Les évêques ne sont pas responsables. Sauf si.

Rome: Actes pédophiles commis par les prêtres

Rome, 17 mai 2002 (APIC) Ni l’évêque, ni le supérieur de l’ordre religieux d’un prêtre accusé d’abus sexuels ne peut être rendu responsable de l’acte, rappelle le mensuel des jésuites italiens, la « Civiltà Cattolica », dans son édition à paraître le 18 mai 2002.

Près d’un mois après la venue au Vatican des cardinaux des Etats-Unis pour aborder la question du rôle de l’Eglise dans cette affaire, l’article insiste sur le fait que l’évêque ne peut être accusé avec le coupable, à condition qu’il ait agi en règle avec le droit canon.

« Ni l’évêque ni le supérieur ne sont moralement ou juridiquement responsables de l’acte criminel commis par un de leurs prêtres », écrit le père Gianfranco Ghirlanda, expert de droit canonique. Ceux-ci sont en revanche responsables dans le cas où ils ne seraient pas intervenus, ayant eu la certitude du fondement des accusations portées contre un prêtre.

« Il est vrai que le prêtre est en rapport de subordination hiérarchique face à son évêque », explique-t-il, « mais il faut bien comprendre que ce rapport n’est pas assimilable à celui auquel est confronté, par exemple, un employé face à son employeur, lequel est responsable du comportement du premier ».

Certaines personnes, notamment aux Etats-Unis, ont porté plainte directement contre le Vatican suite à la découverte de cas d’abus sexuels de la part de prêtres sur mineurs. Or, affirme, le père Ghirlanda, la question d’éventuels abus sexuels commis par un prêtre « a un caractère pastoral ». « C’est donc au pasteur du diocèse où vit l’accusé qu’il revient le droit d’être informé en premier ».

A son tour, l’évêque n’a pas à en informer aussitôt les autorités judiciaires civiles, précise l’auteur. « Le comportement de l’évêque ou du supérieur qui, après avoir reçu la dénonciation, en informerait aussitôt l’autorité judiciaire civile, pour éviter d’être impliqué dans le procès civil que la victime pourrait entreprendre, ne nous semble pas très pastoral ».

Un devoir

En revanche, dès que l’évêque à la « certitude morale » du fondement des accusations, il doit alors intervenir « sans délai » pour « protéger la communauté chrétienne d’autres scandales ». Parce que de tels actes sont une « grave violation » au sacrement de l’Eglise, ajoute l’auteur de l’article, « l’intervention de l’autorité ecclésiastique est un devoir, à la fois en faveur du prêtre incriminé que de la victime et de la communauté chrétienne ».

Tout en insistant sur la nécessité pour l’évêque d’avoir une sollicitude pastorale envers les victimes, la « Civiltà Cattolica » rappelle ensuite l’importance de respecter les droits et les devoirs du prêtre accusé lorsque la preuve n’a pas été établie. Le document insiste en particulier sur la nécessité de défendre la « réputation » de l’accusé, « gardant sous secret le récit des actes, les preuves et les discussions ». C’est un des devoirs de l’évêque, précise-t-il que de veiller à cet aspect, en particulier lorsque la communauté chrétienne est elle-même « blessée » à cause de « diffamations calomnieuses » ou de « campagnes de presse ».

La « Civiltà Cattolica » souligne alors la nécessité d’appliquer les sanctions prévues dans le code 1390 du droit canon, à l’encontre de quiconque dénonce faussement un prêtre. Ces sanctions peuvent aller de la censure à « une réparation proportionnée ».

Reprendre le problème à la base

De même, « toute déclaration publique de la part d’un évêque ou d’un supérieur seulement sur la base d’indices qui pourraient être faux, serait non seulement imprudente, mais serait une atteinte injuste à la réputation du prêtre, car cette déclaration pourrait être interprétée comme une confirmation des faits », ajoute le père Gianfranco Ghirlanda.

« L’évêque doit également éviter d’informer la communauté paroissiale des antécédents d’un prêtre » déplacé d’un lieu à un autre et qui aurait commis des abus sexuels dans le passé, à condition qu’il ait été « récupéré au ministère sacerdotal à travers une thérapie psychologique ». « Si l’évêque craint que le prêtre ne commette un nouveau délit, alors il ne doit pas le confier à une autre paroisse, mais doit agir différemment », précise l’auteur.

Pour le jésuite, il faut reprendre le problème à sa base, c’est-à-dire au niveau de la formation des séminaristes. « Les enquêtes psychologiques doivent aider au développement intégral de la personne », affirme-t-il, à condition que la personne y donne son consentement. « De nombreux problèmes surgissant dans la vie de certains prêtres pourraient être évités si leur formation avait été mieux suivie, avec une plus grande éducation au sens de la responsabilité de la part des formateurs et de l’évêque, utilisant tous les moyens nécessaires, parmi lesquelles une saine enquête psychologique ».

Le jésuite rappelle aussi l’importance pour l’évêque de ne pas laisser seul un jeune prêtre nouvellement ordonné face à l’abondance du travail, ou encore de visiter régulièrement les prêtres de son diocèse afin de mieux comprendre leurs nécessités.

Quant aux droits de la victime, le père Ghirlanda rappelle que « si la personne qui porte plainte est vraiment victime d’un abus, elle a le droit de demander un dédommagement de la part du prêtre accusé, mais pas de la part de l’évêque ». (apic/imed/pr)

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