Fribourg: Le professeur Bénézet Bujo porte un regard africain sur le «Notre Père»

L’autorité religieuse ne doit pas se substituer à Dieu

Déo Negamiyimana, pour l’agence APIC

Fribourg, 29 mai 2002 (APIC) Bénézet Bujo, vice-recteur de l’Université de Fribourg, vient de publier un livre intitulé « Le Notre Père. Son impact sur la vie quotidienne ». Prêtre du diocèse de Bunia, en République démocratique du Congo, il porte un regard africain sur la prière des chrétiens. Et lance quelques flèches contre ceux qui, au nom de l’autorité, se substituent à Dieu.

« Certaines autorités religieuses en Afrique ont mal compris la notion de l’obéissance. On a cru que ce que dit le supérieur, c’est impérativement ce qui vient de Dieu lui-même. Si quelqu’un est supérieur, il prend la place de Dieu ». Pour Bénézet Bujo, âgé de 63 ans, la tentation est grande, surtout en Afrique, de vouloir écraser les subalternes. Il développe la notion de pouvoir dans son tout dernier livre sur le Notre-Père, dans lequel il porte un regard africain moderne sur cette prière.

En se référant à la Bible, le professeur de théologie souligne que le supérieur ne peut représenter Dieu que s’il est en communion avec lui. « Dieu, dit-il, est charité. Il est amour. Celui qui agit au nom de cette charité ne peut pas écraser les gens. Mais il n’est pas rare que des autorités de l’Eglise, d’Afrique et d’ailleurs, se mettent en évidence, en s’identifiant forcément à Dieu, même quand elles ne se tiennent pas à ce qu’Il dit. Cela constitue un sacrilège et une mauvaise compréhension de l’autorité qui vient de Dieu ».

Pour lever toute équivoque, le professeur Bujo propose même qu’on utilise le titre de « grand-frère » à la place de « père » en s’adressant aux religieux. « Toute paternité doit venir de Dieu », souligne-t-il. C’est dans la mesure où on imite Dieu le Père dans sa charité et son amour infini qu’un tel peut mériter, de manière très imparfaite d’ailleurs, le titre de « Père ». « Il ne peut cependant pas le monopoliser en disant qu’il n’y a que lui qui peut porter ce titre. Quand nous disons le Notre Père, nous sommes tous enfants. Celui qu’on appelle « père » ne l’est que de manière analogique ».

Le titre de « Saint-Père »: à utiliser par politesse

Si l’on peut continuer d’appeler le pape « Saint-Père », c’est par politesse, affirme Bénézet Bujo. « Mais nous ne devons pas absolutiser ce titre jusqu’à éclipser le titre de Dieu qui est Père de toute bonté et de tout amour. Quand nous disons Notre-Père, nous le disons avec le pape et les évêques. Il n’y en a pas qui sont plus enfant que les autres », explique-t-il.

Dans son livre, il appelle les guides spirituels africains à lutter contre les sectes qui profitent du déracinement culturel engendré par une mauvaise évangélisation. Partant de l’exemple de la guérison, le professeur Bujo rappelle qu’elle prenait en compte l’âme et le corps et immobilisait toute la famille. « Avec l’évangélisation, remarque-t-il, la pratique est tombée en désuétude. Et pourtant, en cas de tensions, il appartenait au sorcier normaliser la situation. Les médicaments ne venaient pas en premier lieu parce qu’ils n’apportaient pas de solutions. A la place du rôle du sorcier, les premiers évangélisateurs ont mis la communion. Ce qui ne résolvait pas le problème ».

La guérison, dans les sectes, prend en compte les éléments traditionnels africains. « C’est ce qui fascine les gens », souligne Bénézet Bujo. « Ils se sentent à l’aise dans les mouvements charismatiques car ils y voient la dimension de la palabre », affirme-t-il.

L’Eglise africaine est appelée, selon lui, à réhabiliter les cultures africaines en les confrontant au message du Christ. Il considère l’Eglise comme une communauté thérapeutique. Pour l’abbé Bujo, tout n’est pas perdu, malgré les effets de la mondialisation qui n’ont pas épargné l’Eglise du Sud: « La pente peut être remontée, condition que le christianisme soit africanisé ». (dng)

Le professeur Bénézet Bujo donne une conférence intitulée « Le Notre-Père médité par un Africain à l’heure de la mondialisation » mercredi 5 juin à 19h30 à la Librairie St-Paul, Pérolles 38 à Fribourg. (apic/dng/bb)

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