Suisse: Gottfried Wilhelm Locher analyse les enjeux oecuméniques actuels
Berne, 26 juillet 2002 (APIC) Gottfried Wilhelm Locher analyse dans le dernier bulletin de la FEPS (Fédération des Eglises Protestantes de Suisse) les enjeux de l’oecuménisme en Suisse. Directeur du département « Relations extérieures » de la FEPS, il reprend l’affirmation du cardinal Karl Lehmann « le printemps oecuménique est passé », en souhaitant qu’il fasse place à l’été, « sec, durable et significatif ».
Gottfried W. Locher, 35 ans, marié et père de trois enfants, est depuis un peu plus d’un an membre du Comité central et du Comité des finances du COE. Jusqu’en 1999, il était pasteur à l’Eglise Suisse à Londres.
Dans l’éditorial du bulletin de la FEPS, diffusé le 26 juillet, Gottfried W. Locher reprend le nom de son département (relations extérieures) pour souligner qu’il définit parfaitement l’état du dialogue entre les Eglises: celles-ci restent bien distinctes. « On se ne berce plus d’illusions: catholique ne veut plus dire protestant et orthodoxe ne veut plus dire anglican », affirme-t-il, tout en souhaitant que « les relations extérieures de la FEPS deviendront aussi les relations intérieure d’une Eglise universelle, du corps du Christ visible pour le monde ».
Dans un article sur quatre pages, Gottfried W. Locher, analyse la situation actuelle du dialogue oecuménique, au niveau international et régional, en portant certains constats et en émettant plusieurs thèses. Au préalable, il souligne que les dimensions paroissiale et universelle ne peuvent se dissocier, car les initiatives oecuméniques locales, si louables soient-elles, n’ont aucune chance de faire avancer les Eglises si elles n’entrent pas dans un cadre universel.
Un « oecuménisme épiscopal », sans les protestants
Le directeur du département « Relations extérieurs » de la FEPS constate ensuite que l’oecuménisme universel, et par là même au niveau des paroisses, est en pleine mutation. Ce constat se base d’abord sur le fait que le COE est en crise, financière et au niveau de ses objectifs: « Les Eglises membres n’ont pas encore réussi à se mettre d’accord sur quelques objectifs minimums, mais qui les engagent pour les années qui viennent ». Ensuite, affirme Gottfried W. Locher, les Eglises d’Orient et d’Occident (Rome et Constantinople) se rapprochent. « Regardons la Déclaration ’Dominus Iesus’: on note immédiatement l’affirmation selon laquelle seules l’Eglise catholique romaine et les Eglises orthodoxes sont de véritables Eglises particulières », souligne-t-il, en observant qu’on assiste ainsi à un « oecuménisme épiscopal », qui se fait sciemment sans le protestantisme.
La Communion ecclésiale de Leuenberg
En parallèle, selon Gottfried W. Locher, « les Eglises protestantes elles aussi ont signé ces dernières années des accords bilatéraux importants »: à Meissen (Allemagne) en 1991 entre l’Eglise protestante d’Allemagne et les anglicans, et à Porvoo (Finlande) en 1996 entre les Eglises luthériennes du Nord de l’Europe et de la Baltique et l’Eglise anglicane d’Angleterre. Par ailleurs, une déclaration signée en 1999 à Augsbourg (Allemagne) a renforcé les liens entre la Fédération luthérienne mondiale et l’Eglise catholique, désignant ainsi ouvertement les différences entre luthériens et réformés.
L’auteur de l’article affirme ensuite que le protestantisme a la possibilité de se faire entendre en Europe, grâce à la Communion ecclésiale de Leuenberg, créée en 1973, qui constitue le plus large groupement d’Eglises protestantes d’Europe. Gottfried W. Locher conclue son analyse de la mutation de l’oecuménisme en mettant en évidence les modifications que le paysage religieux a connues en Suisse depuis 50 ans. De 56%, les protestants sont devenus 37% actuellement. En parallèle, le nombre de musulmans, d’orthodoxes et de sans-confession a constamment évolué. « La situation majoritaire qui était la nôtre se lézarde, de nouveaux rapports de force se dessinent en matière de confession », constate Locher.
Conséquence de cet oecuménisme distinctif, il devient toujours plus nécessaire, pour les réformés, d’adopter une politique cohérente au niveau national, européen et universel. Pour Gottfried W. Locher, il ne peut y avoir une Eglise suisse protestante sans passer par la Communion ecclésiale de « Leuenberg », ni sans l’Alliance réformée mondiale.
Vers un été sec, durable et significatif
Le membre du comité de la FEPS, reprenant les paroles du cardinal Lehmann, est d’avis que « le printemps oecuménique est passé ». « Nous ne devons pas le regretter, mais le saluer », précise-t-il. « Le changement de saison a apporté avec lui une clarification de la situation météorologique générale de l’oecuménisme. Nous ne savons pas si nous allons au devant d’un été oecuménique ni quand. Mais s’il survient, il sera sec, durable et significatif. Sec, parce que toutes les illusions d’une unité qui va de soi sont derrière nous (.). Durable, parce que nous prendrons le temps de suivre nos propres chemins (..) et de faire de petits et de grands pas vers l’unité ecclésiale. Exemplaire, parce que tous les signes de l’unité visible que la force de l’Esprit nous aura donné seront plus que le simple rassemblement de ceux qui suivent le Christ ». (apic/feps/bb)
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