Entretien avec le Père Joseph-Daniel Pravda
Propos recueillis par Antoine Soubrier
Rome/Bakou, 16 mai 2002 (APIC) Le voyage de Jean-Paul II en Azerbaïdjan est attendu comme un grand événement pour la petite communauté catholiques du pays.
Sortie de l’ombre en 1997 après des dizaines d’années de persécution sous le régime communiste, elle doit maintenant chercher à se faire connaître auprès des catholiques qui ne connaissent même pas l’existence d’une structure, aussi petite soit-elle, au sein de l’Eglise du pays. Joint par téléphone par I’APIC, le Père Joseph-Daniel Pravda – Belge d’origine slovaque -, chargé de la mission «sui iuris» de l’Azerbaïdjan et curé de l’unique paroisse du pays, explique l’enjeu d’une telle visite attendue aussi bien par les catholiques que par le gouvernement.
«La situation des catholiques en Azerbaïdjan est actuellement relativement bonne. En septembre dernier en effet, le gouvernement a créé un bureau pour gérer les Affaires religieuses, ce qui nous permet d’avoir un interlocuteur. Auparavant, nous devions faire face à une obstination totale de la part du gouvernement. Je pense que l’annonce de la visite du pape a été positive en ce sens».
Pourquoi le pape se rend-il dans ce pays où la communauté catholique ne représente même pas 0,001% de la population? «Le nombre de catholique est en réalité beaucoup plus important que celui que l’on connaît. Car même s’il est vrai que nous ne sommes que près de 150 à nous retrouver tous les dimanches à la messe, beaucoup de catholiques ne savent même pas qu’existe cette paroisse perdue au milieu d’un quartier pauvre. Elle n’existe que depuis 1997, date à laquelle est arrivé le premier prêtre qui a commencé à rassemblé les quelques personnes qu’il rencontrait par hasard. Aujourd’hui, avec une communauté de salésiens composée de deux prêtres et d’un frère, notre travail consiste à faire connaître notre présence».
Libre exercice de la religion
Que faut-il attendre de la visite de Jean Paul II? «De pouvoir de nouveau exercer notre religion librement. Même si on est très bien respecté par la population musulmane, il nous faut faire face à une forte influence de l’Iran. Nous, tous les chrétiens du pays, espérons que cette visite soit un appui à la chrétienté et à la société menacée par la radicalisation de l’islam. Cette visite sera certainement un souffle d’ouverture qui pourrait avoir une portée sociale et politique très importante».
Dans quel sens? «Au niveau national, tout d’abord, la visite du pape sera un réconfort pour notre peuple blessé par une longue période d’occupations diverses. Cela ne fait que dix années que nous sommes enfin indépendants, mais il y a toujours des tensions, notamment dans la région du Nagorni- Karabakh. La venue de Jean Paul II sera à ce niveau-là un soutien moral. Au niveau international, ensuite, cette visite nous permettra de nous faire connaître de la communauté internationale qui semble nous avoir abandonnés».
Activités
De nombreux orthodoxes du patriarcat de Moscou sont présents dans le pays. Cette visite pourrait-elle améliorer les relations entre Rome et Moscou? «Prédire les retombées de ce voyage dépasse mes compétences. Mais je peux affirmer que nos relations ici avec les orthodoxes du patriarcat de Moscou sont excellentes. Ce sont eux, en particulier, qui nous prêtaient leur lieu de culte quand nous n’en avions pas, il y a quelques années». Ce que signifie ma mission «sui iuris» en Azerbaïdjan? «La mission sui iuris, est la première forme de la présence de l’Eglise dans un pays qui peut exister. En tant que responsable de cette mission, j’ai les droits et les devoirs de l’évêque, sans en avoir le titre. En réalité, ma fonction première sur place est celle de curé de l’unique paroisse de l’Azerbaïdjan, située à Bakou. Là, nous avons une activité vivante, marquée par la messe, des rencontres, des réunions. Chaque semaine nous avons une messe en anglais le samedi soir et le dimanche matin pour les catholiques étrangers, ainsi qu’une messe en russe, pour les catholiques azéris, aussitôt après. La semaine est par ailleurs ponctuée d’activités diverses telles qu’un groupe de prière en anglais et en français où se retrouvent beaucoup de familles de diplomates et d’étrangers appartenant au monde des affaires pétrolières. Bien que petite, notre communauté est donc active et se prépare même au baptême de catéchumènes et à la confirmation de quelques personnes âgées. Nous avons également une forme de caritas officieuse avec une cuisine pour les pauvres. Avant 97, nous n’avions pas vraiment la force ni le courage de faire quoi que ce soit pour tenter de nous faire reconnaître. Maintenant, nous avançons petit à petit. L’été passé, nous avons réussi à nous faire officiellement enregistrer auprès du gouvernement, mais cela a pris des mois et des mois. Nous espérons que la venue du pape permette une avancée dans la reconnaissance de l’Eglise catholique dans le pays. Moi-même, je souhaiterais obtenir la nationalité azérie». (apic/imed/pr)
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