Un jury reconnaît la responsabilité de deux anciens généraux

Etats-Unis: 54,6 millions de dollars pour des tortures infligées à trois Salvadoriens

New York, 31 juillet 2002 (APIC) Deux anciens généraux salvadoriens ont été condamnés à payer 54,6 millions de dollars en dommages et intérêts à trois de leurs compatriotes, entre autres à une catéchiste. Ils pourraient être expulsés du territoire de Floride. Aux yeux du jury, ces deux militaires sont responsables des forces de sécurité qui ont torturé ces personnes durant la guerre civile de 12 ans qui a ravagé le pays.

La décision d’un jury fédéral des Etats-Unis inflige une défaite cuisante à José Guillermo Garcia et Carlos Eugenio Vides Casanova qui, comme les trois victimes, résident aujourd’hui légalement aux Etats-Unis. Il y a deux ans, ces deux militaires à la retraite avaient été relaxés par un autre jury fédéral dans l’Etat de Floride dans l’affaire du meurtre, en 1980, de quatre missionnaires américaines qui travaillaient au Salvador.

Dans sa décision du 23 juillet, le jury de West Palm Beach, en Floride, a déclaré que José Guillermo Garcia, un ancien ministre de la Défense salvadorien, et Carlos Eugenio Vides Casanova, ancien chef de la Garde nationale salvadorienne et aussi ancien ministre de la Défense, portaient la responsabilité des tortures infligées à trois civils salvadoriens: Juan Romagoza, un ancien chirurgien, Neris Gonzalez, une catéchiste, et Carlos Mauricio, un ancien professeur d’agronomie.

Ce verdict marque un tournant, souligne le Centre « Justice et Responsabilité », un groupe de défense des droits de l’homme, dont le siège est à San Francisco et qui a porté le cas devant les tribunaux. C’est l’un des rares cas depuis la Seconde Guerre mondiale dans lesquels – selon la notion de « responsabilité hiérarchique » – des commandants sont tenus responsables de crimes de guerre commis par leurs soldats.

Comme l’explique Joshua Sondheimer, l’un des responsables du Centre, contrairement au précédent procès des généraux en 2000, « nos clients sont encore en vie et peuvent dire ce qui leur est arrivé », et ce point a été déterminant.

Rejet des excuses invoquées en 2000

Les avocats des généraux en retraite, qui vivent aujourd’hui dans l’Etat de Floride, ont déclaré que leur clients ne pouvaient contrôler toutes les actions de leurs soldats – un argument qu’avait accepté le précédent jury en 2000. Celui-ci avait en effet décidé que les deux anciens généraux n’étaient pas responsables du meurtre, en 1980, des soeurs de la congrégation de Maryknoll Ita Ford et Maura Clarke, de la religieuse ursuline Dorothy Kazel et de la missionnaire laïque Jean Donovan.

Le viol et l’assassinat des quatre missionnaires américaines avait provoqué une intense émotion et avait galvanisé les communautés religieuses des Etats-Unis et d’ailleurs, les poussant à dénoncer la politique des Etats- Unis en Amérique centrale. Et notamment l’Ecole des Amériques, connue sous le nom d’Ecole des assassins, où viendraient régulièrement s’entraîner à la torture et à la répression les militaires latino-américains.

Confrontés

Durant le dernier procès, les trois plaignants avaient déclaré avoir été torturés – chocs électriques, coups et viol – par la police et la Garde nationale alors commandées par José Guillermo Garcia et Carlos Eugenio Vides Casanova. Neris Gonzalez, enceinte de huit mois, avait perdu l’enfant peu après sa naissance en raison des sévices subis.

Parce que les plaignants ont pu dire exactement où ils avaient été torturés – au siège de la Garde nationale et de la police – il a été « beaucoup plus difficile pour les généraux de prétendre qu’ils ne pouvaient pas contrôler ce qui s’était passé », a déclaré Joshua Sondheimer à l’Agence oecuménique ENI.

Michael Posner, directeur du Comité des juristes pour la défense des droits de la personne, de New York – groupe qui avait présenté le cas de 1980 concernant l’assassinat des missionnaires – pense que « les familles des quatre religieuses américaines assassinées au Salvador en 1980 pourront trouver un certain réconfort en apprenant que les hommes au pouvoir lorsque les missionnaires ont été tuées sont aujourd’hui reconnus responsables devant une cour de justice ».

Pas motivé par l’argent

Pour les trois Salvadoriens, ce procès n’est pas motivé par la nécessité de compensations financières. « Nous voulons la justice, non de l’argent », a déclaré Carlos Mauricio. Dans une déclaration, Sandra Coliver, directrice exécutive du Centre « Justice et Responsabilité », a demandé que les deux anciens généraux soient expulsés. « La Floride ne devrait pas devenir un lieu de retraite pour ceux qui ont commis des abus ».

Plusieurs lois des Etats-Unis ont été invoquées durant le procès, notamment la loi de 1992 sur la protection des victimes de tortures, qui permet de déposer une plainte devant une cour fédérale pour des actes de tortures, même si les crimes n’ont pas eu lieu aux Etats-Unis. La guerre civile du Salvador – qui opposait un mouvement de guérilla de gauche aux militaires soutenus par les Etats-Unis, a fait plus 75’000 morts et des milliers de « disparus » avant la conclusion d’un fragile accord de paix, en 1992. (apic/eni/pr)

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