On se reverra à Cologne, c’est promis!

Canada: Les jeunes pèlerins romands sont rentrés des Journées Mondiales de la Jeunesse

Par Samuel Heinzen, envoyé spécial de l’APIC

Toronto/Fribourg, 2 août 2002 (APIC) Dans le vol «Swiss» qui rallie dans la nuit du 30 au 31 juillet Montréal à Genève, un groupe jeunes gens occupant les deux tiers de l’Airbus A 330 s’échangent, le coeur chaud, adresses et numéros de natel. Ce sont les derniers des quelque 400 pèlerins romands qui ont participé du 18 au 28 juillet aux Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) 2002 à Toronto. Au terminus de l’aéroport de Genève, l’heure est aux embrassades. «On se revoit tous pour les prochaines JMJ à Cologne, promis, juré!».

Etudiants ou ouvriers, fervents catholiques ou simplement en recherche de «quelque chose de vrai», les 400 Romands qui ont vécu les JMJ 2002 sont à l’image de la plupart des participants, des jeunes gens qui aiment la vie et veulent lui donner un sens. Trois expériences les ont principalement marqués: la vie en groupe, les rencontres et la présence du pape.

De nombreux pèlerins romands proviennent de groupes de jeunes issus de leur paroisse et ont ainsi l’habitude de partager des moments avec des personnes de leur âge. Cependant, entre des rencontres mensuelles de quelques heures et deux semaines de vie en commun, il y a un pas que tous n’ont pas franchi avec le même bonheur.

Les trajets étaient particulièrement longs pour des Suisses peu habitués aux rectilignes quasi infinies des autoroutes. Plus d’un gardent un souvenir impérissable de 8 heures entassés dans un bus pour se rendre de Québec à Toronto avec la climatisation en panne. 2 heures de transports attendaient les pèlerins romands pour se rendre du «Parson College» qui les hébergeait en banlieue jusqu’à «Exibition Place» où avaient lieu les cérémonies. La nourriture «saveur spéciale JMJ» et une dizaine de nuits à dormir en sac de couchage sur le sol des salles de gym ou de classe, en partageant bruits et odeurs, ont fatigué tant les corps que les esprits.

Séverine Amoos, une étudiante en psychologie de 22 ans, avoue, les yeux bien cernés, que la vie en commun a été pour elle une «occasion de connaître ses limites». Plutôt sceptique sur la religion, la jeune Valaisanne est venue aux JMJ entraînée par son compagnon. Elle reconnaît y avoir découvert un besoin de spiritualité, qui, estime-t-elle, «ne s’éteindra pas une fois de retour à la maison».

Cette envie de mieux se connaître et de chercher un sens à son existence caractérise une grande partie des participants indépendamment de leur degré de pratique religieuse, également très variable. Gaëlle Huber, une jeune sportive très chaleureuse, déclare croire en Dieu, mais ne pratique pas et ne prie que rarement. Elle a pourtant apprécié les JMJ, car elles ont permis à cette championne de basket de voir, du haut de ses 187 cm, que la religion apporte une «meilleure manière de vivre», notamment par la promotion des valeurs d’altruisme et de service. Pourtant Gaëlle, bien que souriante demeure critique : «la pratique ne suit par forcement la théorie». A l’instar de nombreuses personnes venues aux JMJ voir le catholicisme de plus près, cette Valaisanne de 22 ans constate que bien des pratiquants sont loin de vivre l’amour fraternel qu’ils célèbrent pourtant à grands cris.

Un «petit» décalage

La différence entre le discours chrétien et sa mise en pratique n’a pas manqué d’exemples durant ces journées. Lors de la veillée du 27 juillet avec le pape sur l’ancien aéroport militaire de «Downsview Park», un petit groupe de Suisses égaré dans une foule de 800’000 pèlerins a eu la très mauvaise idée de traverser un emplacement occupé par des jeunes d’une autre nationalité, qui eux attendaient là depuis 8 heure du matin: une bordée d’insultes a accueilli les «frères en Christ» helvètes, probablement pour se mettre en voix, une fois venu le moment d’acclamer le pape et de chanter l’amour de Jésus. Moins spectaculaire mais plus courantes, les plaintes et critiques dues aux petites pertes de confort quotidien et aux nombreux retards. Qu’ils soient peu ou très pratiquants, beaucoup de participants venus des pays occidentaux se sont comportés tout à fait comme n’importe quel consommateur qui a mal dormi: «Moi, j’ai trouvé un place assise. Que les autres se débrouillent».

