Les articles en question ne visaient pas à diffamer

Suisse: Le Conseil suisse de la presse rejette une plainte contre une satire religieuse

Berne, 5 juin 2002 (APIC) Dans une prise de position rendue publique le 5 juin, le Conseil suisse de la presse rejette une plainte émise par les Eglises réformées Berne-Jura contre le «Journal du Jura». Objet: un article satirique appelait les trois religions monothéistes à extirper de leur tradition «les germes de l’inacceptable» et un autre fustigeait le pape en utilisant les termes de «imposture, supercherie et incapacité». Le conseil de la presse a estimé que les articles en question ne visaient pas à diffamer ou tourner en ridicule des symboles religieux ou à blesser les convictions des fidèles pour lesquels ces symbole sont chargés de sens.

Dans son édition du 11 novembre 2001, le «Journal du Jura» a publié sous la rubrique «Impertinences» un commentaire de Blaise Droz sur les rapports entre guerre et religion (»Le Grand Pan est mort, dommage!»). Dans cet article, l’auteur en vient à regretter le polythéisme de l’Antiquité grecque, symbolisé par le Grand Pan dont l’avènement des religions monothéistes a signifié la mort. Il relève des passages bibliques annonçant l’extermination des nations hostiles à Israël ou prescrivant la lapidation de l’enfant indocile et rebelle. Il constate que la tradition chrétienne a conservé ces «textes iniques», alors que le discours dominant en Occident depuis l’attentat du 11 septembre 2001 à New York, consiste à chercher dans le Coran les fondements de la Jihad meurtrière.

Le 13 décembre 2001, le «Journal du Jura» publie sous la même rubrique «Impertinences» un article de Pierre-Alain Brenzikofer sur la «grosse déprime» que provoque en lui la fête de Noël (»Non-assistance à personne en danger»). L’auteur écrit du pape: «Si ce gars-là avait été homme-médecine chez les Cheyennes, il aurait été scalpé pour imposture, supercherie et incapacité». Il assimile l’Armée du Salut aux talibans… même si c’est pour lui reprocher, pour tout massacre, celui de la musique.

Trop c’est trop

C’en était trop pour les Eglises réformées Berne-Jura. Par lettre du 15 janvier 2002, elles déposent plainte contre le journal. Elles signalent que l’article de Brenzikofer est repris sur le site internet du journal sous la rubrique «Perspectives», ce qui le prive de toute étiquette annonçant un texte satirique. Les plaignantes relèvent encore le caractère blessant de nombreux propos au sujet des chrétiens et de la foi chrétienne (»mais pourquoi diable ces maudits chrétiens», «toutes ces conneries»), ainsi qu’un antisémitisme sous-jacent (une allusion à la «morale judéo- chrétienne», dont l’une des composantes est pourtant sans relation avec Noël; le fait d’être condamné à errer dans le désert, «comme ces malheureux Israélites qui l’avaient pourtant cherché, eux»). Les plaignants déplorent également les citations hors contexte du Deutéronome par Blaise Droz, dont l’une «pourrait porter à croire, écrivent-ils, que la religion juive incite au génocide».

Le «Journal du Jura» prend position le 1er mars 2002, sous la signature commune des auteurs et de leur rédacteur en chef, Béat Grossenbacher. Il conteste toute action délibérée de la part de la rédaction, qui constituerait le «début d’une campagne» contre les valeurs chrétiennes. Il soutient que les deux articles sont clairement identifiables comme textes satiriques par leur parution sous la rubrique «Impertinences», le lecteur étant dûment averti de la nature de celle-ci. Le journal reconnaît cependant que ces textes n’auraient pas dû être disponibles sur le site internet, transfert qu’il attribue à une «erreur technique».

Les considérants du Conseil de la presse

Dans ses conclusions, le Conseil de la presse relève pour justifier le rejet de la plainte des Eglises réformées contre le «Journal du Jura» que la liberté de commentaire et de critique inclut la liberté de commenter et critiquer l’attitude des Eglises et des communautés religieuses, ainsi que des éléments de leur foi. «Lorsqu’elle prend la forme de la satire, la liberté d’expression assurée par le chiffre 2 de la «Déclaration des devoirs et des droits» ne dispense pas de respecter les limites imposées par d’autres intérêts prépondérants, publics ou privés». Or, argue le Conseil, ces limites n’ont pas été franchies par le premier des articles litigieux, visant à renvoyer des chrétiens portés à dénoncer la Jihad islamique à certains contenus violents de la Bible.

Pour le Conseil la satire sur des thèmes touchant à la religion est admise pour autant qu’elle ne vise pas à diffamer ou tourner en ridicule des symboles religieux ou à blesser les convictions des fidèles pour lesquels ces symbole sont chargés de sens. Sur ce point, le second des articles litigieux se situe à la frontière de ce qui peut encore passer pour acceptable et de ce qui constituerait une atteinte abusive contre des convictions religieuses. «D’un côté, un laxisme complet risquerait de conduire à des obscénités ou des insultes qui bafoueraient la dignité des personnes attachées à une foi religieuse. D’un autre côté, une sensibilité extrême pourrait imposer aux journalistes une telle réserve que la satire même deviendrait pratiquement interdite sur de tels sujets, ce qui serait contraire à la liberté d’expression».

Et le Conseil de considérer que quelles que soient les réserves que pourrait émettre une partie du public quant au goût et à l’opportunité d’une satire sur un sujet religieux, l’article litigieux est resté dans les limites de ce qui peut être tenu pour tolérable au regard de la liberté d’expression. (apic/com/bb/pr)

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