Pakistan: Des chrétiens pakistanais dénoncent la loi sur le blasphème
Karachi, 14 juillet 2002 (APIC) La loi sur le blasphème et les condamnations à mort qui guettent les accusés continuent de provoquer la colère des chrétiens. Et le cas d’Abdullah Ashiq Kingri Masih, condamné à mort fin juin et dans l’attente du verdict de la Haute Cour après son appel gravit un échelon supplémentaire de l’intolérance. Chrétien converti à l’islam, l’inculpé n’avait pas rompu avec une partie de sa famille, chrétienne.
Abdullah Ashiq Kingri Masih, issu d’une famille chrétienne, a été inculpé de blasphème par un tribunal de Faisalabad. Il est accusé d’avoir diffamé le prophète Mohammed, acte qui est passible de la peine de mort selon le code pénal pakistanais. Abdullah Kingri Masih a interjeté appel de la sentence auprès de la Haute Cour.
Pour des responsables d’Eglise, la sentence de mort prononcée contre un Pakistanais le 29 juin n’est que le dernier exemple de la nature « arbitraire » des lois sur le blasphème de ce pays.
Pour Peter Jacob, secrétaire exécutif de la Commission nationale « Justice et paix » de l’Eglise catholique (CNJP), la vraie raison à l’origine de ce cas est qu’Ashiq Kingri Masih s’est converti à l’islam tout en continuant de rencontrer des membres de sa famille et des proches, chrétiens, après sa conversion.
Or, les missionnaires musulmans qui l’avaient accompagné dans sa conversion étaient opposés à ces rencontres.
Les Eglises devraient éviter de mettre la défense d’Ashiq Masih en danger. « Nos sympathies sont avec lui. Mais l’Eglise ne peut s’impliquer directement car il s’est déjà converti à l’islam », a expliqué Peter Jacob.
Prudence
Pour Victor Azariah, secrétaire général du Conseil national des Eglises du Pakistan, si les Eglises du Pakistan s’impliquaient dans sa défense, elles risqueraient d’exacerber l’hostilité des fondamentalistes musulmans envers les minorités. Sur une population totale de 138 millions, il y a environ trois millions de chrétiens.
Les Eglises ont protesté à maintes reprises contre la loi sur le blasphème qui, sous sa forme actuelle, remonte à 1986.
En 1998, un évêque catholique, Mgr John Joseph, s’était tiré une balle dans la tête devant le tribunal où un autre chrétien, Ayub Masih, avait été condamné à mort pour blasphème, après avoir été accusé d’avoir parlé positivement de l’auteur Salman Rushdie. Durant le procès, on avait tiré sur Ayub Masih, qui a survécu. Il est aujourd’hui détenu en isolement.
A ce jour, la sentence de mort pour cause de blasphème n’a encore jamais été appliquée selon la loi. Mais au moins deux chrétiens ont été assassinés après que leur condamnation pour blasphème eut été rejetée par les tribunaux.
L’inculpation d’Ashiq Kingri Masih « met en évidence une fois de plus l’ambiguïté de la loi sur le blasphème et la manière arbitraire avec laquelle est utilisée », déplore Peter Jacob. Il a par ailleurs précisé que la Commission indépendante des droits de la personne au Pakistan, qui collabore étroitement avec la CNJP, a accepté de porter le recours d’Ashiq Kingri Mashi devant la Haute Cour.
Sa famille, explique Peter Jacob, a depuis lors rompu tout contact avec lui car elle ne veut pas provoquer la colère des fondamentalistes musulmans. Elle estime en effet qu’il est trop dangereux de le soutenir car ceux qui sont accusés de blasphème et leurs familles sont souvent harcelés, même s’ils sont finalement acquittés.
60 cas
Peter Jacob a aussi évoqué la lapidation publique et la mort, la semaine dernière, de Zahid Shah, un musulman accusé de blasphème mais qui avait été libéré de prison pour des raisons de santé. Zahid Shah a été lapidé en présence de 250 personnes après qu’un imam local eut lancé une fatwa (décret religieux) et réclamé sa mort.
« Une fois que vous êtes accusé de blasphème, votre vie est en danger. Cela ne fait aucun doute », fait remarquer Peter Jacob. En plusieurs cas, des Pakistanais, accusés de blasphème, ont été assassinés avant même que leur cas soit porté devant les tribunaux. En d’autres cas, des personnes accusées de blasphème ont quitté leur maison avec leurs proches pour échapper aux attaques de fondamentalistes.
Sur les 60 cas de chrétiens accusés de blasphème recensés par la CNJP, seuls dix ont été inculpés par des tribunaux de districts. Sur ces dix cas, seule la sentence de mort prononcée contre Ayub Masih a été maintenue par la Haute Cour, mais un recours a été porté devant la Cour suprême.
En l’an 2000, le président pakistanais, le général Pervez Musharraf, a proposé d’amender la loi. Il a abandonné cette idée après les protestations de groupes musulmans. (apic/eni/pr)
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