Des témoins crédibles

Bien sûr, cette tendance a connu bien des exceptions. Il y a Aprile Koehler, cette jeune Californienne de 28 ans, licenciée en biologie et vivant désormais dans la communauté des Béatitudes de Venthône, en Valais. Unanimement appréciée pour son sourire et sa disponibilité, elle vient, en compagnie de bien d’autres, donner la preuve que ceux qui prêchent l’amour du prochain sont capables de le vivre. Il y a aussi Piero Manca, un des rares permis C présent parmi les pèlerins romands. Ce chaleureux Italien né en Suisse aussi fait l’unanimité. Toujours là pour porter les sacs, ce robuste installateur en chauffage est tout naturellement très apprécié. A 28 ans, ce sierrois en est à ses deuxièmes JMJ. Il y trouve un ressourcement et une occasion de faire des rencontres enrichissantes comme nulle part ailleurs. De toutes les cérémonies comme de toutes les fêtes, il n’a pas beaucoup dormi durant ces 15 jours. Mais, peu importe, il n’est pas venu pour ça. Les JMJ pour lui se résument en trois mots : «Rencontre, mélange, diversité»

Un accident mortel

Des rencontres, Piero en a fait plus d’une. Il ressort de ces JMJ enrichi de dialogue et de moments partagés. Dans sa famille d’accueil, lors des quatre jours passés par les pèlerins romands dans la Beauce, (région rurale à deux heures de route de la ville de Québec), il rencontre un père de famille éprouvé par la mort de son fils dans un accident de la route. Ironie du sort, Piero a perdu un ami du même âge également dans un accident de voiture, alors qu’il était au volant. Apprendre à se pardonner et à pardonner à ceux qui l’ont traité d’assassin, il connaît bien. Il sait la valeur du pardon et la nécessité de croire qu’on retrouve ceux qu’on aime après la mort. Après ces JMJ, c’est la première fois que Piero a accepté de parler de cette épreuve. La cordialité et la franchise de son expérience avec le père et la soeur de la famille d’accueil lui ont enfin permis de faire son deuil : «Pour moi c’est ça les JMJ», explique-t-il en ravalant sa salive.

Hormis cette expérience particulièrement forte, il en a profité pour rencontrer des gens de nombreux pays et a pris la peine de s’étonner des différences, «Ils ne peuvent pas se payer ce qu’on trouve bon marché». Il a même fini un soir dans un bar gay de Québec, entraîné par un jeune homme à qui il avait demandé son chemin. Même son hétérosexualité, pourtant inébranlable, ne l’a pas empêché d’aller à la rencontre de celui qui est différent. Rencontre et partage, c’est là qu’il trouve sa force et c’est ainsi qu’il vit sa foi.

«Restez groupés!»

Si les JMJ sont effectivement l’occasion de rencontrer des personnes promptes au dialogue et à la convivialité, il faut cependant constater, notamment chez les jeunes romands, que la tendance était plutôt, selon les directives des organisateurs, de rester toujours en petit groupe d’environ dix personnes. Motivée par des raisons pratiques (on se perd facilement au milieu des gratte-ciel ou dans les banlieues multi-ethniques) cette directive a favorisé la tendance de rester «entre copains». Faire des grands bonjours d’un groupe à un autre, ça met une bonne ambiance en ville, mais pour vivre une rencontre enrichissante, c’est un peu court.

L’impact du pape

Ultime point fort des ces JMJ, les rencontres avec le pape, le jeudi à «Exibition Place» et le week-end à «Downsview Park» ont particulièrement marqué nombre de participants. Une fois passés les cris et les larmes (pour les plus émotifs), vient l’heure des partages d’impressions. Réunis en petit cercle d’affinité, de nombreux jeunes ont raconté la force de l’émotion vécue. «Moi, j’ai eu les larmes, j’admire son courage», reconnaît Séverine, toujours aussi cernée. «Quand il parle, on dirait qu’il s’adresse à toi personnellement», renchérit son compagnon Daniel Ahmeti, pour qui voir le pape est la réalisation d’un «vieux rêve». Même Maude, un petit coeur de 17 ans, surtout contente d’être venue «parce que j’ai trouvé un nouveau mec» reconnaît que le pape est «mieux qu’à la télé».

Puis, vient l’analyse des propos de jean Paul II. Il y a ceux, nombreux, qui ont été touchés par son message les appelant à être responsables. Il y a aussi les spécialistes en interprétations: «S’il a dit que la prochaine fois on reviendra pour le Christ, ça signifie qu’il sent que ce sont ses dernières JMJ», ou «Quand il a dit de garder courage, cinq minutes après il arrêtait de pleuvoir». On n’a pas crié au miracle, mais presque.

Bilan

Globalement, les participants des JMJ, du plus fervent au plus sceptique, ont apprécié l’aventure. Ils ont vécu une bonne dose d’émotions, ont vu du pays, et d’un aveu général ont reconnu que «c’était quand même sympa». A quelques exceptions près, la plupart, c’est promis, se retrouveront à Cologne pour les JMJ de 2005. (apic/sh)

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