5ème visite pastorale de Jean Paul II au Mexique
L’Indio Juan Diego, premier saint indien du continent américain
De notre envoyé spécial à Mexico, Antoine Soubrier
Ciudad de Mexico, 1er août 2002 (APIC) Pour sa 5ème visite pastorale au Mexique, un pays à la tradition étatiste laïciste depuis la Révolution mexicaine de 1910 et la politique anticléricale de Plutarco Calles dans les années 1920, le pape a reçu un accueil triomphal. La canonisation de l’Indio Juan Diego, le célèbre indien auquel la Vierge métisse de Guadalupe est apparue en 1531, a été perçue comme geste fortement symbolique attendu depuis longtemps par le peuple mexicain, composé de 10% d’Indiens descendants des Aztèques et des Mayas.
Des centaines de milliers de Mexicains, descendus dans les rues de la capitale Mexico, décorées de drapeaux du Vatican et de ballons jaunes et blancs, ont fait montre de ferveur et d’enthousiasme. Au retour de la cérémonie de canonisation de Juan Diego à la basilique de Guadalupe, un adolescent armé d’une carabine à air comprimé à tiré sur un policier en faction sur la route qu’empruntait le pape. Jean Paul II n’a jamais été en danger, a précisé Oscar Hernandez, porte-parole de la police de sécurité fédérale mexicaine. Le policier touché n’est que légèrement blessé et le jeune tireur a été appréhendé.
La figure de Juan Diego, un emblème pour la réhabilitation des Indiens du Mexique
Bien qu’historiquement contestée, la figure de Juan Diego est un emblème pour la réhabilitation des Indiens du Mexique, marginalisés depuis l’arrivée des Conquistadores il y a 500 ans. Jean Paul II a canonisé le célèbre indien ayant bénéficié des apparitions de la Vierge métisse de Guadalupe, dans la matinée du 31 juillet 2002. Plusieurs centaines de milliers de Mexicains ont suivi attentivement la cérémonie de canonisation dans ce lieu qui est l’un des sanctuaires catholiques les plus populaires du monde. Il reçoit chaque année de 10 à 14 millions de visiteurs. Jean Paul II en a profité pour rejeter les allégations faisant de l’Indien Juan Diego une figure inventée et imposée aux Indios par les Conquistadores et pour réaffirmer les droits des Indiens mexicains.
Tôt le matin, des milliers d’entre eux s’étaient retrouvés le long du parcours que devait prendre la papamobile, de la nonciature apostolique au sanctuaire Notre-Dame de Guadalupe, où s’est déroulée la messe. D’autres, ayant pu se procurer des billets d’entrée épuisés plusieurs semaines avant la venue du pape -, ont eu la chance de pouvoir se retrouver à l’intérieur de la nouvelle basilique, qui contient près de 12’000 places. Plusieurs délégations d’Indiens en tenues traditionnelles avec les célèbres sombreros ou encore les superbes coiffes de plume multicolores étaient présentes aux premiers rangs. Plusieurs milliers d’entre eux se trouvaient à l’intérieur et aux abords de la basilique.
Le pape interpelle les responsables politiques
C’est à eux en particulier que Jean Paul II a voulu s’adresser au cours de son homélie. Dès le début, le pape a exprimé « sa proximité, son profond respect et son admiration » envers les membres des diverses ethnies et cultures qui constituent « la riche et multiforme réalité mexicaine ». Il a alors rappelé l’exemple que représente pour eux et pour tous les peuples du continent américain, le message de Juan Diego « qui n’a pas pour autant renoncé à son identité indigène ».
Jean Paul II s’est ensuite adressé directement aux responsables politiques mexicains pour que « la construction d’un Mexique meilleur, plus juste et plus solidaire, soit faite avec la participation de chacun ». « Il est en particulier nécessaire de soutenir, aujourd’hui, les Indiens dans leurs aspirations légitimes, en respectant et en défendant les valeurs authentiques de chacun des groupes ethniques », a-t-il ajouté. « Le Mexique a besoin de ses Indiens et les Indiens ont besoin du Mexique ! ». Le président mexicain Vicente Fox était présent dans l’assemblée.
Une cérémonie haute en couleurs
Un moment particulièrement fort de la cérémonie a ensuite été la canonisation de Juan Diego. Immédiatement après que Jean Paul II ait prononcé les traditionnelles paroles proclamant saint le candidat, deux Indiens en grande tenue sont apparus de part et d’autre du podium, au son de cornes et de ’maracas’ instrument composé d’une coque de fruit durcie renfermant du sable – qu’avaient apportées de nombreux Mexicains présents dans la basilique.
D’autres Indiens sont alors entrés par le fond en dansant, portant une représentation du nouveau saint, sur un cadre en bois de deux mètres sur trois. Au même instant, des bouts de papiers rouges ont été lâchés du plafond, symbolisant les roses portées par Juan Diego à son évêque, le 12 décembre 1531, à la demande de la Vierge métisse qui l’avait visité à plusieurs reprises.
C’est à ce moment qu’est apparue l’image de Notre-Dame de Guadalupe, célèbre dans le monde entier, imprimée miraculeusement sur la cape de Juan Diego. Ce morceau de tissu est toujours conservé dans la basilique mexicaine. Plus jeune, l’Indio avait été converti au catholicisme par des Pères franciscains. Grâce aux apparitions de la Vierge à Juan Diego, les Indiens mexicains, au départ très réticents à adopter la religion des conquérants espagnols, s’étaient convertis en masse, selon certains chroniqueurs de l’époque.
Regagner la confiance des Indiens
Larmes aux yeux, les Mexicains présents dans l’église et tout autour de l’édifice ont accueilli cette canonisation de manière étonnamment profonde et recueillie. « Elle symbolise pour nous le soutien de l’Eglise catholique dans notre lutte pour la reconnaissance de nos droits à avoir une vie juste et digne », a commenté un des participants.
Face à ce pape visiblement fatigué, l’émotion semblait grande parmi les fidèles venus assister à la canonisation d’un de leurs « héros nationaux ». Pour de nombreux observateurs, le nouveau saint va permettre à l’Eglise catholique de regagner en partie la confiance des Indiens, dont nombre d’entre eux ont rejoint les sectes évangéliques dans le Sud du Mexique, une région affectée par la rébellion des Indiens du Chiapas.
A l’issue de la cérémonie, Jean Paul II est retourné à la nonciature apostolique de Mexico, acclamé par les Mexicains disséminés sur les 20 kilomètres de trajet. Le pape a pris une après-midi de repos avant la journée du 1er août, au cours de laquelle il est revenu sur la situation des Indiens au Mexique, en béatifiant Juan Bautista et Jacinto de Los Angeles, deux pères de familles tués en 1700 par d’autres Indiens pour avoir dénoncé des pratiques païennes fortement répandues. Le départ pour Rome est prévu aussitôt après la cérémonie qui doit se dérouler de nouveau dans la basilique de Guadalupe. (apic/imedia/ag/be)
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