APIC Interview
Que font les orthodoxes avec les millions d’euros reçus?
Propos recueillis par Sophie de Ravinel
Rome, 1er juillet 2002 (APIC) Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, nouvel archevêque du diocèse de la Mère de Dieu à Moscou a été l’un des 28 archevêques à recevoir ce week-end à Rome le pallium des mains de Jean Paul II. L’APIC l’a interrogé sur le sens qu’il donne à ce geste, mais aussi sur la situation en Russie, et notamment après l’expulsion de Mgr Mazur du territoire où il exerçait.
Mgr Kondrusiewicz ne s’arrête pas à ces considérations. Il regrette la passivité de l’Union européenne face à ce qui se passe dans son pays contre les catholiques. Plus, il s’interroge sur le bien-fondé des millions d’euros que les orthodoxes russes reçoivent de la part d’associations caritatives catholiques. Savent-ils seulement ce que font les orthodoxes avec cet argent?
Mgr Kondrusiewicz: Ces jours-ci, je me remémore mon enfance, lorsque ma professeur me condamnait vertement devant les autres élèves parce qu’elle savait que nous étions catholiques. Après tant d’années et tant de souffrances, je suis donc particulièrement ému de ce geste du pape. Mais ce pallium, je le reçois avant tout au nom de l’Eglise catholique qui est en Russie et qui a vécu son Golgotha au XXème siècle. Je le reçois au nom de ceux qui ont soufferts, au nom des martyrs, mais aussi au nom des fidèles, aujourd’hui, qui rendent cette Eglise vivante et belle. Cela fait plus de 80 ans qu’il n’y a pas eu d’archevêque en Russie, c’est une émotion intense pour nous.
APIC: Vous le recevez aussi en pensant à Mgr Jerzy Mazur?
Mgr Kondrusiewicz: Certes. La situation de Mgr Mazur est très douloureuse pour nous. Je pense à lui qui ne peut même pas être avec ses brebis. Je trouve incroyable que le président Vladimir Poutine n’ait même pas encore répondu à la lettre de Jean Paul II envoyée il y a plus d’un mois et dans laquelle il lui demande de réouvrir les portes de son pays à cet évêque injustement expulsé.
APIC: Vous sentez-vous seul dans cette situation?
Mgr Kondrusiewicz: Le Saint-Siège a fait tout ce qu’il fallait pour demander des explications à mon gouvernement et la diplomatie fait tout ce qui est en son pouvoir. Mais ce que je trouve le plus invraisemblable, c’est le comportement, par exemple, de l’Union Européenne. Elle parle des droits de l’homme et de la défense des minorités, mais elle ne lève pas le plus petit doigt pour nous aider ou nous défendre, ne serait-ce que pour nous permettre de construire librement des lieux de culte. Depuis le mois de février en Russie, nous vivons quasiment une situation de guerre contre les catholiques. Les orthodoxes et les musulmans ont un accès direct au pouvoir et nous, nous ne pouvons qu’en subir les pressions. Les orthodoxes vont jusqu’à nous accuser de prosélytisme lorsque nous proposons des soupes populaires. Est-ce qu’on devrait laisser mourir dans la rue les milliers d’enfants qui y traînent pour ne pas risquer de les contaminer? Nos soupes sont-elles empoisonnées? Certains religieux catholiques ou protestants sont aux abois chez nous. On parle d’une liste de «persona non grata» que le gouvernement aurait en mains.
APIC: Quelle est votre espérance ?
Mgr Kondrusiewicz: Le président Bush est venu à Moscou il y a peu de temps. Je l’ai rencontré personnellement. «Vous avez des problèmes», ce sont les premiers mots qu’il m’a dit. Nous avons échangé nos points de vue sur la question et il m’a promis qu’il parlerait de cette situation au président Poutine. Des échos m’ont fait savoir qu’il l’a fait effectivement. Ses déclarations sur notre sol, au sujet de la liberté religieuse ont été très fortes aussi. J’ose espérer qu’elles porteront des fruits. J’espère aussi que nos collaborations avec les orthodoxes de bonne volonté pourront aussi avancer.
APIC: Où en est l’oecuménisme?
Mgr Kondrusiewicz: Je suis très ouvert à l’ocuménisme, à condition que l’on ne parle pas seulement d’amour, mais d’amour en vérité. J’avoue avoir du mal avec cet oecuménisme de salon, totalement coupé des réalités. Il n’y a qu’à regarder les millions d’euros que les orthodoxes russes reçoivent de la part d’associations caritatives catholiques. Savent-ils ce que font les orthodoxes avec cet argent? Ils publient des livres de propagande anti- catholique et forment des prêtres qui mobilisent les populations contre nous. Je voudrais aussi rappeler à certains évêques catholiques qu’au dernier synode des évêques nous avons parlé de collégialité. Et il n’y a pas de collégialité sans charité. Alors pourquoi est-ce que je vois des évêques qui viennent à Moscou sans me prévenir et qui vont voir le patriarche Alexis II pour lui exprimer leur soutien contre le développement de l’Eglise catholique en Russie? (apic/imedia/sdr/pr)
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