pickel.

Un immense diocèse avec très peu de prêtres

L’évêché de Saratov, pour la partie méridionale de la Russie d’Europe, a une superficie de 1,4 million de km2 pour une population de 47 millions d’habitants, dont moins de 100’000 catholiques desservis par seulement 39 prêtres, essentiellement des étrangers. A la tête de ce diocèse au territoire immense, Mgr Pickel ne veut pas courir le risque d’être interdit d’entrée et de devoir gérer son évêché depuis l’étranger, comme c’est le cas actuellement pour son confrère, Mgr Mazur. L’évêque de Saratov, malgré les attaques de certains milieux de la hiérarchie orthodoxe russe, considère toujours l’Eglise orthodoxe comme une « Eglise soeur ». Il espère que les difficultés actuelles déboucheront sur un processus de purification à l’intérieur de cette Eglise et que catholiques et orthodoxes pourront dans un avenir pas trop lointain « parler ensemble, et ce qui est plus important encore, prier ensemble! ». Pour l’instant, les orthodoxes russes ont toujours l’interdiction de prier avec les catholiques. (apic/cp/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/russie-l-eveque-de-saratov-n-est-pas-venu-en-suisse-par-crainte-de-ne-pouvoir-retourner/