Mexique: La publication d’un livre ranime le débat sur la canonisation de Juan Diego
Mexico, 10 juin 2002 (APIC) Alors que les représentants du Vatican se demandent si le pape Jean Paul II sera en mesure de se rendre au Mexique à la fin juillet, certains responsables d’Eglise de ce pays ont émis d’autres doutes concernant l’existence de l’homme que le pape canonisera.
Leur scepticisme porte sur la légende de Juan Diego qui, au 16e siècle, et sur les apparitions de la Vierge de Guadalupe, dont l’image aurait été imprimée sur sa cape.
Le prêtre catholique Manuel Olimon Nolasco, professeur d’histoire à l’Université pontificale, fait remarquer dans le livre « La Busqueda de Juan Diego », qui devrait bientôt être publié, que l’image de la Vierge de Guadalupe « a été peinte à la main sur la cape de Juan Diego, et non imprimée de manière divine, comme le dit le Vatican ».
Les visions de Juan Diego, un paysan autochtone, un noble pour certains, selon les versions attribuées à l’histoire, ont eu un rôle important dans la conversion de millions de Mexicains au catholicisme, religion de l’occupant espagnol. En 1986, le Vatican a approuvé la béatification de Diego, une étape vers la canonisation.
Plusieurs historiens de l’Eglise ont pendant longtemps émis des doutes, mais jusqu’à récemment le débat était resté limité à un certain cercle. Le livre d’Olimon Nolasco rend aujourd’hui publique pour la première fois une série de lettres que lui-même et d’autres sceptiques ont adressé au cours des vingt ans passés aux représentants du Vatican.
Ainsi Carlos Warnholz, ancien prêtre de la basilique de Guadalupe, qui a participé au transfert de la cape de Diego dans une nouvelle basilique il y a vingt ans, raconte cette expérience dans une lettre envoyée au Vatican en janvier de cette année. « J’ai eu la chance, bonne ou mauvaise, de contempler de près l’image originale sur la nuit du 4 novembre 1982 et depuis lors j’ai arrêté de croire qu’elle avait été miraculeusement imprimée sur la cape de Juan Diego. Mais j’ai été prudent, et je continue de faire attention et de ne pas le dire face à des gens qui pourraient éprouver une sorte de perte spirituelle ».
A propos de l’examen du vêtement
Le livre d’Olimon Nolasco relate comment les autorités de la basilique ont ordonné l’examen du vêtement par des spécialistes en 1982, enquête qui a conclu que l’image avait été peinte à la main sur le tissu. L’abbé de la basilique, Guillermo Schulenburg a lui aussi transmis ses conclusions au Vatican, et d’autres ont commencé à émettre des doutes sur l’existence de Juan Diego.
Lorsque le Vatican a commencé l’enquête en vue de la canonisation de Diego, plusieurs prêtres ont déploré que Rome ignore les preuves qui n’étaient pas favorables. « Les gens chargés de ce travail étaient tout à fait partiaux sur l’authenticité historique de Juan Diego », ont écrit aux représentants du Vatican les prêtres qui ont regretté que les enquêteurs officiels n’aient jamais consulté les historiens ayant un point de vue différent du leurs, et n’aient écouté que des « personnes très dévotes » ayant présenté des arguments sans grande honnêteté intellectuelle, avec une piété exagérée et peu convaincante ».
Dans une autre lettre, les prêtres déplorent que l’incapacité du Vatican à enquêter de façon adéquate sur l’existence de Diego « mette en doute la crédibilité et le prestige de notre Eglise, à laquelle nous appartenons et que nous aimons en tant que catholiques ».
La pitié de l’archevêque de Mexico
La maison d’édition Plaza y Janes, qui a publié le livre d’Olimon Nolasco, sort également un autre livre: « Juan Diego, el Aguila que Habla », écrit par l’archevêque de Mexico, le cardinal Norberto Rivera Carrera, un partisan de Diego, qui dit ne pas en vouloir à ceux qui doutent de son existence. « Je comprends et j’ai pitié de tous mes frères qui ne partagent pas cette croyance, je les plains de ne pas pouvoir apprécier quelque chose de si beau, de si merveilleux ».
Pourtant, dans le livre d’Olimon Nolasco, une lettre écrite par des membres du clergé mexicain et adressée au cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, l’informe que l’archevêque dresse un portrait négatif de ceux qui doutent. D’autres prêtres sceptiques ont gardé le silence car, écrivent ces prêtres dans leur lettre, « ils ont peur de subir des représailles ». (apic/eni/pr)
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