Le patriarcat a présenté une liste pour étayer ses affirmations
Moscou, 11 juillet 2002 (APIC) L’Eglise orthodoxe a présenté ce qu’elle considère comme une preuve pour étayer ses accusations de prosélytisme à l’encontre de l’Eglise catholique en Russie. Le patriarcat de Moscou affirme par exemple que le véritable objectif des catholiques qui mettent en place des abris pour les enfants sans foyer est d’en «faire des petits catholiques».
Le patriarcat de Moscou de l’Eglise orthodoxe russe a adressé au Vatican une lettre présentant sa définition du prosélytisme et dressant la liste de cas considérés comme des tentatives de convertir des membres de l’Eglise orthodoxe.
«L’Eglise catholique nous a demandé de fournir des cas concrets de prosélytisme, et nous le faisons», a déclaré l’archiprêtre Vsevolod Chaplin, vice-président du Département des relations extérieures de l’Eglise, lors d’une conférence de presse donnée à Moscou. Selon lui, cette liste est une réponse aux plaintes récentes «de catholiques qui affirment que l’on essaye de freiner les activités de l’Eglise catholique en Russie».
Certains observateurs estiment que cette lettre pourrait être un prélude à une nouvelle série d’échanges sans illusion pour tenter de résoudre la crise entre les deux Eglises.
Les relations déjà tendues entre Moscou et le Vatican se sont encore détériorées après la création, en février, par le pape Jean Paul II, de quatre diocèses catholiques en Russie rassemblés dans une «province ecclésiastique» dirigée par l’archevêque de Moscou, Mgr Tadeusz Kondrusiewicz.
L’Eglise catholique avait alors présenté ces changements comme une affaire administrative interne et une façon de normaliser sa vie en Russie. La hiérarchie orthodoxe russe les a vus comme un défi à l’orthodoxie, et une atteinte à l’esprit de dialogue oecuménique.
«Faire des petits catholiques»
Depuis lors, le gouvernement russe a expulsé plusieurs ecclésiastiques catholiques de Russie, dont Mgr Mazur, sans donner d’explication – démarches dans lesquelles l’Eglise orthodoxe affirme n’avoir eu aucune part, mais qui a tendu encore plus les relations entre les Eglises.
Lors de leur conférence de presse, la semaine dernière, les représentants orthodoxes ont déclaré que la liste des incidents de prosélytisme catholique était basée sur des articles de presse catholiques et des rapports de diocèses orthodoxes russes. Cette liste comprend des cas d’activités de bienfaisance catholiques auprès d’enfants russes non catholiques, et indique que des prêtres et moines catholiques empêchent des personnes baptisées dans l’Eglise orthodoxe d’avoir des contacts avec des prêtres orthodoxes.
Le patriarcat de Moscou affirme que le véritable objectif des catholiques qui mettent en place des abris pour les enfants sans foyer est d’en «faire des petits catholiques».
Les activités en Russie des ordres monastiques catholiques – dont la plupart ont été fondés comme organisations missionnaires ou contiennent le terme «mission» dans leurs noms – sont considérées dans le document orthodoxe comme des preuves de prosélytisme. Les orthodoxes dénoncent aussi la tentative catholique de rechercher des «vocations locales» – en incitant des ressortissants russes à devenir prêtres – et l’inscription d’étudiants de familles traditionnellement orthodoxes dans des séminaires catholiques.
Structures critiques
Les orthodoxes russes affirment aussi que les structures d’Eglise catholique en Russie sont trop complexes pour exercer le ministère pastoral auprès de la seule population catholique. «Les catholiques mettent en place des structures pour permettre à l’Eglise de se développer grâce à leurs activités missionnaires», déplorent les orthodoxes.
Le document révèle une profonde division entre les deux Eglises sur la définition du terme prosélytisme. Les responsables de l’Eglise catholique en Russie rejettent l’interprétation du concept de «territoire canonique» donnée par le patriarcat de Moscou.
Dans un article de la revue jésuite italienne «La Civilta Cattolica», le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, avait souligné que l’identification de l’Eglise orthodoxe russe avec une culture ethnique déterminée pouvait conduire à une «hérésie ecclésiologique». Selon lui, l’Eglise orthodoxe russe craint une concurrence catholique. L’Eglise catholique affirme qu’elle mène sa mission parmi des non-croyants et non parmi les orthodoxes.
Le patriarcat de Moscou, que dirige Alexis II suggère également que si le Vatican reconnaissait, comme il l’affirme, l’Eglise orthodoxe comme une Eglise, il limiterait sa mission aux personnes d’origine polonaise, lituanienne et allemande, et dirigerait les Russes baptisés dans l’Eglise orthodoxe – dont la plupart ne sont pas pratiquants – vers l’Eglise orthodoxe, au lieu de les «évangéliser».
Positif
Mgr Kondrusiewicz s’est pour sa part félicité de la publication de la position orthodoxe, faisant observer qu’elle pourrait fournir aux deux Eglises une base de discussion plus concrète. «Tant que nous n’aurons pas défini où commence et où finit le prosélytisme, tant que nous n’aurons pas défini le terme territoire canonique, il y aura des problèmes».
Pour le cardinal Walter Kasper, la lettre sur ces éclaircissements envoyée début juillet par le métropolite Kirill de Smolensk et Kaliningrad est un signe positif. Selon lui, «le dialogue entre Rome et Moscou est sur la bonne voie». (apic/eni/pr)
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