Violence et paix: les religions s’interrogent

Suisse: 40 représentants de différentes religions réunis à l’Institut oecuménique de Bossey

Genève, 2 juillet 2002 (APIC) Les religions du monde entier aspirent à la paix. Pourtant, il est établi qu’elle sont bien souvent impliquées dans des conflits et dans la violence. Ce paradoxe a fait l’objet d’un colloque interreligieux sur la violence, la paix et les religions qui s’est tenu fin juin à l’Institut oecuménique de Bossey, près de Genève. Quarante participants, juifs, musulmans, hindous, bouddhistes et chrétiens, se sont retrouvés durant huit jours sur invitation du Conseil oecuménique des Eglises (COE).

Ce colloque était le premier d’une série consacrée à la question des religions et de la violence. Les participants, issus d’Europe, d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Amérique du Nord et du Sud, ont décidé de constituer des réseaux, de partager des informations, de participer à des actions de sensibilisation de l’opinion et de s’impliquer dans des actes de solidarité. Ils se sont également engagés à organiser des événements tels que le jeûne interreligieux pour la paix, des journées de la non-violence et des célébrations en faveur de la vie.

Le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE, a déclaré lors de la rencontre que « les communautés religieuses et leurs responsables devraient chercher à conclure des engagements solennels et réciproques en vue d’éliminer toute tentative de légitimer sur le plan moral ou éthique l’usage de moyens violents pour répondre à un conflit ou pour atteindre des objectifs politiques, économiques, culturels, voire religieux. » Il a rappelé aux participants que le christianisme, qui fut à un certain moment une religion minoritaire et persécutée, en était arrivé à se faire persécuteur après être devenu la religion dominante de l’empire romain. Il a usé de violence pour maintenir l’unité de l’Eglise et de l’empire. Et Konrad Raiser d’ajouter: « Les traces de cette alliance impie de la religion et de la violence sont encore présentes aujourd’hui dans le langage de la ’guerre contre le terrorisme’, qui évoque celui des croisades. »

Les participants à ce colloque provenaient de pays dans lesquels violence et destruction se déchaînent. Yehezkel Landau est juif, codirecteur d’un centre pour la réconciliation et la coexistence judéo-arabes en Israël. Il a affirmé qu’en Terre sainte, juifs et musulmans se battent pour obtenir le contrôle du territoire. Les chrétiens sont soit coincés entre les deux, soit réduits à regarder du dehors, dans la souffrance. « J’en appelle aux chrétiens, rendus modestes par leur propre histoire de violence, pour qu’ils donnent une illustration de l’enseignement de l’Evangile sur le pardon préalable, de manière à nous choquer en nous faisant voir à quel point notre propre comportement est devenu destructeur », a lancé Yehezkel Landau.

« Les religions sont à même de créer un plan d’action pour la paix »

« Lorsqu’il est question de paix, il faut aller au delà des prédications et des cantiques », a souligné Szeenat Ali, musulmane, professeur d’études islamiques à Mumbai, en Inde. Elle se référait au conflit opposant, dans son pays, hindous et musulmans pour des motifs politiques. « Si les religions se préoccupaient essentiellement d’agir en faveur de la paix, d’estimer les autres et d’accepter le caractère pluriel et divers de l’humanité, ce serait plus constructif. » Szeenat Ali, qui est à la tête d’un mouvement féminin interreligieux en faveur de la paix en Inde, affirme que les religions sont à même de créer une perspective et un plan d’action en vue de la paix mondiale et de la survie, par des moyens non violents. Elle pense que la sagesse féminine pourrait jouer un rôle essentiel dans ce processus en faveur de la paix.

Interrogé sur ce qu’il estime l’aspect le plus important de ce colloque, Yehezkel Landau a répondu: « C’est le fait de venir d’un pays où le conflit est très violent pour arriver ici, dans ce lieu serein où des gens de religions et de nationalités différentes s’écoutent les uns les autres avec estime et offrent de s’aider mutuellement en vue du bien de l’humanité dans son ensemble. » Zeenat Ali mentionne pour sa part « la sagesse des participants, qui démontre qu’il est possible d’utiliser les valeurs centrales de toutes les religions pour résoudre un conflit. » (apic/coe/bb)

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