Sénégal: Fin à Dakar d’un symposium international de l’ACAT
Ibrahima Cissé, correspondant de l’APIC à Dakar
Dakar, 2 août 2002 (APIC) Près de deux cents délégués de comités nationaux de l’Action Chrétienne pour l’Abolition de la Torture (ACAT) ont achevé jeudi soir à Dakar un symposium international sur la culture africaine et la lutte contre la torture. Ces participants étaient venus de tous le continents pour réfléchir ensemble sur les moyens d’éradiquer la torture, un fléau persistant sur le continent africain.
Les délégués de 33 comités nationaux de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torutre (ACAT), réunis à Dakar du 29 juillet au 1er août 2002, ont déploré la persistance, en Afrique, de la torture et des traitement inhumains et dégradant.
A l’issue d’un symposium de leur fédération internationale sur le thème « Culture africaines et lutte contre la torture », ils ont accusé les gouvernements du continent de porter la responsabilité principale de ces pratiques. Ils ont condamné les gouvernements étrangers et les pouvoirs économiques. Les uns, pour leur soutien actif et passif aux régimes africains pratiquant la torture, les autres, du fait qu’il font passer les intérêts financiers avant le respect de la personne humaine.
La torture, ont encore rappelé les participants au symposium, est contraire au respect de la dignité humaine. Elle est prohibée également par le droit international. A ce sujet, ils ont demandé aux pouvoirs politiques africains de faire respecter l’interdiction absolue de la torture, de sanctionner les coupables et d’accorder une réparation aux victimes. Celles- ci, selon eux, sont de simples citoyens qui, trop souvent, vivent dans la peur de l’arbitraire. Elles subissent aussi la répression, des intimidations policières et des conditions de détention inhumaine. Il faut répondre de toute urgence à ces situations, ont souligné les participants.
Des traditions inhumaines
Ils se sont toutefois félicités de la richesse des cultures africaines qui portent des valeurs favorisant le respect de la dignité humaine. C’est le cas notamment de l’accueil, l’hospitalité, la solidarité et le partage. Ces aspects positifs sont néanmoins influencés par d’autres traditions culturelles africaines favorables à la torture. Il s’agit, entre autres, du lynchage des voleurs, du mauvais traitement des veuves dans certains pays, des sanctions contre des personnes présumées sorcières et de la pratique de l’excision. Ces sont des actes que les populations appliquent de façon inconsciente, mais qui comporte un caractère inhumain et violent.
Face à toutes ces situations, la FIACAT et les ACAT affiliées se sont engagés à accorder une priorité à l’Afrique dans la lutte pour l’abolition de la torture, mais aussi à développer une capacité d’action commune. En outre, elles se sont engagées à identifier et à rester vigilantes face aux éléments violents des cultures africaines, à promouvoir les coutumes et spécificités africaines, à impliquer les communautés chrétiennes dans les actions de sensibilisation.
La torture incompatible avec l’Evangile
Les participants ont lancé un appel aux organisations et groupements de la société civiles en Afrique pour se joindre à eux dans le combats contre la torture. Aux responsables des églises et des communautés chrétiennes africaines, ils ont demandé d’expliquer clairement aux populations l’incompatibilité de la torture et de tout traitement cruel, inhumain et dégradant avec le message évangélique.
La FIACAT et les ACAT ont également invité la nouvelle Union africaine à renforcer les moyens de l’indépendance de la Commission Africaine de Droits de l’homme et des peuples. Dans le même ordre d’idées, elles ont appelé les Etats africains à ratifier le traité créant la Cour Africaine des droits de l’Homme et des peuples. L’Union Européenne, principale partenaire des pays africains a été elle aussi invitée à mener une politique cohérente des droits de l’homme en Afrique, en s’appuyant sur les ligne directrices à l’égard des pays tiers, concernant la torture et le peine de mort.
Utilisée méthodiquement par des gouvernements
Selon les organisateurs de la rencontre, la torture est encore un problème majeur en Afrique. Peu de pays du continent sont à l’abri de sa pratique, utilisée par le gouvernement comme méthode pour empêcher toute contestation. Elle sert aussi dans certains états à imposer les idées ou l’autorité d’un groupe particulier, ou encore pour faire respecter une discipline.
Les nombreux groupes ACAT engagés dans la lutte contre ce fléau, rencontrent de « très fortes résistances à leur action ». Cette situation s’explique par les conditions de précarité et de danger pour eux, ou par les pressions politiques, la crainte de l’autorité de l’état par les populations, la peur de dénonciation.
Le symposium sur la culture et la torture en Afrique est suivi de la réunion du conseil de la FIACAT, les 2 et 3 août. (ibc)
Encadré
Un mouvement fondé sur la prière et l’action
Créée en 1974 en France par les milieux protestants, l’ACAT a pour but de sensibiliser les chrétiens – catholiques, orthodoxes, protestants – au scandales de la torture et des traitements inhumains et dégradants. Elle est engagée aux côtés de tous ceux qui luttent pour l’abolition de la torture et des exécutions capitales. Elle propose des programmes d’éducation aux droits de l’homme, ainsi qu’une action de vigilance sur les situations qui, dans chaque pays, peuvent entraîner des pratiques tortionnaires. La prière et la réflexion théologique sont au coeur de ses actions.
Quant à la Fédération Internationale de l’ACAT, elle a été créée en 1987. Elle regroupe les comités ACAT de plus de 30 pays. Elle est reconnue par des nombreuses organisations mondiales dont l’ONU, le Conseil de l’Europe, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. (apic/ibc/bb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/senegal-fin-a-dakar-d-un-symposium-international-de-l-acat/